octobre 25, 2021

Les Chatouilles – Des Mots sur des Maux

De : Andréa Bescond et Eric Métayer

Avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps

Année : 2018

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Adulte, Odette danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie…

Avis :

Metteur en scène de théâtre et un comédien français, Eric Métayer s’est énormément fait repérer à la fin des années 2000. Si le cinéma l’a toujours passionné, c’était avant tout sur les planches qu’on le trouvait. Puis de films en pièces de théâtre, Eric Métayer a fini par mettre en scène. Et personnellement, je peux dire, que c’est un metteur en scène bourré de talent et d’idées pour avoir vu son adaptation des « 39 marches » d’Hitchcock sur les planches du théâtre La Bruyère. C’est en 2015 qu’Eric Métayer met en scène avec Andréa Bescond la pièce de théâtre autobiographique, « Les chatouilles, ou la danse de la colère« . Succès fou, la pièce ira même jusqu’à décrocher le Molière de la meilleure pièce seul(e) en scène.

Revenant sur une grande partie de la vie d’Andréa Bescond, avec le succès de la pièce, le duo a décidé d’adapter la pièce et la passer cette fois-ci à l’image. « Les chatouilles » est donc le premier film d’Andréa Bescond et Eric Métayer et le moins que l’on puisse dire, c’est que la réussite est totale. Colérique, brutal, détenant une idée incroyable par scène, « Les chatouilles » est un cri aussi puissant qu’il est libérateur. Bref « Les chatouilles » est l’une des plus grosses claques que le cinéma français nous donnera cette année !

Odette, la trentaine, est une danseuse qui a bien du mal à vivre de son métier. Mal dans sa peau, en colère en permanence, sa vie amoureuse est catastrophique. Un jour, Odette, elle qui ne parle pas beaucoup d’elle-même, pousse la porte d’un cabinet de psy. De séance en séance, Odette parlera de sa passion, petite, pour le dessin et la danse, puis peu à peu, elle parlera de Gilbert, un très grand ami de la famille. Un ami qui aimait jouer aux chatouilles avec la petite Odette…

« Les chatouilles« , ou la colère, ou une douleur, qu’il fallait extérioriser, absolument extérioriser et pour sa coréalisatrice, mais aussi actrice principale, Andréa Bescond, c’est ce film et surtout la façon incroyable de nous raconter le parcours de cette femme. Affolant de rage, et en même temps de vérité, le duo de réalisateurs se permet pour un premier film d’offrir un film unique, qui ne ressemble à rien de connu. Un film qui navigue avec une facilité dingue entre le passé, le présent, les souvenirs, le réel, l’irréel et même le fantasme.

Pour être brutal, « Les chatouilles« , dans ses grandes lignes, c’est un film très simple. C’est un film qui aborde la pédophilie et les ravages que cette horreur provoque sur la vie d’un adulte. Si l’on s’arrête sur ce point-là, « Les chatouilles » suit un schéma prévisible. Attention, prévisible ne veut pas dire pas intéressant, ce film est même l’exemple type du film qui est tout sauf inintéressant.

Ce n’est donc pas vraiment sur le fil rouge des « … chatouilles » qu’on va trouver ce qui fait le choc et le bouleversement de ce film. Non, ce choc, on va le trouver dans tout ce qui entoure « Les chatouilles« , à commencer par cette mise en scène de folie ! Esthétique à tout instant, « Les chatouilles » est un film qui nous immerge totalement. Très riche, ici, tout est au service de son personnage principal. Fou, osé, enragé, les adjectifs vont manquer tant le film sort des carcans habituels. Puissant émotionnellement, osant l’humour quand il ne le faudrait pas, osant assez le drame sans se fixer de limite tout en évitant la facilité, le larmoyant ou les jugements et autres clichés. « Les chatouilles« , c’est un scénario riche, qui analyse avec beaucoup de réalisme des réactions, des soutiens, de l’amour, des abandons. C’est un film qui parle de reconstruction, de déni, c’est un film qui parle de la famille, des visions de celle-ci. C’est un film qui aborde les conséquences d’une vision manquée et les ravages que celle-ci provoque sur l’entourage d’Andréa Bescond. Bref, la façon qu’ont les deux réalisateurs de gérer ce film est incroyable et démontre bien que oui, en France, il nous reste de sacrés talents.

Enfin, « Les chatouilles » c’est un casting incroyable. Un casting passionné, vibrant, libre et nerveux. Andréa Bescond est au-delà des mots, tant elle est incroyable et nous touche en plein cœur. Elle endosse ce rôle avec un courage fou, avec une colère libératrice qui explose à l’écran. Face à elle et pour la soutenir ou non, on trouve des acteurs fabuleux, à commencer par une Karin Viard qui mérite de décrocher un César en Février prochain. Une Karin Viard qui trouve un rôle extrêmement difficile. Pierre Deladonchamps est on ne peut plus surprenant dans ce rôle marquant de pédophile. Carole Franck est fabuleuse elle aussi dans le rôle de la psy. Ce film, c’est aussi un Clovis Cornillac qui n’a jamais été aussi touchant. Bref, « Les chatouilles » jouit d’un casting riche et talentueux. Un casting où chacun a trouvé sa place.

Beau, difficile, tendre, violent, révoltant, affolant, créatif… La liste peut être encore très longue tant la surprise est totale et la réussite de ce premier film dépasse ce que l’on aurait imaginé. Un tonnerre d’applaudissements et une standing ovation d’une bonne quinzaine de minutes, on conclut la séance, et malgré ce sujet effroyable, une chose est sûre, « Les chatouilles« , en Novembre, on va courir reprendre notre claque !

Note : 19/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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