janvier 28, 2022

Kadaver

De : Jarand Breian Herdal

Avec Gitte Witt, Thomas Gullestad, Thorbjorn Harr, Kingsford Kweku Siayor

Année: 2020

Pays: Norvège

Genre: Horreur

Résumé:

Après une catastrophe nucléaire, une famille affamée se voit offrir un repas contre sa participation à une pièce de théâtre. Mais le public disparaît peu à peu…

Avis :

S’il y a bien une chose que l’on ne peut pas reprocher à Netflix, c’est de s’ouvrir à des pays dont on n’a pas forcément l’habitude de voir le cinéma. Outre son aide pour le Liban, on y trouve des films asiatiques, arabes, indonésiens, nigérians, etc… Cela permet une belle ouverture d’esprit et de découvrir des metteurs en scène dont la façon de faire peut dépendre de son pays, de sa politique et de ses influences. Ainsi donc, parmi les nouveautés horrifiques de cet Halloween 2020, on y trouve Kadaver, un film norvégien qui prend place dans un univers dystopique. Présenté comme une sorte d’Eyes Wide Shut avec des cannibales, il n’en fallait pas plus pour attiser la curiosité et avoir envie de poser les yeux sur ce qui semblait être un projet original et ambitieux. Est-ce vraiment le cas ?

Port du Masque Obligatoire

Le pitch est le suivant. Un couple avec leur fille Alice crève la dalle dans une Norvège qui a subi une catastrophe nucléaire. Survivant comme ils peuvent, ils vont se laisser tenter par une prestation théâtrale dans un grand manoir, seul lieu qui semble avoir de la nourriture à profusion. Après un repas frugal, les convives sont invités à porter un masque et à visiter le manoir afin de voir des comédiens jouer dans différentes salles. Les comédiens ne portent pas de masque, et c’est ce qui différencie les acteurs des spectateurs. Mais quand Alice et tous les autres convives disparaissent mystérieusement, une course contre la montre se met en marche, et le manoir de dévoiler un vilain secret. C’est sur ce scénario intrigant que le film va tenter d’apporter peur, réflexion sur l’âme humaine et combat pour sa survie.

Et si le démarrage est plutôt plaisant, on va vite se rendre compte que le film n’a pas grand-chose à proposer. Il faut dire que le départ surprend. Si on va vite voir une famille dans la misère qui tente de survivre comme elle peut au milieu des cadavres, le film prend un autre tournant en investissant ce manoir. Et même avant avec l’arrivée de cette étrange voiture rougeoyante qui fait contraste dans le décor bleuté et triste de la ville. Dès lors, le film délaisse les teintes bleues pour aller dans le rouge, symbolisant ainsi un danger immédiat. Le film se repose sur sa visite des lieux, sur des prestations dérangeantes de la part des comédiens et cela est d’autant plus prégnant que la famille promène sa fille dans ce dédale vertigineux.

On y voit des gens qui se crient dessus, des types borderline qui font tenter de se suicider, un couple qui baise devant tout le monde. Bref, on sent qu’il y a quelque chose de pas net là-dedans. Et c’est là tout le sel du film, qui trouve un juste équilibre entre les comédiens qui jouent, et des gens masqués qui observent, voyeuristes malsains dans un univers qui l’est tout autant. Malheureusement, l’histoire ne va pas tenir la route à partir du moment où l’on va comprendre de quoi il en retourne. Le film ne va jamais plus loin que son pitch de départ, et n’arrive pas à susciter une réflexion percutante. Le film suit des rails prédéfinis, allant chercher dans le survival le plus basique, pour finalement imposer un final attendu et peu impactant. Et pourtant, il y avait matière à faire quelque chose de bien trash.

En Rouge et Bleu

Comparer ce film avec Eyes Wide Shut du géant Stanley Kubrick reviendrait à comparer Sharknado avec Les Dents de la Mer. Si on retrouve des gens masqués dans une grande demeure, la comparaison s’arrête là. Dans Kadaver, il n’y a rien de sulfureux, ni de sexuel. Il ne suffit pas de regarder un couple baiser une demi-seconde pour rendre cela libidineux. Et c’est là-dessus que le film norvégien perd clairement des points. S’il se veut sale dans sa résolution et dans les intentions du propriétaire du manoir, il n’en demeure pas moins bien trop gentil. Le film semble se freiner quelque peu, autant sur les éléments gores que sur l’impact psychologique d’une telle entreprise. L’aspect dystopique est à peine émis au début, pour oublier ensuite la situation dans un jeu de massacre attendu et pas si nerveux que ça. Le film manque cruellement de tripes, au sens propre comme au sens figuré.

Pour autant, l’atmosphère est bien travaillée. Le réalisateur tente par tous les moyens de peaufiner son éclairage afin de rendre des teintes rouges fortes, notamment quand on s’approche de la boucherie. Le metteur joue sur la distance des couleurs, avec notamment un contraste fort entre le bleu triste de l’extérieur, symbolisant un froid mélancolique, et un rouge pétard mettant en avant la chaleur, le sang et le danger. Malheureusement, si le travail des couleurs est bon, il n’en est pas de même avec l’architecture même de la bâtisse. Malgré sa taille, on va visiter les mêmes coins, inlassablement. On retrouve trois tableaux, qui sont autant de pièces et l’ensemble n’est pas assez vivant. On a l’impression d’étouffer dans une paire d’endroits, et de ne pas prendre le parti de se perdre dans un dédale de pièce et de pièges. Il en va de même avec tous les personnages du métrage.

Cadavre pas si Exquis

D’ailleurs, c’est là aussi un gros point faible du film, les personnages. Tenu principalement par l’actrice Gitte Witt, tout le monde, ou presque, n’a qu’un rôle fonction et n’arrive jamais à transcender le personnage qu’il incarne. Alors certes, cela sert l’aspect froid et sordide de la chose. Tout comme cela permet de voir à travers les yeux du propriétaire qui ne voit là qu’un moyen de survivre. Mais tout est désincarné. On a droit à la mère qui veut retrouver sa fille, au père un peu lâche mais qui se sacrifie, à la jeune fille téméraire mais crédule, au propriétaire froid et machiavélique, aux acteurs torturés, bref, un monde qui manque d’un élément de couleur. Celle-là même qui habite le manoir et la robe de la fillette disparue, mais qui n’habite aucun personnage. De ce fait, l’empathie n’est plus présente et tout le film ne se repose plus que sur son concept.

Un concept qui va nous amener à plusieurs pistes de réflexions, souvent basiques, bien que la fin laisse suspendre une légère ambivalence. Kadaver, sous son pitch original, ne va jamais plus loin que la fameuse réplique : l’homme est un loup pour l’homme. Ici, les gens deviennent des cannibales pour survivre et avoir du confort. Une démarche déjà vue et revue dans de nombreux films et qui trouve ici un exemple assez décomplexé. Mais qui ne va jamais trop loin non plus… Les thèmes de la mère courage sont aussi présents, mais plutôt éventés, même si on va découvrir une vraie lionne quand il s’agit de combattre et de survivre. Mais surtout, c’est la fin qui laisse coi. Le film nous laisse sur l’héroïne qui quitte le manoir, se retrouve dans sa rue désolée, se retourne et pose un regard sur la bâtisse alors ensoleillée.

Que veut dire ce plan ? Va-t-elle y retourner ? Est-ce finalement la seule option pour un avenir radieux ? Sur ce point, le film est plutôt intelligent, laissant le spectateur seul juge de ce qui doit être fait ou non. Et d’apporter une réflexion sur la survie de l’être humain. Doit-il être prêt à tout, même à perdre une partie de son humanité, pour survivre plus confortablement ? Kadaver se termine donc sur une touche plus fine qu’il n’y parait et c’est presque dommage que le film ne soit pas à la hauteur de ce plan final.

Au final, Kadaver est un film qui loupe de peu le coche. Bénéficiant d’une bonne intrigue de départ et d’une ambiance originale, le film se délite peu à peu pour ne jamais nous cueillir vraiment. La faute à des personnages pas suffisamment incarnés, une histoire qui, finalement, est bien trop simpliste, et la sensation que le réalisateur se freine, n’allant pas au bout des choses. Reste alors un plan final qui laisse sur une réflexion dichotomique quant à l’être humain, mais c’est une maigre consolation, face à un film bourré d’idées, mais qui ne les exploite jamais vraiment…

Note : 10/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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