avril 17, 2024

La Marque du Diable

Titre Original : La Marca del Demonio

De : Diego Cohen

Avec Eduardo Noriega, Eivaut Rischen, Arantza Ruiz, Omar Fierro

Année : 2020

Pays : Mexique

Genre : Horreur

Résumé :

Lorsque deux sœurs ouvrent un livre ancien libérant le mal, un prêtre possédé en proie à ses propres démons devient leur seul salut.

Avis :

Lovecraft fait partie de ces auteurs qui n’ont pas eu de succès de leur vivant et dont l’héritage ne s’est dévoilé qu’à leur mort. Homme exécrable et détestant l’humanité, H.P. Lovecraft bave toute sa haine à travers des récits où hommes et femmes sont en proie à un danger invisible, de grands anciens implacables venant des confins de l’espace, tellement horribles qu’ils en deviennent indescriptibles. Nyarlathotep, Yig, Yog-Sothot ou Cthulhu sont autant de noms bizarres qui ont trouvé aujourd’hui une résonance dans la culture populaire. Et bien évidemment, après les romans, les premières adaptations au cinéma sont arrivées et quasiment aucune n’a réussi à capter l’essence même des écrits de Lovecraft. Quasiment à chaque fois, le film est un échec car il n’arrive pas à tenir une ambiance fétide et tombe généralement dans du graveleux, du gore ou du cheap alors que Lovecraft, c’est autre chose. Tout comme les grands anciens, c’est indescriptible et il faut faire un film maladif pour réussir. Alors quand Netflix propose La Marque du Diable, citant sans vergogne Lovecraft et Cthulhu, puisant sa production au Mexique, terre de talents comme Del Toro ou Cuaron et Inarritu, on est forcément intrigué et intéressé. Bien mal nous en a pris…

Le film débute avec un exorcisme qui se passe mal dans une vieille bâtisse au Mexique. Le prêtre prend le corps de l’enfant mort et le jette dans un ravin sur le bord de la route. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’enfant est toujours en vie. On fait un bond de trente ans et on retrouve un énigmatique type en chapeau qui va faire des exorcismes pour gagner sa croûte. Lui-même possédé, il a comme acolyte un prêtre toxicomane qui croit en l’existence des démons. En parallèle, une professeure en langues anciennes reçoit un livre qui ressemble un peu au Necronomicon et elle va le ramener chez elle. Voulant faire les malines, ses deux filles lisent à voix haute un passage du livre et l’une d’entre elles se fait posséder par… Chtylla, la fille de…  Cthulhu. Le mystérieux homme au chapeau, qui a du mal à se défaire de son propre démon, accepte de venir les aider. Alors oui, quand on lit ce pitch, on sait clairement que l’on va naviguer dans le bis le plus total, voire le Z à peine assumé. D’un point de vue du scénario, c’est tout simplement incompréhensible. Le film va très vite, on enchaîne les situations grotesques sans aucun liant, les relations entre les personnages sont inexistantes et pire que tout, il n’y a aucun enjeu. Le film durant 1h20, on va voir la jeune fille se faire posséder durant une heure, puis l’exorcisme est balayé en quelques minutes, sans que l’on comprenne ce qu’il se passe.

Ajoutons à cela qu’entre temps, l’homme au chapeau, que l’on croit gentil, puisqu’il pratique des exorcismes pour sauver des âmes, va buter des types dans un parc pour les bouffer, puis il va faire une crise avec un pentacle sur le corps, puis il va beaucoup transpirer avant de vomir un liquide noirâtre. Bref, il se passe des choses dans le film qui n’ont aucune explication et qui rajoute de la complexité à un récit qui n’en avait clairement pas besoin. Les personnages sont d’ailleurs d’une nullité abyssale. Le prêtre toxico joué par Eduardo Noriega ne sert à rien et possède finalement très peu de temps à l’écran. Il participe à un exorcisme raté sur la fin, et il est globalement inutile. Tout comme l’homme au chapeau dont le destin n’est pas forcément expliqué et qui se contente de sauter un peu partout pour bouffer des gens ou chasser des démons. Un personnage non pas complexe, mais incohérent. Quant à la famille victime de Chtylla (putain, je ne vais pas m’en remettre de celle-là), on fait face à des gens sans charisme et sans aura. Les deux sœurs sont des têtes à claques dont on se fiche bien du devenir, la mère est conne comme un balai et le père aussi insignifiant qu’une tache blanche sur un mur blanc. C’est tout bonnement scandaleux de mettre en avant des personnages qui n’ont rien, aucun background, aucune volonté, aucun réaction. Et là, on ne parle même pas des autres personnages secondaires, comme le petit ami ou le docteur, qui ne servent absolument à rien.

Mais le pire dans tout ça, c’est l’insulte faite à Lovecraft. L’auteur possède un univers, un panthéon monstrueux et lègue un héritage à la fois dense et difficilement préhensible. Est-ce pour autant que l’on peut en faire n’importe quoi ? Que l’on prenne des libertés avec ses écrits, à la rigueur, pourquoi pas. Mais que l’on dise n’importe quoi et que l’on crache sur son œuvre, c’est montrer une ignorance crasse et un travail de sagouin fait en amont. On sent bien que La Marque du Diable n’est là que pour surfer sur la pseudo vague de succès qui perdure sur l’écrivain et rien n’est fait correctement. L’ambiance est nulle, il n’y a aucun travail sur les lumières et les effets spéciaux qui consistent à noircir les yeux des possédés ne servent à rien. Ou sont les cultistes ? Ou sont les amateurs du Necronomicon ? Rien n’est fait là-dessus, montrant le vide abyssal qui constitue le film. Quant à la mise en scène, c’est tout simplement scandaleux. On a des plans qui font très amateur, on a même la sensation que parfois, c’est filmé avec un téléphone… Bref, il n’y a rien à sauver là-dedans. Et les deux/trois effets gores présents nous font autant d’effets qu’un placebo sur une maladie grave. On sent que c’est placé là pour satisfaire certains bisseux qui n’ont pas de très hautes attentes.

Au final, La Marque du Diable est un film d’une nullité rarement atteinte. Si dans les années 70, les films bis mexicains avaient ce petit truc qui les rendait attachants, aujourd’hui, on nage en plein délire de médiocrité. Court mais chiant, sans aucun travail sur les personnages ou l’ambiance, avec en plus un scénario qui n’a aucun sens et une non-envie évidente de faire peur, La Marque du Diable est peut-être ce que Netflix propose de pire en la matière.

Note : 01/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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