décembre 9, 2021

Dreamlike Horror – Delightful Suicides

Avis:

À l’instar d’autres courants musicaux, le black metal possède de nombreuses variantes, jouant sur l’hybridation des influences, comme le black death, le black folklorique ou, en l’occurrence, le black mélodique. Cette dernière appellation peut paraître antinomique, mais elle permet d’atténuer le propos initial afin de démontrer une certaine recherche artistique en marge du refus des codes moraux et des valeurs sociétales. Dreamlike Horror est un side project de deux membres d’Ancient : Aphazel et Deadly Kristin. Avec Delightful Suicides, le seul et unique album de la formation à ce jour, les intéressés ne changent pourtant pas forcément leur orientation musicale.

Le groupe norvégien s’insinue toujours dans le black mélodique qui fait se succéder d’implacables compositions à une recherche musicale plus subtile, comme l’atteste l’ouverture au clavecin de Night Hunt. La tonalité gothique y est évidente et se rappelle régulièrement aux oreilles de l’auditeur au gré des chansons, renvoyant autant à la littérature horrifique du XIXe siècle et à certaines productions cinématographiques du début XXe. À l’image des daguerréotypes sur la couverture de l’album, il en émane un aspect désuet, pour ne pas dire suranné, qui laisse augurer une expérience auditive aussi singulière qu’inattendue.

Delightful Suicides retient surtout l’attention pour ses atmosphères mornes et désolées dépeintes au fil de notes évocatrices. Preuve en est avec Moonshine et ses sonorités discordantes, ses murmures prompts à suggérer le souffle d’un spectre. De temps à autre, cette ambiance s’agrémente d’incursions nettement plus brutales. Et ce sont les compositions propres au black metal « pur » qui constitue la principale faiblesse de l’album. La technique est limitée et déploie sa violence à travers des riffs lourds d’une redondance extrême qui ne présentent que peu de variations ; que les chansons en question soient courtes ou longues.

On peut néanmoins distinguer d’étonnantes incursions. Damien intègre la voix de Jim Jones, pasteur et gourou de la secte le Temple du Peuple, dans l’un de ses discours les plus enflammés à l’attention de ses fidèles. La Vendetta parvient à mettre en exergue l’aversion anti-religieuse propre au style musical à travers un habile détournement de l’orgue. On y distingue même une résonnance qui rappelle l’acoustique d’une cathédrale, à tout le moins du chœur d’une église. Cette ambiance se retrouve aussi avec Wedding in Horror ou la reprise de La Marche funèbre. Quant aux beuglements de Deadly Kristin, ils se révèlent nettement moins percutants que son timbre naturel.

Ce sont donc les compositions les plus « posées », le côté atmosphérique du groupe, qui lui permettent de travailler son identité à travers une aura macabre, presque maladive à l’écoute de certaines complaintes. À l’instar de la chanson éponyme Delightful Suicides ou du titre A Solitary Moment, il se dégage une véritable mélancolie, un cri de désespoir qui touche plus que les élans colériques. Ces derniers n’apportent en effet aucune nuance. À noter d’autres étonnantes expérimentations avec The Labyrinth of Qena et The Owl’s Secret qui s’insinue dans une connotation moyen-orientale, empreinte de mystères antédiluviens. Le concept n’est pas sans rappeler certains morceaux de The Vision Bleak, dont l’entame du triptyque The Black Pharaoh Trilogy.

Au final, Delightful Suicides est un album de black mélodique méconnu et néanmoins intéressant à appréhender. Assimilable à un opéra macabre, l’effort alterne de multiples influences musicales pour mieux dépeindre un sentiment dépressif en guise d’écho à son titre. Bien que la construction manque quelque peu de rigueur pour générer une réelle continuité (les pistes 1 et 3 font office d’une double introduction), il en ressort une incursion désenchantée qui recèle quelques surprises inattendues en de telles contrées artistiques. On regrette que le rapport au sacré et les tourments suggérés s’altèrent avec des compositions black metal répétitive et mineure.

  • Nighthunt
  • The House That Breathes With Ghosts
  • Moonshine
  • Damien
  • A Solitary moment
  • The Labyrinth of Qena
  • La Vendetta
  • You Laying Body
  • Wedding in Horror
  • The Owl’s Secret
  • Delightful Suicides
  • Funeral March

Note : 14/20

Par Dante

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