décembre 4, 2021

Les Enfants de Peakwood – Rod Marty

Auteur : Rod Marty

Editeur : Scrineo

Genre : Fantastique, Thriller

Résumé :

Quels sont ces étranges maux qui affligent les habitants de Peakwood, petite ville du Montana, USA ? D’où viennent les blessures qui apparaissent sur le corps de certains de ses habitants ? Pourquoi d’autres commencent-ils à agir étrangement ? Seuls Chayton, le médecin de la ville, et son père, vieux chaman au savoir ancestral, savent reconnaître les signes. Le bouleversement qui approche. Quelque chose en lien avec un accident qui n’aurait jamais dû avoir lieu, dix ans plus tôt. Un secret dont ils ont juré de ne jamais reparler. Félicitations, la mort vous offre une seconde chance.

Avis :

Dans l’imaginaire collectif, les États-Unis demeurent l’objet de tous les possibles en matière de fiction. Cela tient essentiellement à quelques images iconographiques qui ont tôt fait d’illustrer une histoire encore jeune et néanmoins déjà bien ancrée en territoire amérindien. Est-ce dû à la convergence de plusieurs cultures ? Toujours est-il que les légendes locales et les communautés isolées restent un terreau fertile pour développer une bonne intrigue dans un tel environnement. Des auteurs que l’on ne présente plus, comme Stephen King ou James Herbert, ont déjà proposé des récits éprouvants dans une forme de huis clos réduit à l’échelle d’une « modeste » bourgade.

Et c’est précisément dans ce domaine que Rod Marty s’insinue avec Les Enfants de Peakwood, son premier roman. Le postulat de départ possède de nombreuses similarités avec le thriller. On songe à l’atmosphère générale, ainsi qu’aux premiers tenants où l’ouverture de l’intrigue se fait sous l’angle d’un accident de la route. Le mystère est posé et, d’emblée, on devine une progression patiente pour dépeindre son contexte. Les descriptions sont méticuleuses et se révèlent majoritairement pertinentes pour justifier leur présence. Cela passe notamment par une caractérisation des personnages développée où chaque figure peut se montrer complémentaire ou aux antipodes des autres.

Il est vrai que le récit compte de nombreux protagonistes. Ce qui rend la présentation assez longue pour se pencher sur leur quotidien respectif. Toutefois, la qualité d’écriture et la manière dont chacun s’intègre au cœur de l’histoire rendent l’ensemble intéressant à plus d’un titre. L’auteur se départit ainsi de toutes longueurs ou de séquences prétextes. Le texte a beau se montrer dense et se démarquer par une architecture spécifique (absence véritable de chapitres « classiques »), il n’en demeure pas moins un certain sens du rythme. Celui-ci instille un sentiment d’oppression à défaut d’entretenir pleinement le mystère qui entoure Peakwood et cet accident de la route. Des fondamentaux du thriller, on s’insinue progressivement vers le fantastique, voire l’horreur.

Il est vrai que l’on devine aisément le cœur du problème. La façon dont est amenée l’histoire et surtout la quatrième de couverture évente rapidement l’énigme principale. Le sujet sur fond de mythes amérindiens rappelle Simetierre. On songe alors au rapport à la mort d’un proche, au refus de son trépas, ainsi qu’aux conséquences qui découlent d’actes irrémédiables. Le fait d’enclaver le récit dans une petite ville nimbée d’une aura sibylline renvoie invariablement à quelques références notables telles que Twin Peaks ou, plus récemment, Wayward Pines. Le principe d’intégrer des gens ordinaires dans une situation « extraordinaire » est similaire, tout comme la gestion du rythme.

Ce dernier s’accélère à mi-parcours pour dépeindre la portée du phénomène sur chaque protagoniste et, plus généralement, à l’échelle de Peakwood. Il en ressort une progression tendue qui fait la part belle à de multiples confrontations ; le tout parsemé de quelques considérations chamaniques afin de justifier l’origine de ce que l’on assimile comme une malédiction. Malgré l’aspect irrationnel indissociable au fantastique ou à l’horreur, l’histoire demeure crédible et, pour ne rien gâcher, plutôt bien ficelée. On a pu évoquer la prévisibilité du mystère. L’auteur recèle néanmoins quelques surprises de dernière minute pour étonner d’une manière différente son lectorat.

Au final, Les Enfants de Peakwood s’avère un roman particulièrement immersif qui aime à dépeindre une image fantasmée, mais fascinante, des petites villes américaines. On peut considérer l’histoire comme un huis clos à part entière, eu égard à l’isolement suggéré par la configuration géographique des lieux. Malgré un nombre conséquent de personnages, la caractérisation reste maîtrisée pour développer des portraits dissemblables à l’évolution mesurée et réaliste. L’aspect surnaturel est également bien intégré au récit pour le rendre d’autant plus singulier, notamment en ce qui concerne les rites chamaniques propres aux cultures amérindiennes. Un livre de qualité.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.