mai 17, 2021

Devil

De : John Erick Dowdle

Avec Chris Messina, Logan marshall-Green, Jenny O’Hara, Bojana Novakovic

Année: 2011

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

À Philadelphie, cinq individus débutent leur journée le plus banalement du monde. Ils pénètrent dans un immeuble de bureaux et montent dans l’ascenseur. Personne ne se connaît ni ne se salue. Ils n’auront à partager cet espace clos que pour un court instant. Mais, quand l’ascenseur reste bloqué, ce qui semblait aléatoire, s’avère vite parfaitement intentionnel, et leur sort ne leur appartient plus. Ces cinq inconnus vont voir leurs secrets exposés au grand jour, et chacun va devoir répondre de ses fautes. Doucement, méthodiquement, leur situation évolue de la simple contrariété à l’angoisse, puis à l’horreur totale. Un à un, l’adversité les frappe, alors que le doute quant à l’identité de l’auteur de ces terribles événements plane sur toutes les têtes… jusqu’à ce qu’ils comprennent la vérité : l’un d’eux est le diable en personne. Quand toute assistance venue de l’extérieur s’avère inutile, les passagers restants sont forcés de réaliser que leur seule chance de s’en sortir est de faire face aux crimes qui les ont menés là où ils sont aujourd’hui.

Avis:

Avant de revenir dans les grâces d’Hollywood et du grand public, M. Night Shyamalan a traversé une longue route désertique. Enchainant mauvais film sur mauvais film (Phénomènes, After Earth ou encore La Jeune Fille de l’Eau), c’est en 2016 qu’il retrouve le chemin du succès grâce à Split, qui se déroule dans le même univers que son chef-d’œuvre, Incassable. Cependant, entre temps, l’auteur s’est écarté des plateaux et a pris du temps pour écrire quelques histoires horrifiques, dont une était prévue pour être une trilogie. Cette histoire, c’est celle de Devil où cinq individus sont bloqués dans un ascenseur et ils vont mourir les uns après les autres. Une idée simple, un huis-clos horrifique avec le diable qui se trimballe quelque part. Un pitch précis, sans enrobage mirobolant mais qui aurait pu donner un film sympathique, effrayant et donnant lieu à une réflexion sur la religion. Malheureusement, Devil va enchainer les maladresses et malgré l’absence d’ennui, on se retrouve face à un film oubliable, qui oublie d’avoir un propos intéressant.

Le film commence avec un texte issu de la Bible, puis d’un suicide. A partir de là, on va voir cinq personnes arriver dans un grand immeuble luxueux et s’engouffrer dans une cabine d’ascenseur. Manque de bol, la cabine se bloque et personne n’arrive à faire rouvrir les portes. Pendant ce temps, la tension monte dans la cabine et chacun semble se méfier de l’autre. Quand l’un d’eux meurt durant une coupure de courant, la panique et la paranoïa prend le dessus. Ces deux thèmes sont assez importants au sein du film, car ce sont finalement les deux sujets les mieux travaillés dans le métrage. Chacun ira de sa petit pique, de son humour mal placé ou encore de ses suspicions envers les intentions des autres «passagers». John Erick Dowdle, qui sort alors du remake de Rec avec En Quarantaine, tente de donner de l’importance à la paranoïa, rendant chacun suspect d’une manière précise. Est-ce la vengeance d’une veuve noire? Est-ce un possible terroriste au sein de l’ascenseur? Ou bien avons-nous droit tout simplement à un détraqué mental? Bref, que ce soit grâce à l’enquête de la police ou encore aux mots dits par les personnages, à tour de rôle, on va croire que le meurtrier est tel ou tel personnage. Et c’est plutôt bien fichu.

Mais le film va malheureusement tomber dans ce qu’il ne faut pas faire dans un film d’horreur, livrer des personnages sans épaisseur et sans réelle existence. Si l’on va apprendre que chacun cache des squelettes dans leur placard, on ne va rien avoir de plus à se mettre sous la dent. Les relations sont toutes toxiques, seules les suspicions seront présentes et personne ne tente de faire connaissance pour tenir le coup jusqu’à l’arrivée des secours. Le film se perd en tergiversations futiles où chacun se rend finalement détestable, que ce soit le vigile en intérim qui se la joue racaille, ou encore l’ancien de l’armée qui se fait taciturne (pauvre Logan Marshall-Green en remplaçant rachitique de Tom Hardy). Le problème avec ce film, c’est qu’il est bien impossible de ressentir de l’empathie pour ces personnages qui sont tous malhonnêtes et malveillants. Une volonté pour le twist final qui finalement, ne tiendra pas la route lui non plus. Déjà parce qu’on voit mal le diable tuer des tueurs, arnaqueurs et autres mauvaises personnes, c’est plutôt le boulot des anges exterminateurs, mais aussi parce que le message de béni oui-oui que l’on a à la fin est vraiment détestable. Avec ce script, Shyamalan nous pousse finalement à croire en Dieu et au Diable, représentant le bien comme quelqu’un qui accepte et pardonne, même la pire des horreurs.

En fait, avec ce film, Shyamalan retrouve certains de ses démons. Il impose une vision de la religion qui lui est propre et n’arrive pas à laisser le choix au spectateur. Quant à la réalisation de John Erick Dowdle, elle reste très classique, voire même trop. On n’a pas de plan iconique, on n’a pas de personnalisation du démon, et les seuls effets de peur sont issus de jumpscare beaucoup trop faciles. Le coup du reflet, de l’image subliminale ou encore de l’accident à la Destination Finale, sont des effets éculés qui ne marchent plus trop aujourd’hui, si ce n’est sur la jeune génération. Là, on reste dans quelque chose de basique, et c’est dommage parce qu’on sent qu’il y a du potentiel dans cette histoire. Encore une fois, l’enquête est menée tambour battant, on distille les indices pièce après pièce, et finalement, on ne s’ennuie pas. Alors le film devait être une trilogie, les personnages auraient peut-être gagné en épaisseur, mais en l’état, c’est plat et très décevant.

Au final, Devil est un film qui a des atouts pour lui, mais il ne les exploite jamais vraiment. Si certaines idées sont bonnes et que l’on ne s’ennuie jamais vraiment face à ce film, il manque clairement d’épaisseur et d’ambition. Ici, on a une petite histoire, avec des personnages fonctions sans grand intérêt pour lesquels on ne ressentira aucune empathie et une morale religieuse qui sent vraiment la naphtaline. Pour faire court, M. Night Shyamalan a écrit un film bancal, qui pouvait prendre de l’ampleur sur une trilogie mais qui restera à l’été végétatif, surtout maintenant que le réalisateur a retrouvé les bonnes grâces du tout Hollywood.

Note: 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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