mai 11, 2021

Kérity, la Maison des Contes

De : Dominique Monféry

Avec les Voix Originales de Jeanne Moreau, Julie Gayet, Pierre Richard, Lorànt Deutsch

Année : 2009

Pays : France, Italie

Genre : Animation

Résumé :

Natanaël a bientôt 7 ans, mais il ne sait toujours pas lire… Lorsque sa tante Eléonore lui lègue sa bibliothèque contenant des centaines de livres, Natanaël est très déçu !
Pourtant, chacun de ces contes va livrer un merveilleux secret : à la nuit tombée les petits héros, la délicieuse Alice, la méchante fée Carabosse, le terrible capitaine Crochet, sortent des livres…
Ils doivent prévenir Natanaël qu’ils courent un grand danger et risquent de disparaître à jamais.
Pour sauver ses minuscules amis et leurs histoires, Natanaël, rétréci par la Fée Carabosse, se lance dans l’aventure !
Il affrontera vaillamment le très fourbe Ramastou, les crabes géants, l’Ogre affamé…
Arrivera-t-il à temps à lire la formule magique qui les sauvera tous ?
Ce n’est pas parce que c’est inventé que ça n’existe pas !

Avis :

Dominique Monféry est un petit inconnu dans le domaine de l’animation, et pourtant, il n’a pas commencé n’importe où, puisqu’il s’installe chez Disney et devient superviseur des effets spéciaux sur Kuzco, l’Empereur Mégalo. Très rapidement, après un court-métrage de six minutes, il revient en France pour faire un film sur Franklin la petite tortue qui sera un échec aussi bien critique que public. Difficile alors de remonter la pente et pourtant, en adaptant un scénario d’Anik Le Ray et avec l’excellente Rébecca Dautremer à la direction artistique, le réalisateur va sortir en 2009 Kérity la Maison des Contes, ce qui est à ce jour son dernier long-métrage et son plus gros succès. Loin des gros studios, loin des effets spéciaux en 3D, le cinéaste va se diriger vers un modèle plus simple, la littérature de jeunesse dont Rébecca Dautremer est une digne représentante. Il va alors en résulter un film d’animation enchanteur, loin des standards du genre, même en 2009, et qui porte en son sein un message fédérateur sur la lecture et l’héritage. En bref, un très joli conte aussi bien pour les enfants que pour les parents.

La première chose qui frappe avec ce film, c’est bien entendu ses graphismes. Même si l’ensemble est plutôt fluide, on a l’impression de regarder un dessin animé « à l’ancienne ». Pas d’artifice 3D, pas d’images de synthèse, ici, tout respire le travail à la main, jusqu’aux couleurs qui sont dans des tons pastels apaisants. En agissant ainsi, Kérity la Maison des Contes possède une vraie identitaire. Le film n’appartient à aucun studio connu et peut se permettre de grandes libertés sur certains effets et certains partis pris graphiques. Il y a une scène où le héros fait un cauchemar à cause de sa peur des mots qui fait vraiment un drôle d’effet et renvoie un vrai malaise. Cela est dû à une vraie déchirure faite au cutter pour provoquer une rupture de tonalité très imagée. Alors oui, aujourd’hui cela peut paraître désuet, presque vide au niveau des décors, mais cet aspect épuré donne aussi un charme fou au film, qui permet de se focaliser sur les personnages et le message principal du film, qui porte sur l’importance de la lecture, des rêves et de cet héritage que sont les livres.

Car en dehors de son aspect graphique très marqué, Kérity la Maison des Contes c’est surtout une histoire riche en thématiques et ultra référencée dans tout ce qu’elle cite. Natanaël est un petit garçon attachant mais qui a un gros problème, il ne sait pas lire. En se rendant dans la maison de sa défunte tante, grande lectrice, il découvre qu’il hérite de toute sa bibliothèque et de la magie qui va avec. Le problème, c’est que Natanaël ne sait pas lire et semble incapable de dire la formule magique qui gardera en vie tous les protagonistes des romans. Et lorsqu’un antiquaire peu scrupuleux décide de prendre tous les livres pour les revendre et que la fée Carabosse rapetisse Natanaël, c’est une course contre la montre qui s’active pour ne pas faire disparaître tout cet héritage. Et c’est bien là l’un des principaux thèmes de ce film, l’héritage et la portée symbolique de celui-ci. Devenant le nouveau gardien du temple de la rêverie et des histoires fantastiques, Natanël va devoir combattre sa phobie des mots pour sauver tout un royaume important. Se surpasser, s’entraider pour réussir, avoir confiance en soi, combattre ses peurs, autant de thèmes forts dans ce film d’animation original et soigné, relativement touchant dans le portrait dépeint de cette famille lambda.

L’autre grosse thématique du film concerne bien évidemment la lecture. Si la littérature de jeunesse est un marché qui marche bien, avec notamment quelques festivals et des auteurs qui se sont spécialisés dedans, rares sont les films à aborder cette thématique comme moteur principal de leur intrigue. Dans Kérity la Maison des Contes, les personnages des livres prennent vie et participent à l’aventure, comme Alice au Pays des Merveilles, ou encore l’Ogre, le Capitaine Crochet et la Fée Carabosse. Tout ce petit monde montre à quel point la lecture est salvatrice, permet de s’évader, de rêver, de se cultiver. Mais cela montre aussi l’importance de notre patrimoine, un patrimoine mondial incroyable, riche et essentiel pour s’accepter et accepter les autres. Ici, personne ne juge Natanaël, au contraire, tout le monde l’aide, tout le monde souhaite sa réussite, pour qu’il puisse sauter à pieds joints dans ces histoires merveilleuses. Et en plus de cela, le film s’amuse à mélanger les histoires, à produire des relations qui ubuesques plutôt sympathiques, chacun se baladant dans l’histoire des autres. On retrouvera du coup Cendrillon chez le Loup du Chaperon Rouge, et c’est drôle. C’est d’ailleurs un procédé qui existe déjà en littérature de jeunesse.

Au final, Kérity la Maison des Contes est une jolie petite réussite. Loin des standards qui peuplent aujourd’hui nos cinémas et phagocytent les productions plus intimistes, le film de Dominique Monféry est une petite bulle d’air dont il serait dommage de passer à côté. Alors oui, l’animation est particulière, le film est assez court et va assez vite, mais pour autant, le métrage est offre une belle alternative trop peu connue.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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