décembre 7, 2021

La Loi de la Jungle

De : Antonin Peretjatko

Avec Vincent Macaigne, Vimala Pons, Mathieu Amalric, Pascal Légitimus

Année : 2016

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Marc Châtaigne, stagiaire au Ministère de la Norme, est envoyé en Guyane pour la mise aux normes européennes du chantier GUYANEIGE : première piste de ski indoor d’Amazonie destinée à relancer le tourisme en Guyane. De mésaventure en mésaventure, on lui affuble un coéquipier. Pas de chance c’est une pin-up. Pire : elle a du caractère.

Avis :

On a souvent tendance à dire que la comédie française est complètement engluée, sclérosée. Il faut dire que peu de créateurs s’y hasardent, la faute à des producteurs trop frileux qui choisissent des projets leur permettant de faire du profit. Ainsi, plutôt que de fixer sur des idées intéressantes, on a droit à des noms redondants faisant toujours la même chose, même quand c’est mauvais dès le départ. On peut donc parler d’Olivier Baroux et de son incapacité à sortir de la blague de mauvais et du scénario vide de sens. On peut évoquer Dany Boon et ses moqueries incessantes, frôlant à chaque fois la médisance. On peut aussi citer Philippe Lacheau, qui a réussi un coup d’éclat avec Babysitting et qui depuis répète inlassablement la même chose. C’est triste à dire, mais il semble que rien ne puisse sauver la comédie française. Alors quand La Loi de la Jungle promettait une diversité et une ambiance très années 80, il y avait de quoi susciter la curiosité. Bien mal nous en a pris.

Le film raconte l’histoire d’un stagiaire qui va se faire embaucher par le ministère de la normalité, afin d’aller défendre le projet Guyaneige en Guyane. Le projet est simple, construire une station de ski aux normes françaises en Guyane. Là-bas, il va se retrouver confronter à une bande d’incapables, dont une coéquipière qui a un fort caractère. Ils vont alors se perdre dans la jungle et apprendre à se connaître. Dès qu’on lit le pitch, on se rend bien compte que l’on est dans un film qui joue à fond la carte du pastiche et de la caricature. Le réalisateur, Antonin Peretjatko, annonce la couleur dès le début avec des gags lourds, parfois loufoques, souvent mauvais et un montage qui rappelle les comédies françaises des années 80. D’ailleurs, ce montage va être l’occasion pour le cinéaste de faire des séquences ultra cut pour mettre en avant des running gags qui ne marchent pas forcément. Il faut dire que si on se plonge dans le film sans savoir de quoi on parle, il va être très compliqué de rentrer dedans, et même de comprendre ce qu’il se passe. Mais finalement, ce n’est pas bien grave, car avec les volontés du réalisateur et son humour absurde, on comprend rapidement ses intentions.

Il faut dire que c’est parfois très gros. Un peu trop. La caricature est poussée à son paroxysme, plus même qu’un Hot Shot ou, pour rester en France, qu’un OSS 117 et il faudra accepter dès le départ que parfois, ça n’a ni queue ni tête. On aura donc droit à tous les clichés possibles, de la Guyane blindée d’insectes nuisibles et dangereux aux cannibales dans la jungle, du stagiaire aux dents longues dont le cerveau est rempli de fromage blanc aux guerrieros planqués dans la jungle pour une rébellion qui n’a aucun sens. Le réalisateur va à fond dans son délire et sa volonté de bousculer le spectateur dans ses ressentis. Car La Loi de la Jungle va tenter de poser les bonnes questions. Le but ici est de faire réfléchir par l’absurde à certaines actions qui pourraient être possibles. L’idée de ce film est venue au cinéaste par l’existence d’un pont qui relie le Brésil à la Guyane, mais qui est interdit aux véhicules à cause d’une histoire de norme française. A partir de ce gaspillage, Antonin Peretjatko va pousser plus loin son délire pour montrer à quel point les règles françaises sont rigides et inadaptées à la Guyane. De ce fait, il tente d’utiliser l’humour et les clichés pour démontrer l’incapacité du gouvernement français à s’adapter à certaines situations. Et on notera aussi une petite pique concernant certains services durant l’été où seuls quelques stagiaires travaillent comme des bêtes.

Le problème, c’est que malgré cette envie de faire réfléchir, l’humour ne passe pas toujours. C’est souvent grotesque, sans queue ni tête et certaines situations n’ont même aucune répercussion sur la suite. A titre d’exemple, on peut citer ce passage où Pascal Légitimus porte un paresseux dans les bras, qui ne servira qu’à taper de la patte sur une caisse avant de disparaître dans la nature. Et des trucs inutiles comme celui-ci, le film en est blindé. Mention spéciale au combat contre les cannibales devenus complètement barges, qui veut faire bande-dessinée et qui est tout simplement ridicule. Du coup, le rire ne vient pas forcément avec les situations débiles que le film montre volontairement, mais bien par la gêne occasionnée par des situations stupides. Ensuite, il est difficile de juger les comédiens sur un film comme celui-ci. Vincent Macaigne possède un génie comique indéniable et il surnage un peu dans ce métrage. On découvrira une sublime Vimala Pons dont le rôle n’est pas très évident mais qui s’en sort avec les honneurs. Par contre, pour le reste, c’est clairement la catastrophe. Mathieu Amalric est insupportable, Pascal Légitimus est égal à lui-même et Jean-Luc Bideau est tout simplement amorphe, d’un non-jeu qui frôle presque le respect. Alors oui, c’est certainement le ton du film qui veut ça, ainsi que les rôles, mais tout de même, ça reste décevant. Ça reste décevant parce que si le grotesque peut faire rire, c’est surtout la gêne que l’on ressentira, le malaise créé par certaines situations qui amèneront un petit pouffement d’incompréhension.

Au final, La Loi de la Jungle est un film atypique dans la comédie française et il change vraiment de toutes les daubes que l’on se tape inlassablement. Néanmoins, il ne réussit pas du tout son coup, malgré son côté absurde assumé et sa volonté de jouer des clichés et d’amener à réfléchir par l’incongruité de certaines situations. On rit plus par moquerie par rapport aux faux-raccords ou au montage anarchique que par les situations en elle-même. Et même si c’est volontaire de la part d’Antonin Peretjatko, rappelons qu’un mauvais film réussi est un mauvais film qui s’ignore. Ce qui n’est pas le cas ici.

Note : 06/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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