juin 23, 2021

L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie

De : Eric Lartigau

Avec Romain Duris, Catherine Deneuve, Marina Foïs, Niels Arestrup

Année : 2010

Pays : France

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

Paul Exben a tout pour être heureux : une belle situation professionnelle, une femme et deux enfants magnifiques. Sauf que cette vie n’est pas celle dont il rêvait. Un coup de folie va faire basculer son existence, l’amenant à endosser une nouvelle identité qui va lui permettre de vivre sa vie.

Avis :

Eric Lartigau est un réalisateur français qui connaît une jolie carrière et de jolis succès en salles. Au départ crieur chez un commissaire-priseur, il devient d’abord le chauffeur du réalisateur Pascal Thomas, puis son assistant pendant une dizaine d’années. Sa carrière dans le cinéma débute à la télévision pour laquelle il tourne des publicités. Par la suite, il passe chez Canal + réalisant plusieurs séquences des « Guignols de l’info« , avant d’être engagé pour réaliser pas mal d’épisodes de la série culte « H« . Lartigau passe sur grand écran en 2003 avec « Mais qui a tué Pamela Rose ?« . S’en suivra alors de bonnes petites comédies, « Un ticket pour l’espace » ou encore « Prête-moi ta main« .

Pour son quatrième long-métrage, Eric Lartigau sort de sa zone de confort et s’essaie au drame. Adaptant le roman de Douglas Kennedy, Eric Lartigau s’aventure donc là où on ne l’attendait pas et ça fait du bien. Lartigau fonctionnait très bien dans le registre de la comédie et il aurait été très facile pour lui de rester dans le genre, mais cherchant à faire autre chose, osant s’aventurer sur des sentiers audacieux, il surprend, touche, bouleverse même, et au-delà de ça, il pose là son meilleur film (aussi bien à l’époque qu’aujourd’hui encore).

Paul, la trentaine bien passée, a tout pour être heureux. On peut même dire qu’il est un exemple de réussite, marié à une femme qu’il aime, père tendre et aimant de deux enfants, Paul a une très belle situation, et s’apprête même à être l’unique associé de son cabinet d’avocats. Pourtant, Paul est très loin d’être heureux dans cette vie, mais ça, il ne le sait pas, ou bien il ne veut pas l’admettre. Puis un matin, sans qu’il ne l’ait prévu, des éléments se mettent en place, et sa vie va en être bouleversée à jamais…

Après nous avoir amusé pendant une bonne dizaine d’années, Eric Lartigau a décidé de nous toucher avec le parcours d’un homme qui va peu à peu se trouver. Tenant une histoire aussi surprenante qu’elle est forte, « L’homme qui voulait vivre sa vie » est de ces films qui sont beaux de bout en bout, et ça, malgré leurs petites imperfections et leurs petites maladresses. Divisé en deux grandes parties, même s’il faut bien noter que le rythme n’est pas toujours très juste, tenant de petites longueurs à l’intérieur de chacune d’elles, il n’empêche que ces deux parties sont toutes deux sublimes et livrent un ensemble très beau et surtout un ensemble touchant, qu’on se plaît énormément à suivre et à découvrir, si comme moi, vous n’avez pas lu l’œuvre de Douglas Kennedy.

Tenu par un scénario qui sait très bien ce qu’il veut raconter, Eric Lartigau nous présente parfaitement son personnage. Personnage à la vie parfaite et pourtant ce dernier vit un mensonge, dont il prend peu à peu conscience, mais il est alors difficile de changer de vie. Il est difficile de quitter le confort d’une vie bien rangée et d’aller vers l’inconnu. Bien souvent, on n’ose pas franchir le pas, sauf si la vie vous donne un très étrange coup de main et c’est bien ce qui va se passer ici.

Regrets, remords, espoirs, confusions, audace se mélangent et se conjuguent aussi bien au passé, au présent, que possiblement au futur et l’on suit ce changement de cap avec intrigue, émotions et un certain paradoxe, car c’est en changeant d’identité que cet homme pourra (ou non) s’épanouir. Eric Lartigau étonnera encore un peu plus, car il livre le tout avec un soupçon de thriller. Un soupçon qui fera habilement des allers-retours tout au long du récit.

Puis une fois l’exposition faite, une fois les pièces de ce destin mises en place, « L’homme qui voulait vivre sa vie » change de cap et libère enfin son personnage, ce qui le rendra encore plus touchant, même si l’on sent bien une épée de Damoclès en permanence au-dessus de la tête de son père. Là encore, le film a ses petites imperfections, étant parfois très rapides sur certains éléments qui mériteraient d’être plus approfondis, ou encore traînant de petites longueurs à d’autres moments, ayant presque du mal à nous emmener vers ce final, qui passera ou cassera, tan, il abandonnera son personnage, ce qui nous laissera libre d’imaginer ce que l’on a envie pour la suite de cette vie qui sera vécue pleinement ou non.

Pour faire vibrer ce récit, Eric Lartigau surprend aussi par la qualité et la beauté de sa mise en scène. Restreint au début, Lartigau ne fait que s’adapter à son personnage, livrant une mise en scène qui ne fait que grandir et s’ouvrir de plus en plus. Ainsi, d’un Paris où l’horizon n’est que le sommet d’immeuble Haussmannien, « L’homme qui voulait vivre sa vie » ouvre son regard, et finit par avoir un horizon « sans limite », ce qui est très beau. De plus, le film est accompagné par une superbe lumière et un joli travail sur le son. Eric Lartigau prend le temps de filmer les silences, ce qui amènera le film à souligner une réflexion, et ça le rendra encore une fois, très touchant.

Enfin, la magnifique source d’émotion, c’est bien sur Romain Duris qui tient là, l’un de ses plus beaux rôles. Tout en retenu, son personnage est beau, très touchant et l’on sera bouleversé par le regard qu’il pose sur le monde, sur la vie, ainsi que sur lui-même. On notera une belle évolution de ce personnage, qui ne va cesser de grandir et de composer avec ses regrets, ses remords et ses envies. Pour l’accompagner, Eric Lartigau nous offre un très beau casting, où l’on croise Catherine Deneuve, Marina Fois, Eric Ruf, Niels Arestrup, ou encore Branka Katic, qui est une très jolie révélation. Cette dernière arrive tard dans le récit et marque par la spontanéité de son personnage.

Comme je le disais, « L’homme qui voulait vivre sa vie » a ses petites imperfections, tenant de petites baisses de rythme, mais au-delà de ça, il se pose surtout comme un film magnifique qui nous dit d’oser vivre, d’oser franchir le pas, et le récit de cette vie paradoxalement et accidentellement empruntée est bouleversante à suivre et encore aujourd’hui, « L’homme qui voulait vivre sa vie » est ce qu’Eric Lartigau a fait de plus beau.

Note : 16/20

Par Cinéted

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