décembre 4, 2021

Cyanure – Laurent Loison

Auteur : Laurent Loison

Editeur : Hugo Thriller

Genre : Thriller

Résumé :

Branle-bas de combat au 36, quai des Orfèvres. Toujours assisté de sa complice Emmanuelle de Quezac et du fidèle capitaine Loïc Gerbaud, le célèbre et impétueux commissaire Florent Bargamont se trouve plongé dans une enquête explosive bien différente des habituelles scènes macabres qui sont sa spécialité.

Un ministre vient en effet d’être abattu par un sniper à plus de 1200 m. Sachant que seules une vingtaine de personnes au monde sont capables d’un tel exploit, et que le projectile était trempé dans du cyanure, commence alors la traque d’un criminel particulièrement doué et retors.

Les victimes se multiplient, sans aucun lien apparent et n’ayant pas toutes été traitées au cyanure. Balle ou carreau d’arbalète, la précision est inégalée. Ont-ils affaire à un ou plusieurs tueurs ? Un Guillaume Tell diaboliquement efficace se promène-il dans la nature ?

Tandis que Barga doit faire face à de perturbantes révélations et se retrouve dans une tourmente personnelle qui le met K.O., les pistes s’entremêlent jusqu’au sommet de l’État, où le président de la République n’est peut-être pas seulement une cible.

Avis :

Qu’il s’agisse de polars ou de thrillers, il n’est guère évident de s’imposer en tant que nouvel auteur sur la scène littéraire française (ailleurs non plus, également). Certains livres parviennent toutefois à se démarquer et à poser les jalons d’une œuvre en devenir. Avec Cyanure, Laurent Loison signe un second roman policier qui met en scène le commissaire Bargamont, personnage révélé dans son précédent ouvrage, Charade. Ici, on s’éloigne néanmoins d’investigations foncièrement glauques pour se tourner vers les plus hautes sphères de l’État. Entre des règlements de compte verbaux, des assassinats rondement menés et une traque à travers la capitale, nul doute que l’on dispose d’une base solide pour donner lieu à une enquête policière immersive.

Pour l’occasion, l’auteur soigne son entrée en matière avec une exécution aussi sommaire qu’exceptionnelle. Comme pour n’importe quelle histoire maîtrisée, les tenants tendent à brouiller les pistes pour nous guider dans une direction précise. Non pas que l’intrigue se veut linéaire, encore moins prévisible, mais l’on sent une certaine propension à détourner notre attention d’éléments primordiaux, en apparence anodins. Car la simplicité toute relative du récit est trompeuse, voire construite dans le dessein de prendre les attentes du lecteur à contre-pied. Pour cela, elle tend inéluctablement vers un point de non-retour dont on saisit toute l’importance et la subtilité lors du dénouement.

Mais plutôt que d’évoquer un final qui fait d’ores et déjà la réputation du livre sur le web et en librairie, il demeure d’autres atouts dont il serait dommage de se priver. À commencer par une progression énergique qui réside en un parfait équilibre entre les investigations théoriques, l’enquête de terrain et quelques intermèdes sur la vie familiale pour le moins tourmentée du protagoniste. On ne sombre pas systématiquement dans un amas de documentation propre à faire montre d’une maîtrise sur les techniques employées par les forces de l’ordre. Le réalisme est de rigueur, mais non ostentatoire. Car il est un point sur lequel Cyanure se démarque réellement, le fait de dépeindre une histoire sérieuse avec humour.

Est-ce seulement possible ? Vraisemblablement, oui. Le choix d’opter pour un ton décomplexé ne supplante pas l’intrigue ni l’atmosphère qui en découle. Certes, on s’éloigne sensiblement du registre d’un Franck Thilliez ou d’un Jean-Christophe Grangé, mais Laurent Loison plie les codes d’un genre foncièrement strict pour les conformer à une vision originale et entraînante. Cela passe par la force de caractère du personnage principal, mais aussi par quelques allusions subtiles et certaines situations qui tendent à emprunter une tournure étonnante. En somme, la plume enlevée de l’auteur se distingue par un style fluide à même de concilier sérieux et légèreté dans un seul ouvrage, a fortiori un polar.

Au final, Cyanure est une surprise. Là où on aurait pu s’attendre à un polar dans la même veine que les sorties actuelles, on découvre une enquête qui se dévoile progressivement. Pas forcément singulière dans un premier temps, elle évolue avec un certain entrain et un sens du rythme évident. Avec une atmosphère tendue, des personnages marquants et une nette propension à la dédramatisation, le second roman de Laurent Loison se solde par une franche réussite. Rares sont les véritables « page-turners » à tenir la longueur et à mériter ce statut. Un comble quand on sait qu’il n’est fait nulle mention de ce terme en quatrième de couverture. Comme quoi il n’est nul besoin d’une promotion exacerbée pour faire les bons ouvrages.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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