août 18, 2022

Lord of War

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De : Andrew Niccol

Avec Nicolas Cage, Jared Leto, Ethan Hawke, Bridget Moynahan

Année: 2005

Pays: Etats-Unis, France

Genre: Drame

Résumé:

Né en Ukraine avant l’effondrement du bloc soviétique, Yuri arrive aux Etats-Unis avec ses parents. Il se fait passer pour un émigrant juif…
Audacieux et fin négociateur, il se fait une place dans le trafic d’armes. Les énormes sommes d’argent qu’il gagne lui permettent aussi de conquérir celle qui l’a toujours fasciné, la belle Ava.
Parallèlement à cette vie de mari et de père idéal, Yuri devient l’un des plus gros vendeurs d’armes clandestins du monde. Utilisant ses relations à l’Est, il multiplie les coups toujours plus
risqués, mais parvient chaque fois à échapper à Jack Valentine, l’agent d’Interpol qui le pourchasse.
Des luxueux immeubles new-yorkais aux palais des dictateurs africains, Yuri joue de plus en plus gros. Convaincu de sa chance, il poursuit sa double vie explosive, jusqu’à ce que le destin et sa conscience le rattrapent…

Avis:

Il fut un temps où les films d’Andrew Niccol étaient des événements attendus par les cinéphiles. Il faut dire que le réalisateur a tapé très fort dès sa première œuvre avec l’incroyable « Bienvenue à Gattaca« . En un film, la réputation du réalisateur était lancée et ce n’est pas « Simone » qui est venue contredire la donne. Mais voilà, depuis quelques années ce n’est plus vraiment ça. Entre le passable « Out Of Time » et le pas terrible mais regardable « Les âmes vagabondes« , le réalisateur déçoit depuis presque dix ans, alors à l’heure où son nouveau film s’apprête à arriver sur nos écrans, « Good Kill« , j’ai décidé de revenir sur « Lord Of War« .

Sorti en 2005, « Lord Of War« , qui s’inspire « de faits réels », (le personnage joué par Nicolas Cage, est en fait un mélange de plusieurs grands marchands d’armes) fut à l’époque une sacrée baffe dans la gueule. Retraçant l’ascension d’un trafiquant d’armes, Andrew Niccol réalise là son film le plus abouti, le plus démentiel, le plus dingue et le plus percutant. C’est avec énormément de cynisme que le réalisateur arrive à nous faire aimer l’un des hommes les plus détestables au monde et c’est avec tout autant de cynisme qu’il offre ce qui reste pour moi son meilleur film, son chef d’œuvre !

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Yuri Orlov a grandi dans une famille modeste dans le Manhattan pauvre. Issu d’une famille d’immigrés, son avenir s’annonce peu glorieux. Mais un jour, il assiste à une fusillade dans un restaurant. Pour Yuri, ce jour-là est une révélation et au milieu de ce restaurant, où gît deux corps, il trouve sa voie. Il sera marchand d’armes. Très vite, il va se rendre compte qu’il est très bon dans ce domaine. Si bon même, qu’entre les années 70 et les années 2000, n’importe quel conflit qui éclate sur la planète sera mené par les armes que Yuri aura vendues de façon illégale.

« Lord Of War« , c’est le film que j’ai vu, revue, re-revue et re-re-revue et dont je n’arrive pas à me lasser. Pire encore, puisque c’est un film qui me met toujours la magnifique baffe que je me suis pris voilà dix ans maintenant. Je peux même vous dire que si je devais faire un top de mes films préférés, ceux qui m’ont marqués et qui me marqueront pour encore bien des années, « Lord Of War » entre de suite dedans. Alors après cette déclaration d’amour au film d’Andrew Niccol, vous imaginez bien que la chronique qui va suivre ne va être que glorification, marque de respect, et même guimauve littéraire…. Non, je plaisante… Ou peut-être pas, vous me direz ça.

Il y a des films comme ça, où quand on entre dans une salle de cinéma, on se doute que l’on va aimer, mais qui en fait sont si prenants, surprenants même qu’ils nous laissent littéralement KO à la fin. « Lord Of War » fait donc partie de ceux-là. Partant d’un scénario assez simple, l’ascension et la « chute » d’un homme dans son domaine, le réalisateur va construire un film impérial d’un pessimisme et d’un cynisme absolu. « Lord Of War » sera plus qu’un simple film, puisqu’il sera une critique acerbe et sans limite du système politique du monde et il ne laisse personne sur le côté. Œuvre fortement engagée, Andrew Niccol dénonce l’hypocrisie de la guerre, des conflits et du système. « Rien ne coûte plus cher à un marchand d’armes que la paix ». Cette réplique choc et culte aussi balancée parmi tant d’autres de cet acabit dans le film résume pour moi à la perfection l’état d’esprit du film, et les conditions d’une guerre.

Le film a été un bordel monstre à monter et fut même refusé par la plupart des grands studios hollywoodiens. Il aura fallu que les acteurs principaux du film fassent des concessions pour que le projet puisse voir le jour. Ce qui me laisse vraiment perplexe au vu de la qualité du film. Et dans un sens, ça démontre bien la frilosité d’Hollywood à s’engager dans de vrais projets.

Aidé par une intrigue qui frôle la perfection, le réalisateur va nous plonger dans l’enfer des guerres du monde et retracer l’histoire de celui-ci sur ses trente dernières années (L’effondrement du bloc soviétique, les guerres en Afrique, la Yougoslavie, le moyen orient, etc.), et le constat, tout comme l’histoire, fait froid dans le dos. Le scénario est tellement minutieux qu’il en est dingue. Rien ne nous est épargné. Et c’est de façon plus que pertinente que le film enchaîne des scènes d’exécutions gratuites, des scènes de guerres, raconte les divers événements et conflits qui éclatent. D’ailleurs s’il n’était pas une fiction et un divertissement, on pourrait presque croire à un documentaire. Car le film, sans la documentation en amont, les détails, les descriptions pour contourner ou violer la loi, est impressionnant. Bref, le film sent le travail d’un homme prêt aux révélations.

L’une des très grandes forces du film provient des dialogues ! Rarement j’ai entendu autant de cynisme. C’est percutant, c’est cinglant, c’est dur, injuste, fou, révoltant, mais pourtant tellement juste et réel malheureusement. Quand on regarde « Lord Of War« , même si parfois on peut être un peu dans la caricature, à aucun moment, on ne doute de l’injustice terrifiante du propos. C’est ce qui me touche le plus ici. D’ailleurs, j’en ressors à chaque fois vidé, et les larmes aux yeux. Peu de films me font cet effet-là.

Malgré les bâtons dans les roues à la production, Andrew Niccol a tenu bon et « Lord Of War » est un film ambitieux du point de vue de l’image. Très inspiré, le cinéaste nous livre une idée à la minute. Sa caméra est nerveuse, ses plans inhabituels, ses mouvements superbes et ses scènes magistralement maîtrisées, dont certaines sont anthologiques. Et c’est avec un vrai souci de réalisme que le réalisateur nous entraîne aux côtés de son anti-héros pour un voyage à destination multiple. Puis tout le film est accompagné par une BO génialement sélectionnée, entre pop/rock, Rock des années 70, sons africains et musique classique revisitée, ce « seigneur de guerre » à un putain de caractère.

Et enfin que dire du casting, si ce n’est qu’il apparaît aussi génial que le film lui-même. Nicolas Cage trouve là l’un des rôles les plus compliqués qu’il ait eu à jouer. Un rôle brutal, dont on ne ressort pas vraiment indemne et l’acteur est purement génial. L’une de ses meilleures prestations. D’ailleurs, on ne voit que lui dans le rôle, c’est dingue. Il est le personnage dans le moindre de ses gestes, de ses propos. Et quand je vois la qualité des films de Cage ces derniers temps, c’est avec regret que je repense à cette époque-là, où le comédien prouvait qu’il était un immense acteur et ce serait bien qu’Hollywood réouvre les yeux ! Andrew Niccol a refait appel à son acteur fétiche, Ethan Hawke, pour jouer le « rival » de Cage, l’homme qui va le traquer pendant bien des années. L’acteur tient un petit rôle, dans le sens où il joue un flic, comme beaucoup d’autres, mais la présence d’Hawke fait que le rôle a de la valeur. On trouvera aussi Jared Leto dans le rôle du frangin de Cage et Bridget Moynahan dans celui de sa femme. Du côté des dictateurs et autres pourritures du genre, là aussi le film se fait plaisir. Eamonn Walker est impeccable dans la peau d’André Baptiste, un dictateur flippant et charismatique.

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« Lord Of War » est donc un film criant de vérité. C’est un film nécessaire qui allie aussi bien le divertissement que l’engagement. « Lord Of War« , c’est le coup d’éclat d’Andrew Niccol, et je pense sincèrement qu’il restera comme son meilleur film et que même si le réalisateur fera d’autres bons films dans l’avenir, son prochain « Good Kill » encore avec Ethan Hawke s’annonce vraiment bon, jamais il ne fera mieux et aussi engagé, aussi dénonciateur que ce « Seigneur de guerre ». Bref, à mes yeux, l’un des plus grands films des années 2000.

Note : 20/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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