décembre 3, 2021

Secret Show – Clive Barker

Auteur : Clive Barker

Editeur : Bragelonne

Genre : Horreur

Résumé :

Avec leurs armées de rêves et de cauchemars, le Bon Fletcher et Jaffe le Maléfique mènent dans les rues de Palomo Grove la guerre la plus barbare et la plus baroque qui ait jamais eu lieu. Combat de Titans, où la lumière affronte l’obscurité et l’occultisme, dans un déchaînement de violence et de férocité. Car tous veulent l’Art, la clé de Quiddity, l’océan aux rivages du rêve.
Vous connaissez Quiddity. Vous l’avez visité le jour de votre naissance, peut-être aussi au cours de votre première nuit d’amour. Vous y nagerez de nouveau, au moment de votre mort.

Avis :

Il est des noms évocateurs de la culture horrifique. Clive Barker est, au même titre que Stephen King ou Graham Masterton, l’une des figures principales du XXe siècle. S’il doit sa renommée aux Livres de sang et à Hellraiser, la bibliographie de l’auteur n’en demeure pas moins dense et émaillée de surprises. Aussi la réédition d’une partie de son œuvre par Bragelonne reste une excellente initiative pour découvrir (ou redécouvrir) ses romans les plus emblématiques. Mais le cantonner au seul domaine de l’horreur ou du fantastique serait réducteur pour un conteur dont la prose poétique n’est pas sans rappeler celle de Lovecraft ; notamment lorsqu’il décrit des contrées oniriques…

Et, de ce point de vue, on sent de fortes ambitions à travers Secret Show, premier tome des Livres de l’Art, à ce jour inachevé. Celles de donner vie à une mythologie complexe et protéiforme, à mi-chemin entre l’horreur et la fantasy. Les mondes souterrains, les créatures maléfiques, la quête d’une utopie au-delà des rivages de l’imaginaire et des rêves… Autant d’éléments qui concourent à en apprendre davantage, à se plonger corps et âme dans la découverte de cette étonnante histoire. Et pourtant… Malgré le talent sans pareil de Barker pour faire de l’horreur une véritable œuvre d’art et un concept initial doté d’une grande force, la déconvenue est de circonstance.

La faute à des maladresses et des écueils proprement incompréhensibles de la part d’un auteur de cette envergure. Comme tout bon récit d’angoisse qui se respecte, l’entame se forge sur un élément anodin. En l’occurrence, les lettres perdues. L’idée est excellente, mais elle va rapidement être projetée sur le papier pour laisser se succéder nombre de péripéties en un minimum de pages (50 tout au plus). Cette première partie se pare d’une énergie folle, à tel point que les événements n’auront pas l’occasion de s’inscrire dans notre esprit. Une longue errance, des raccourcis temporels faciles et des rencontres qui se résument à peu de choses.

Cette progression est si irrégulière que l’on se demande comment l’intrigue pourra tenir la distance sur l’ensemble de l’ouvrage. Et là, tout s’effondre. La seconde partie contraste avec une évolution lénifiante qui présente d’autres personnages dans un nouvel environnement et, l’on serait tenté de le penser, une histoire aux antipodes. Ici, l’exposition est interminable, les descriptions laborieuses et leur finalité décevante tant elles sont noyées dans un marasme ambiant des plus pénibles. Pire que cela, cette stagnation se révèle redondante, ressassant encore et toujours les mêmes éléments, retraçant un parcours identique sous un point de vue différent.

La verbosité des dialogues et la platitude des échanges n’aident guère à se sentir concerné. On répète ce que l’interlocuteur vient juste de dire. On rabâche que le Jaff est le grand méchant et Fletcher sa némésis. On s’étonne des événements surnaturels pour mieux les ignorer par la suite ce qui, d’une manière étrange et alambiquée, parvient à justifier le titre du roman. Bref, le récit est gangréné par des digressions toutes plus inutiles les unes que les autres. Des détails en pagaille viennent rallonger la biographie des intervenants et des figurants. Cela ne sert en rien l’intrigue ou la crédibilité des personnages, puisqu’on les trouve surfaits et passablement ennuyeux.

Un constat d’autant plus frustrant que les éléments mythologiques sont bel et bien présents. Enfin presque… Comble du comble, l’auteur ne s’étend guère sur ceux-ci, préférant perdre le lecteur par des néologismes dont lui seul connaît la réelle signification. Peu d’explications seront données par la suite. Les allusions oniriques et hallucinations en tout genre s’invitent le plus souvent inopportunément pour casser la torpeur ambiante. En revanche, certaines séquences valent réellement le détour pour leur brutalité ou leur façon d’amener à plonger dans des situations paranormales propre à faire basculer l’intrigue dans des visions chimériques.

Amputé d’un bon tiers, Secret Show aurait pu se révéler une incroyable odyssée. Or, l’histoire est minée par une progression déstructurée au possible. À la précipitation improbable des premiers instants se succède un immobilisme complaisant qui se permet de répéter en boucle des faits identiques racontés autrement. À force de faire du surplace, on distingue même des invraisemblances et des passages peu explicites pour marquer le pas sur les transitions ou les changements d’époque. Plus qu’un roman mineur de Clive Barker, Secret Show se révèle une cruelle déception sans doute plombée par le poids de ses ambitions démesurées. Une œuvre inaboutie qui laisse une grande amertume dans son sillage.

Note : 09/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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