juin 24, 2024

Herbert Léonard – Demi-Tour

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Avis :

Durant les années 60, certaines personnes sont devenues de véritables icones dans le domaine de la musique française. On peut bien entendu parler de Johnny Hallyday, mais il résiste encore et toujours aux affres du temps et force est de constater que son dernier album n’est pas si mal que ça. Parmi ses célébrités de quelques temps, beaucoup sont tombés dans l’oubli le plus profond. Heureusement pour eux, ou tout du moins ceux qui sont encore vivants, il y a eu Age Tendre et Tête de Bois, qui a pu remettre sur le devant de la scène quelques artistes oubliés comme Cookie Dingler ou encore Julie Pietri. Pour beaucoup, cette tournée fut une véritable bouffée d’air frais et une certaine renaissance. Allant jusqu’au bout du concept, Herbert Léonard décide en 2014 de sortir un nouvel album alors qu’il était cantonné aux fêtes de village pour plaire à ses fans les plus reculés. Demi-Tour est son dix-neuvième album studio, ce qui semble assez incroyable, mais surtout il est ponctué de reprises de tubes des années 60. Pochette qui fleure bon le photoshop, un tag Rythm n’Blues en arrière-plan (c’est d’ailleurs pour cela que l’on s’y intéresse), position ringarde, bref, tout y est pour parfaire la panoplie d’un retour raté. Même le titre de l’album nous prévient qu’il ne faut pas écouter ce skeud. Et pourtant, on a osé et on a regretté.

Le skeud commence par Elle est Divine (Keep on Running) et il faut s’attendre à une grosse surprise au début. En effet, au départ on a droit à une jolie batterie et des grattes. Par la suite, on aura aussi droit à des trompettes et un clavier assez discret. Mais ce qui pourrait être vraiment sympathique tombe dans la facilité et le néanderthalisme primaire. Herbert Léonard nous fournit un titre simpliste, sans variation, qui respire un peu plus la soul commercial que le vrai blues et le fait de chanter en français est une vraie calamité. Alors on peut saluer le fait d’utiliser des instruments en lieu et place de sons électros affreux, mais cela reste franchement ringard. Qui de nos jours va écouter ce genre de titre qui sent la naphtaline ? Hormis les ménagères octogénaires ? Et ce ne sera pas le seul titre dans ce style, qui sent l’énorme gâchis puisque d’excellents musiciens y officient. Qu’il Serait Doux d’Etre Aimé par Vous est du même acabit avec la même durée et les paroles qui vont dans le même sens. A ce rythme-là, ce n’est même plus ringard, mais c’est has-been. Alors si parfois écouter des titres anciens est très plaisant (surtout quand ils sont mythiques), là, ça pue l’opportunisme et l’inutilité. Si je ne t’Aimais qu’un Peu est dans la même veine et rien ne sera là pour varier un petit peu l’ambiance générale de l’album qui est d’une grande tristesse.

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Néanmoins, ne soyons pas aussi pessimiste, car il y a dans tout l’album un titre plutôt sympathique et qui résonne vraiment comme du blues. Teppaz Rock respire le blues avec sa guitare sèche qui scande un rythme lent et qui fait montre d’une grande maîtrise de la part du guitariste. Bon, le seul problème vient encore des paroles qui sont inintéressantes et qui parlent de choses qui ne toucheront pas grand monde, hormis les gens de la génération du chanteur. Mais il faut tout de même noter que ce morceau est plutôt pas mal et permet de dire que les mots en arrière-plan ne sont qu’un demi-mensonge. Mais il faut aborder les choses qui fâchent sérieusement. Si jusque-là le skeud n’est pas terrible, il reste quand même écoutable et peut trouver son audimat, il y a quelques titres qui sont juste imbuvables. Se sentant pousser des ailes, le chanteur se laisse aller à l’anglais avec Show me, le tout sur une musique électro rétrograde qui nous ramène dans les années 90, à l’époque des Dance Machine et autres compilations de mauvais gouts que l’on a tous eu en mains. Ne parlons même pas de Une Lettre, reprise de The Letter de The Box Tops, qui est une insulte à l’originale qui est une bombe atomique intemporelle. Et tant qu’à faire, ce bon vieux Herbert Léonard se lâche une fois de plus dans le remix de Elle est Divine qui clôt son album sur une note électro absolument dégueulasse et qui n’a pas sa place dans un album qui se veut soul et blues.

Au final, Demi-Tour, le dernier album de Herbert Léonard, porte un nom providentiel. Ringard jusqu’au bout des ongles, ce skeud de reprises sent l’objet mercantile à plein nez. A moitié mensonger sur sa marchandise, n’essayant d’aller que vers une soul aseptisée, le chanteur français rate sa cible et propose des morceaux presque insultants pour les œuvres originales. Si Otis Redding était toujours en vie, il serait certainement mort d’une crise cardiaque en entendant les mièvreries sur le titre Big O qui lui est destiné. Bref, Demi-Tour et adieu l’artiste n’est Robert Johnson, Eric Bibb, John Lee Hooker ou encore B.B King qui veut. On conseille plutôt d’écouter Bill Deraime en blues français, ça au moins, c’est respectueux.

  1. Elle est Divine (Keep on Running)
  2. Qu’il Serait Doux d’Etre Aimé par Vous (How Sweet it is (to be Loved by You))
  3. Si je ne t’Aimais qu’un Peu (Look at Granny Run Run)
  4. Laisse-Moi Faire
  5. Teppaz Rock
  6. Show Me
  7. You Are so Beautiful
  8. Si j’Avais le Courage (to Love Somebody)
  9. Comme dans un Rhythm and Blues
  10. Big O
  11. Une Lettre (The Letter)
  12. Elle est Divine (Keep on Running) Remix

Note: 03/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=bBiEXvygOjY[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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