mai 17, 2021

Don’t Breathe – La Maison des Ténèbres – Aveugle et Contre Tous

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Titre Original : Don’t Breathe

De : Fede Alvarez

Avec Jane Levy, Dylan Minnette, Daniel Zovatto, Stephen Lang

Année : 2016

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient…

Avis :

Au cinéma, l’handicap est souvent vu soit de manière positive, mettant en valeur la personne atteinte d’une infirmité, soit de manière à ce que la personne surmonte sa douleur pour réellement vivre. Rares sont les films qui s’aventurent dans une vision négative du handicap, ou tout du moins qui présente un personnage handicapé maléfique. Voulant s’immiscer dans la brèche, Fede Alvarez revient alors sur le devant de la scène après trois ans de silence, suite à son succès gore, le remake d’Evil Dead. Un remake qui a plu à pas mal de personnes, mais qui était très loin de l’original, présentant de jeunes personnages peu charismatiques et misant vraiment si des situations gorasses plutôt que sur une ambiance ténue. Or, avec Don’t Breathe, le réalisateur prouve qu’il peut créer une tension incisive, mais qu’en plus de cela, il pourrait bien être un réalisateur talentueux à suivre de très près tant sa mise en scène est ingénieuse.

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Dans son concept, Don’t Breathe est assez intéressant car il reprend les codes d’un home invasion presque classique (sauf que là les méchants ne sont que de simples cambrioleurs) tout en inversant les rôles et le concept. En effet, ici le méchant se révèle être le propriétaire de la maison, un ancien vétéran de la guerre, devenu aveugle suite à un éclat d’obus, et les cambrioleurs vont se retrouver enfermés dans cette maison qui semble receler plein de pièces. Filmé comme un huis-clos étouffant, Fede Alvarez a tout d’abord pensé à sa mise en scène. Une réalisation classieuse qui alterne des scènes cut avec des plans séquences intéressants, permettant de suivre avec dynamisme les déambulations des trois voleurs. Une méthode efficace dès le départ qui peut faire penser à du James Wan, renforçant ainsi une ambiance déjà bien poisseuse et inquiétante. Mais ce n’est pas tout et le cinéaste a pensé  tout dans son film. Afin d’accroitre la sensation d’obscurité, le film se permet quelques percées dans des zones sombres, un peu comme une caméra infrarouge, permettant ainsi au spectateur de suivre l’action du plus près. Il résulte clairement de cette mise en scène un savoir-faire presque impertinent et une volonté de ne pas rentrer dans les codes de l’horreur commerciale, comme on peut en voir souvent.

D’ailleurs, si la mise en scène est soignée, le réalisateur n’oublie pas que pour assurer un bon film d’horreur, il faut une bonne ambiance et de bons personnages. C’est ainsi qu’il va fournir des éclairages assez minimalistes, dans des teintes jaunâtres, afin d’appuyer un aspect glauque et malsain très prégnant. Les scènes de début, montrant un Détroit à la dérive et en pleine descente sociale, ne vont faire que renforcer une ambiance presque fantomatique et éthérée dans un paysage quasiment dystopique. Et tel un spectre, l’homme aveugle sillonne sa maison, allant de pièces en pièces pour retrouver les malfrats qui en ont voulu à son argent. Un bon film d’horreur s’appuie toujours sur un bon bad guy, un boogeyman effrayant et on peut dire que là-dessus, le film fait fort. Taiseux et musculeux, Stephen Lang s’en donne à cœur joie dans ce film où il apparait comme un ange de la mort, machiavélique et complètement frappé. Sans ambages et sans chercher à construire une psychologie de comptoir, Fede Alvarez met en avant un monstre fou qui a ses raisons, mais qui ne sont pas prépondérantes à ses motivations. Binaire au possible, ce boogeyman est effrayant par sa démarche, par son invincibilité et à bien des égards, il peut faire penser à un Michael Myers.

Pour autant, le scénario n’oublie pas les trois jeunes cambrioleurs qui là aussi, vont bénéficier d’un traitement assez rapide mais suffisant pour établir une psychologie rapide et ainsi créer une empathie intéressante. Sans en dire trop long, avec juste une scène dans la famille de la jeune fille, on comprend les motivations de cette dernière et le cinéaste n’a pas besoin d’en faire plus pour présenter une jeune femme qui rêve d’évasion pour se sauver et sauver sa petite sœur. Si Money, le chef du trio, est un peu en deçà, on ne peut qu’y voir une brute au grand cœur, notamment lorsqu’il est en difficulté avec le méchant, essayant de sauver ses camarades et refusant de tirer sur l’aveugle. Enfin, Alex, le plus jeune du groupe, est certainement le personnage le plus cliché de l’histoire, mais il reste aussi un protagoniste intéressant par sa volonté d’aider son prochain. En fait, dans ce film, les cambrioleurs ne sont pas forcément de méchantes personnes, mais juste des êtres qui rêvent d’une nouvelle vie, de quitter un endroit où il n’y a plus d’espoir. En ce sens, les personnages de ce film sont très intéressants et c’est là que l’on voit que Fede Alvarez a tout compris, mettant en avant des protagonistes attachants de façon simple et crédible.

Jane Levy;Dylan Minnette

Cependant, même si le métrage demeure excellent, tout n’est pas parfait, à commencer par la première scène. En voulant créer de suite une ambiance craspec et angoissante, Fede Alvarez opte pour un flashforward qui va de suite annoncer qui va survivre au grand méchant. Ce qui appuie une ambiance glauque va aussi annihiler une grande partie de la surprise du film. Car même s’il existe plusieurs twists vers la fin, une partie de la tension va s’évaporer du fait que l’on sait qui sera encore vivant à ce moment du métrage. Et cela a pour conséquence de tuer le suspens de toute une scène avec un rottweiler dans une voiture, puisque l’on sait d’avance ce qu’il va se passer. On pourra aussi rouspéter face à l’omniprésence du bad guy, qui semble se déplacer à la vitesse de l’éclair, mais cela fait partie des codes de l’horreur, ajoutant ainsi une tension certaine et rajoutant l’aspect fantomatique de ce méchant aveugle et omniscient.

Par contre, et le film est très surprenant là-dessus, pour une fois, Fede Alvarez va au bout des choses et propose quelques séquences absolument dégueulasses que ne renierait pas un certain Sam Raimi période Evil Dead (en même temps, il est encore à la production sur ce film). Accumulant plusieurs twists à la fin du métrage, le méchant trouve tout de même quelques motivations et le spectateur sera à la fois surpris et dégouté par ce qui va se passer à l’écran. Absolument jouissif et jusqu’auboutiste dans son propos et dans son format visuel, le cinéaste livre une partie de péloche bien crade comme on en voit que trop rarement au cinéma. C’est bien simple, lors d’une séquence, le film change complètement de ton, passant à l’horreur pure et offre quelque chose d’inattendu, de bien sale sans que ce soit gore et il est très étonnant de voir cela au cinéma en 2016. Et diantre que ça fait du bien ! On sent que le réalisateur n’est pas brimé, on sent qu’il a les coudées franches pour aller jusqu’au bout de son projet et le résultat est tout bonnement surprenant.

Stephen Lang

Au final, Don’t Breathe – La Maison des Ténèbres est une belle réussite. Si quelques scories parcourent le film çà et là, on ne va pas bouder notre plaisir devant ce film généreux et qui va jusqu’au bout de son concept. Renouant avec le film de boogeyman tout en présentant un huis-clos craspec, Fede Alvarez réussit son essai et fait de ce film le meilleur film d’horreur de l’année pour l’instant, alliant un propos nihiliste avec un bad guy charismatique ainsi qu’une mise en scène ingénieuse et bourrée d’idées. Un film devant lequel le spectateur retient aussi son souffle et ça fait longtemps que l’on n’avait pas vécu cela au cinéma.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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