décembre 2, 2021

The Babysitter

De : McG

Avec Samara Weaving, Judah Lewis, Bella Thorne, Hana Mae Lee

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur, Comédie

Résumé :

Une soirée de babysitting tourne au cauchemar quand un garçon tente d’espionner la jeune femme chargée de le garder.

Avis :

Parmi les réalisateurs américains qui ne possèdent une grande finesse, je demande McG. En effet, à l’instar d’un Michael Bay qui aime quand ça pète de partout, McG a un penchant un petit peu plus sage, car si violence il y a, c’est surtout dans les bandes originales qu’il utilise dans ses films. Et pour cause, le type a commencé sa carrière avec des courts-métrages documentaires sur l’élaboration de l’album Life is Peachy de Korn, ou encore sur The Offspring et Cypress Hill. S’il alternera avec des longs-métrages comme Charlie et ses Drôles de Dames, c’est surtout avec le quatrième épisode des Terminator qu’il va se faire connaître, certains criant au scandale et d’autres trouvant le film intéressant. Quoi qu’il en soit, McG possède une patte et un univers particulier. Un peu bourrin sur les bords, il aime quand ça dégouline et quand ça frappe un peu, et si son dernier film en date nous fait mentir là-dessus (le vraiment pas bon Le Bout du Monde), avec The Babysitter, on retrouve toute la décadence du réalisateur qui se fait plaisir avec une comédie horrifique réussie et régressive à souhait.

Le pitch du film est très simple. Un jeune garçon qui a peur de tout va passer la soirée avec sa babysitter favorite. Comme il aimerait savoir ce qu’elle fait le soir quand il est couché, il décide de l’espionner depuis les escaliers. Et il va tomber sur un rituel satanique avec un meurtre bien sale. Dès lors, une course-poursuite pour sa survie se met en place et l’enfant doit dépasser ses peurs. Le scénario ne va pas chercher plus loin et pourtant, il aborde des thèmes assez intéressants, voire même intelligents. Ici, on va se retrouver avec un jeune homme de douze ans qui a peur de tout et n’importe quoi. Les araignées, conduire, les rats, bref, tout semble l’effrayer. On va vite s’apercevoir que s’il est comme ça, c’est parce qu’il est surprotégé par ses parents, lui défendant même de regarder certaines séries comme Mad Men. A l’école, c’est presque pareil, sauf qu’en plus, il se fait harceler par ses camarades qui le traitent de couille molle. Tout ce microcosme contribue à lui faire manquer de confiance et à perdre ses moyens à la moindre occasion. L’épreuve qu’il va subir le force alors à prendre le dessus et à se découvrir, ce qu’il va faire très vite. Parmi les autres thématiques explorées par le film, on retrouve cette jeunesse désenchantée qui est prête à tous les sacrifices pour avoir la belle vie. Si les jeunes adultes font ce sacrifice satanique, c’est pour donner vie à leurs rêves et se sortir d’une certaine misère. Ou trouver le chemin de la facilité pour arriver plus vite à ce que l’on veut. McG tisse alors avec ce scénario des points de vue qui s’entrecroisent, entre fainéantise et opportunisme pour réussir, quitte à couper des têtes.

Outre les petits messages que l’on peut entrevoir disséminés çà et là, on va aussi assister à une culture du vide et de l’apparence. Joignant constamment l’humour avec l’horreur, le réalisateur va presque rendre les antagonistes sympathiques. Au détour d’une discussion, ou alors au moment même où le jeune garçon est en difficulté, on va avoir droit à des discours hors de propos mais terriblement drôles. A titre d’exemple, alors qu’il se fait étrangler, l’un de ses harceleurs jette des œufs sur sa maison. Le tueur n’accepte pas ce manque de respect et demande alors au garçon d’aller régler cette affaire comme un bonhomme. C’est tellement inattendu et crétin dans l’attitude du tueur que cela en devient drôle et montre bien à quel point l’apparence devient finalement plus importante que tout le reste. Il en va de même avec l’une des tueuses qui se prend une balle dans le sein et qui hurle non pas pour la douleur, mais parce qu’elle va être moche à vie. Si c’est terriblement con, c’est aussi le reflet de notre époque qui ne juge que sur le physique et l’apparence. Le plus impactant dans tout ça, c’est que c’est fait avec un sens de l’humour assez aiguisé. Le film va à toute berzingue, les passages gores sont nombreux et on ne s’ennuie pas un seul instant devant ce déluge d’action et d’humour.

L’autre point fort va venir de sa réalisation. Si McG n’est pas un cador dans son domaine et qu’il commet souvent des fautes de goût comme des effets spéciaux à la ramasse, il prouve ici qu’il peut apprendre de ses erreurs. On trouvera des passages assez grossiers, comme lorsque la sublime Samara Weaving se met en maillot de bain au ralenti avec un gros plan sur ses fesses, mais on aura aussi des idées intéressants, comme ces moments écrits qui apparaissent dans le métrage, à la manière d’un Scott Pilgrim ou d’un Détention de Joseph Kahn. Certains effets fonctionnent aussi bien, comme lorsque le héros discute avec celle dont il est amoureux, et qu’autour, tout tourne au ralenti. McG se livre avec ce film et se laisse porter par une envie folle d’innover et de faire un film vraiment cool et référencé et ça marche à plein régime. Alors oui, ça manque parfois d’iconisation et par moments, ça part trop loin dans le délire, comme la toute fin, mais globalement, c’est vraiment du très bon travail, avec en plus un éclairage au top. Et pour une fois, les effets spéciaux sont réussis et les effets gores sont très trash, profitant certainement d’une liberté de ton conférée par Netflix.

Enfin, si le film est si réussi, c’est aussi parce qu’il possède des personnages intéressants ou drôles dans leur démarche. Si on passera sur les quelques tueurs dont les ambitions sont aussi stupides que leur partie de rituel satanique, on se concentrera surtout sur le personnage joué par Judah Lewis, ce jeune garçon qui a peur de tout. Car non seulement l’acteur est bon, mais en plus de cela, il donne un aspect très attachant à ce héros malgré lui, forcé par le destin à se découvrir et à devenir fort. Ce sera pour lui un apprentissage sur le vif et il devient, au fur et à mesure du film, un vrai héros. A ses côtés, on pourra compter sur la star montante Samara Weaving, qui compose un rôle complexe, celui de la babysitter sexy, gentille, mais aussi très méchante. Elle campe ce rôle avec une légèreté qui frôle l’impertinence et arrive à charmer aussi bien les autres personnages que les spectateurs, et pas seulement pour sa superbe plastique. C’est un vrai déchirement de voir ces deux personnages s’affronter par la suite, car leur mise en place est très touchante, la babysitter étant alors une confidente et une épaule sur laquelle se reposer. Alors oui, les autres protagonistes vont manquer d’ampleur, même si on trouvera toujours ce culte de l’apparence en les personnes de Bella Thorne et Robbie Amell, mais finalement, cette chair à canon offre de bien bons moments et n’ont que ce qu’elles méritent.

Au final, The Babysitter est une belle réussite. Il s’agit d’une comédie horrifique savamment orchestrée qui allie parfaitement les moments drôles, le gore outrancier et les séquences d’épouvante avec des chasse à l’homme bien mises en scène. Si on peut pester contre certains aspect putassiers (les deux femmes qui se roulent longuement une pelle ou le déshabillage de l’actrice principale au bord de la piscine), le rythme effréné, l’humour ravageur et la mise en scène limpide de McG font que l’on passe un excellent moment et qu’il n’est pas étonnant d’apprendre que le film aura une suite.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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