janvier 27, 2022

David Bowie – Blackstar – La Chant du Cygne

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Avis :

Quitte à être une légende, autant qu’elle soit vivante. Voilà un adage qui a bien du mal à survivre à cette année 2016 qui sera particulièrement cruelle pour les stars atteinte d’une maladie. Rarement une année n’aura été aussi difficile quand on regarde les pertes comme Michel Delpech, Michel Galabru, Ettore Scola ou encore David Bowie. Géant parmi les géants, David Bowie n’avait pas son pareil dans la musique tant l’homme a bousculé les codes, chahuté ses fans et fait tomber les conventions sur les genres musicaux. Débutant timidement sa carrière, c’est en 1969 qu’il connait une grande gloire avec Space Oddity. A partir de là, l’artiste va créer des personnages, qui deviendront cultes, et qu’il va faire mourir pour pouvoir endosser d’autres rôles. Entre Ziggy Stardust et Aladdin Sane, le chanteur a su proposer des univers totalement différents et qui ont marqué leurs époques. Mais au-delà de ses personnages, c’est surtout sa musique qui a su trouver un public totalement éclectique tant l’auteur aimait les mélanges. Commençant sa carrière avec du rock, il s’intéresse rapidement à d’autres styles comme le r’n’b ou la musique noire, puis la musique électronique lorsqu’elle commence à émerger. Il entreprend même un voyage vers la techno et le drum and bass dans les années 90, toujours dans une volonté de proposer quelque chose de différent, de s’intéresser à ce qu’il se fait dans le monde. C’est en faisant ainsi que David Bowie est devenu une sorte d‘icône de la musique, toujours en avance sur son temps.

Et si la maladie l’a rattrapée, il signe un vingt-sixième album quasi posthume qui sortira deux jours avant son décès. Ultime chant du cygne ou sortie de scène en toute discrétion, Blackstar sera l’objet central d’un artiste qui n’a jamais renoncé à la richesse de la culture et qui prouve que même malade, même affaibli, il reste un grand, capable de fournir un album impeccable et d’une texture très particulière. L’album s’ouvre d’ailleurs sur Blackstar, titre éponyme, qui dure près de dix minutes et qui sera un univers parallèle entre expérience musicale dérangeante et voyage dans une dimension inconnue. Et c’est bien là que réside la force de David Bowie, c’est de proposer des chansons qui semblent hermétiques et qui sont pourtant envoutantes. Mélange de dub et d’électro avec un fond de pop, ce titre est un trip sensoriel incroyable qui nous pénètre comme du venin pour ne plus nous lâcher durant dix minutes. Difficile de dire à quoi tient cette attraction tant les mélanges se succèdent avec des cuivres, des claviers, des sons purement électro et une batterie omniprésente. Mais si ce titre reste très particulier, c’est tout l’album qui baigne dans une atmosphère délétère, comme si l’artiste avait enregistré aux portes de la mort. C’est alors que surgit ‘Tis a Pity She Was a Whore, un titre plus terre à terre malgré l’impression d’un respirateur artificiel en intro. Un morceau là-aussi très bizarre, qui fusionne rock (grâce à une batterie rythmée) et un jazz très prégnant avec des saxophones dans tous les sens. La maestria de Bowie apparaitra lorsque tous les sons discordants deviendront un seul et unique écho, dans un mix parfaitement orchestré et qui marche du feu de dieu.

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En fait, cet album regroupe toutes les références du chanteur pour les combiner et les condenser dans un skeud de sept titres à la classe indéniable. Lazarus en est l’exemple même, titre prophétique sur sa propre mort, qui se rapproche d’un rock prog tout en mettant en avant une ambiance très particulière, anxiogène et pourtant apaisante, comme si la mort n’était qu’un cap à passer vers une autre vie. Le chanteur continue son exploration avec Sue (or in a Season of Crime), qui commence comme du rock, plus complexe et plus lourd qu’auparavant, mais qui va vite partir vers de l’électro lorgnant du côté hardcore durant la rupture de la pièce. C’est très étrange, mais encore une fois raccord avec l’univers de cet album, qui parait de plus en plus sombre et insidieux. Cela sera confirmé avec Girl Loves Me qui pourrait presque faire penser à du reggae doublé à du dub et le morceau est encore une fois très étrange, mais fonctionne parfaitement, notamment grâce à une rythmique infernale et un ostinato performant. C’est alors que survient son morceau le plu faible, celui qui marque le moins, Dollar Days étant plus classique dans sa structure et dans son univers, même si l’intensité monte crescendo. Par contre, la surprise viendra du dernier titre, I Can’t Give Everything Away, qui irradie l’album, offrant une soupape à un album profondément angoissant et à l’ambiance noire. Ce dernier morceau est plus joyeux, un peu comme si le chanteur avait trouvé la lumière et était apaisé à présent, après avoir exorcisé ses démons.

Au final, Blackstar, le dernier album de David Bowie, est une belle réussite. Ultime chant du cygne pour l’artiste, cet effort montre toute la palette artistique du chanteur, réussissant le partie de mixer tout ce qui a fait de lui la légende qu’il est devenu. Sombre, psychédélique, envoutant, Blackstar est à l’image de son auteur, complexe, riche et généreux. Un dernier coup de force pour montrer à quel point il va manquer à la musique.

  1. Blackstar
  2. ‘Tis a Pity she was a Whore
  3. Lazarus
  4. Sue (or in a Season of Crime)
  5. Girl Loves Me
  6. Dollar Days
  7. I Can’t Give Everything Away

Note: 17/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=y-JqH1M4Ya8[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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