décembre 3, 2021

La Musique des Ténèbres – Eric Bony

Auteur : Eric Bony

Editeur : ICity

Genre : Thriller

Résumé :

Un scientifique se jette par la fenêtre de son appartement parisien. Sur son torse, on découvre des lettres gravées à l’encre sanglante, un message destiné à Thomas Cazan, le journaliste spécialisé dans les affaires étranges.Au même moment, un autre chercheur est retrouvé mort devant l’immeuble où habite sa fille Agnès. Ce vieil excentrique, mis au ban de la communauté scientifique, s’était toute sa vie passionné pour une ancienne partition de musique qui aurait le pouvoir de tuer?C’est le début d’une étrange aventure pour Thomas et Agnès qui décident de collaborer pour lever le voile sur les circonstances de ces morts tragiques et mystérieuses. Une enquête au cours de laquelle sociétés secrètes, multinationales et scientifiques sans scrupules n’hésiteront pas à faire couler le sang pour s’approprier le secret de la « musique des ténèbres »? Une enquête de Thomas Cazan, journaliste de l’étrange.

Avis :

Avec Le tombeau du diable, Éric Bony avait fait forte impression pour son premier roman. Sur la base d’une thématique originale et peu usitée, l’auteur était parvenu à hisser sa prose littéraire au même niveau que d’autres grands noms francophones de l’ésotérisme, comme Giacometti & Ravenne. La suite des aventures de Thomas Cazan est donc attendue comme la confirmation d’une nouvelle saga qui n’aurait rien à envier aux péripéties du commissaire Marcas ou celles d’un certain Cotton Malone. Et le sujet du présent ouvrage est tout aussi intrigant que son prédécesseur. Le journaliste de l’étrange part sur les traces d’une mystérieuse partition, le chant de la sorcière.

Cette relique tout droit sortie du Moyen-Age serait capable de tuer par la simple prononciation des incantations qu’elle renferme. En l’occurrence, le procédé pour mettre en relation un secret ésotérique curieux et des faits contemporains permet d’y trouver une approche rationnelle pour ne pas sombrer dans le pur fantasme. Le parallèle est effectué par de nouvelles possibilités thérapeutiques, autres que les traitements chimiques et les recherches génétiques. En cela, La musique des ténèbres a le mérite d’interpeller le lecteur sur les méthodes douteuses des lobbys pharmaceutiques et leur mainmise sur les politiques de santé à travers le globe.

Le ton est engagé et la thèse complotiste évidente. Pour autant, il n’est pas question de sombrer dans une ambiance paranoïaque, même si certains éléments de dernière minute y concourent… Toujours est-il que le sujet est bien amené, s’appuyant sur des travaux scientifiques avérés pour mieux développer l’intrigue. Ce qui renforce son propos et sa portée au-delà du simple divertissement. Toutefois, on reste plus réservé quant au fameux chant de la sorcière, sans doute une allusion au brûlot moyenâgeux Le marteau des sorcières. D’ailleurs, l’aspect ésotérique est remisé au second plan. Celui-ci se révèle plus un prétexte pour s’orienter vers les recherches de Priore.

En dépit de certaines descriptions très denses (et parfois anecdotiques) sur le passif et le caractère de certains protagonistes, le rythme se veut soutenu. De nombreuses péripéties égrènent les pages à intervalles réguliers. L’ennui n’est guère de circonstance, mais l’on peut tout de même tiquer sur la prévisibilité de l’ensemble. Entre réflexions, course contre la montre et affrontements plus ou moins directs avec les antagonistes, la structure narrative est calibrée sur un plan très ordinaire. Les lecteurs versés dans le thriller ésotérique y verront un équilibre soigné des forces en opposition, accompagné d’un manque cruel de surprises dans le déroulement.

On pourrait également s’attarder sur un final un peu trop grandiloquent et précipité par rapport à ce qui a été développé auparavant. L’environnement pittoresque du manoir hanté par la reconstitution de certaines figures incontournables du septième art est amusant, décalé, mais pas forcément opportun. Certaines analogies sont judicieuses, comme le démontre la présence fugace du monstre de Frankenstein, fruit d’une expérience scientifique marginale. D’autres, en revanche, ne possèdent pas de réels buts au sein de l’histoire, notamment Dracula ou le robot du film Le jour où la Terre s’arrêta. Le dénouement explosif n’en est que plus déroutant avec, en guise d’épilogue, quelques points de suspension sur les conséquences de l’affaire.

Au final, La musique des ténèbres se veut en deçà de son prédécesseur. En dépit d’un sujet porteur et intrigant, le récit n’en demeure pas moins très prévisible. La faute à une structure trop classique et à certains retournements de situation dont la nécessité peine à convaincre. Malgré un style prenant et sans fioriture, la densité des paragraphes atténue quelque peu la fluidité de lecture. Si le traitement de fond est maîtrisé, on sent une certaine propension à délaisser l’héritage historico-ésotérique pour se pencher quasi exclusivement sur les recherches mises au ban de la science. Ce n’est en rien un mal, mais quelque peu déconcertant au regard de l’approche initiale et de ce qui a été fait pour Le tombeau du diable. Il en ressort un thriller ésotérique convenable, sans pour autant être marquant.

Note : 13/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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