octobre 21, 2021

Le Cauchemar de Darwin

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Titre Original : Darwin’s Nightmare

De : Hubert Sauper

Année : 2005

Pays : Canada, Suède, Finlande, France, Belgique, Autriche

Genre : Documentaire

Résumé :

Les rives du plus grand lac tropical du monde, considéré comme le berceau de l’humanité, sont aujourd’hui le théâtre du pire cauchemar de la mondialisation.
En Tanzanie, dans les années 60, la Perche du Nil, un prédateur vorace, fut introduite dans le lac Victoria à titre d’expérience scientifique. Depuis, pratiquement toutes les populations de poissons indigènes ont été décimées. De cette catastrophe écologique est née une industrie fructueuse, puisque la chair blanche de l’énorme poisson est exportée avec succès dans tout l’hémisphère nord.
Pêcheurs, politiciens, pilotes russes, industriels et commissaires européens y sont les acteurs d’un drame qui dépasse les frontières du pays africain. Dans le ciel, en effet, d’immenses avions-cargos de l’ex-URSS forment un ballet incessant au-dessus du lac, ouvrant ainsi la porte à un tout autre commerce vers le sud : celui des armes.

Avis :

Il y a deux façons pour aborder une œuvre culturelle. On peut se renseigner avant de la découvrir, ce qui comporte le risque d’être influencé d’une manière positive ou négative selon sa renommée. Ou l’on peut préférer se lancer à l’aveuglette avec un minimum d’informations (genre ou pitch de départ, par exemple). Si cela peut paraître abstrait et bien souvent orienté en fonction des attentes de chacun, mais ce choix possède une résonnance particulière avec Le cauchemar de Darwin. Un documentaire-choc à double-tranchant dont la teneur et les propos laissent le spectateur à la fois perplexe et écœuré. Pourquoi de tels sentiments contradictoires ?

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Dans les intentions, le documentaire d’Hubert Sauper semble dénoncer le trafic d’armes qui sévit en Afrique et particulièrement en Tanzanie où le pays serait une plaque tournante pour alimenter les guérillas et les conflits régionaux. Pour avancer le sujet, le cinéaste nous plonge dans la misère quotidienne de Mwanza, une ville portuaire du lac Victoria. Soit dit en passant, le plus grand du continent. Bref, la trame développe le contexte par le biais de scènes prises sur le vif, caméra à l’épaule. Tour de contrôle, rixes urbaines, prostitutions…

Les images défilent de manière saccadée. Non que le documentaire soit mal filmé, mais le montage enchaîne les séquences sans une réelle cohérence. De fait, il est difficile de distinguer un lien qui les unit, si ce n’est la ville en elle-même et la pauvreté qui la gangrène. Les enfants qui sniffent de la colle ou se battent pour une bouchée de riz, les jeunes filles contraintes de vendre leurs corps, les pilotes russes clairement peu impliqués (et consommateur de sexe) ou des industriels peu scrupuleux… On nous dépeint une Afrique agonisante, presque misérable tant le désespoir et le nihilisme imprègnent chaque individu qui passe devant la caméra d’Hubert Sauper.

Saisissant, difficilement concevable, certes. Seulement, il faut rappeler deux points primordiaux qui atténuent considérablement l’exploitation et la détresse humaine qu’on nous claque en pleine figure. Le premier d’entre eux est sans doute l’absence de véritables investigations concernant le trafic d’armes. On l’évoque ici ou là (et assez tardivement dans le métrage) par le biais de rumeurs, de témoignages invérifiables ou complaisants. C’est bien simple, le metteur en scène ne fait qu’une ébauche grossière de ce qu’il considère comme authentique. Malgré les phrases qui apparaissent en guise d’intermèdes pour étayer des statistiques ou une situation, la véracité des faits, elle, est des plus discutables. Et c’est sur ce second aspect que le documentaire engendre la polémique.

Hubert Sauper filme la misère humaine. Seulement, il détourne les images pour les instaurer dans un contexte qui s’éloigne de la réalité, si terrible soit-elle. Il suffit d’un rapide tour d’horizon sur ce qui entoure le présent métrage pour se rendre compte de certaines évidences. L’exemple le plus frappant est sans doute les restes des perches pêchées qui pendent par milliers sur des tréteaux parmi la vermine et les gaz toxiques. Dit comme cela, le documentaire manipule clairement l’opinion du spectateur pour laisser entendre qu’ils sont destinés à la consommation humaine, alors qu’il n’en est rien. En effet, il s’agit de l’alimentation pour les poulets et les porcs.

Dès lors, on est en droit de s’interroger sur l’éthique d’un homme dont la subjectivité empiète sur la gravité d’une situation. Quels autres éléments ont subi pareils procédés ? Certains faits n’ont-ils pas fait l’objet d’une dramatisation exacerbée ou une surenchère dans le voyeurisme ? Il est bien difficile de faire la part des choses tant les propos véhiculés sont sous le contrôle d’un manipulateur. Celui-ci entretient les idées reçues sans jamais faire la lumière sur ce qu’il soupçonne être la réalité, à tout le moins une facette de cette dernière. Il préfère se pencher sur des portraits qu’il tend à déshumaniser progressivement pour n’exposer que des coquilles vides promptes à le soutenir dans ses objectifs nébuleux.

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Car de l’aveu même du cinéaste, il ne souhaitait pas dénoncer « le scandale du lac Victoria ». De quoi voulait-il parler, alors ? En dehors d’une saisissante analogie sur la théorie de l’évolution (seuls les plus forts et les plus aptes survivent), Le cauchemar de Darwin multiplie les contradictions où l’émotion des premiers instants se dispute à une grande perplexité. En ce sens, le film manipule l’adhésion du spectateur en toute partialité. Quid de la catastrophe écologique du lac Victoria ? Des rires embarrassés et des réunions d’instances incompétentes. Quid du trafic d’armes ? Une ébauche sans fondement qui s’appuie sur des rumeurs et non des preuves ou des faits avérés. Malgré la misère flagrante et l’opportunisme occidental, on reste avec un sentiment d’inachevé et d’impuissance en travers de la gorge. Un documentaire qui aurait gagné en force avec un minimum d’objectivité.

Note : 09/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=xBW61anag00[/youtube]

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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