décembre 1, 2021

La Maison des Damnés – Richard Matheson

Auteur : Richard Matheson

Editeur : J’ai Lu

Genre : Horreur

Résumé :

Passer une semaine dans une maison réputée hantée depuis trente ans : telle est la mission confiée au dr Barrett et à une équipe de spirites par un milliardaire mourant, qui veut savoir si son âme lui survivra. Mission que le parapsychologue s’empresse d’accepter, espérant bien ainsi triompher des « maléfices » et vérifier ses théories scientifiques sur l’existence d’une vie après la mort. Arrivés sur place, les investigateurs se rendent vite compte que le lieu est à la hauteur de sa réputation : résonnant des crimes et des orgies qu’elle a accueillis par le passé, la maison Belasco semble les attendre. Prête à posséder les audacieux qui oseront pénétrer en son sein…

Avis :

Dans le domaine du fantastique, la maison hantée demeure une thématique exploitée par bon nombre d’auteurs. Certaines œuvres confèrent désormais au classique, comme l’atteste Le Tour d’écrou d’Henry James, The Haunting of Hill House de Shirley Jackson ou, en l’occurrence, La Maison des damnés de Richard Matheson. L’influence de ces histoires est telle qu’elle touche l’imaginaire collectif à travers des références chères à la littérature, mais aussi au cinéma et aux jeux vidéo. Avec le présent ouvrage, l’auteur de Je Suis une légende signe l’un de ses plus célèbres romans, mais pas forcément le plus intemporel…

La mise en place de l’intrigue demeure somme toute classique avec la préparation d’investigations paranormales qui réunit un groupe d’experts. L’entame n’est pas sans rappeler celle de certains récits de Shirley Jackson. Toujours est-il que l’on entre rapidement dans le vif du sujet. La présentation des protagonistes ne s’embarrasse guère d’une longue exposition et a le mérite de partager les points de vue entre rationalité et médiumnité. Cet aspect occupe d’ailleurs une place essentielle au fil des pages. L’idée n’est pas uniquement de mettre mal à l’aise le lecteur avec son atmosphère oppressante, mais d’étayer cette dernière à travers un traitement psychologique à double tranchant.

Eu égard à la sinistre réputation de la demeure et de son aura angoissante, on alterne constamment entre le témoignage des faits surnaturels avérés et une réflexion plus prosaïque qui souhaite les justifier scientifiquement. Il en découle une approche insidieuse qui privilégie l’appréhension desdits évènements et non leur manifestation. Certes, le séjour des protagonistes est riche en comportements inexpliqués et autres phénomènes passablement déstabilisants. Pour autant, le travail d’écriture met surtout l’accent sur des silences pesants, de vastes pièces qui attestent du faste passé ou encore de cette architecture labyrinthique qui renforce la sensation de perte des repères.

En cela, la progression se révèle assez dynamique et immersive pour faire du lecteur le cinquième témoin du groupe. Sous forme de huis clos, l’isolement est réel et confère une tonalité menaçante supplémentaire à la propriété Belasco. Malgré le classicisme d’un tel sujet, l’auteur évite de nombreux poncifs pour se focaliser sur une découverte graduelle du passé des lieux. Dès lors, l’enquête fouille les méandres putrides de la demeure sur fond de récits avérés et de rumeurs. Entre violence et sexualité débridée, les exactions commises ont sûrement dû inspirer Clive Barker par la suite, notamment pour Coldheart Canyon.

Si La Maison des damnés se distingue par son ambiance, le roman affiche certains écueils. À commencer par la redondance des manifestations. En milieu de parcours, celles-ci se résument majoritairement à des possessions qui renvoient au caractère charnel le plus strict. De nombreux moments scabreux font office de remplissage, car ils usent de mécaniques similaires pour présenter les séquences. Il est vrai que cette approche offre un écho au passé de la demeure, mais uniquement se cantonner à cet aspect rend l’initiative moins probante. De même, on notera une traduction perfectible qui vient alourdir l’écriture par des figures de style alambiquées et peu pertinentes.

Au final, La Maison des damnés est un bon roman d’épouvante ; a fortiori en s’insinuant dans une thématique aussi balisée et fournie que celle de la maison hantée. L’atmosphère des lieux et la progression sont maîtrisées, même si l’on peut constater des passages répétitifs çà et là. En lieu et place d’accentuer le côté malsain de l’endroit, l’érotisme scabreux fait ici office de longueurs dispensables. Il en ressort néanmoins une incursion globalement convaincante qui aime à entretenir le doute quant à la véracité des apparitions et autres phénomènes paranormaux. Ce discours se montre relativement avant-gardiste sur le caractère de la parapsychologie en tant que discipline scientifique.

Note : 14/20

Par Dante

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