octobre 28, 2020

Blues Pills – Blues Pills

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Avis :

A l’heure de l’informatique et des sonorités électro, rares sont les groupes à ne pas céder à la tentation d’inclure quelques passages électroniques dans leur mélodie. D’ailleurs, il n’est pas étonnant que voir que chaque tube que l’on peut entendre à la radio contienne exclusivement des musiques électro et des boîtes à rythmes affreuses. Mais quelque part, entre le rock, le blues, le métal, il existe certains irréductibles qui essayent tant bien que mal de faire bouger ce gros mammouth qu’est la musique contemporaine sclérosée par des labels visant le contrôle de masse et l’uniformisation des gouts et des couleurs. Si les vieux de la vieille ont fait des retours remarqués et remarquables comme Black Sabbath il y a déjà quelques temps, on voit arriver de plus en plus de petits jeunes qui renouent avec les racines de la vraie musique, celle qui se fait avec des instruments et qui sonne avec le cœur et la simple envie de faire de la musique pour la musique et pas pour le pognon ou la reconnaissance. Blues Pills fait partie des révélations du dernier Hellfest et il s’agit d’un groupe cosmopolite puisque le quartet est composé d’un américain, d’un français et d’un suédois, entre autres. Premier album éponyme, jaquette psychédélique rappelant Woodstock et l’année 69, tout cela sent l’authenticité et à l’écoute de cet album, on est franchement dans quelque chose de très bon et de très prometteur.

Se situant pile poil aux confluents entre le rock, le blues et la soul, Blues Pills démontre dans ce premier album toute sa maestria et surtout son envie de faire de la musique loin des réseaux industriels. Point de sons électro polluant la pureté d’une guitare, d’une basse et d’une batterie, Blues Pills sent le vrai comme le plateau du Larzac. Le skeud commence d’ailleurs par deux morceaux d’une grande vitalité rappelant les meilleurs moments de Led Zeppelin et de Cream, pour ne citer que des petits noms. High Class Woman est d’une énergie folle et permet de rentrer dans le skeud tête la première. On sent que l’on est proche d’un blues rock avec une chanteuse possédant une voix éraillée sublime, laissant penser à Aretha Franklin par exemple ou encore à Macy Gray. Ain’t no Change est aussi un excellent morceau, qui tire plus vers le blues, possédant un solo de gratte de bonne facture et montant crescendo dans l’énergie. Pour encore citer un grand, Jupiter fait penser à Led Zeppelin par sa structure, avec un passage complètement dément, toute guitare dehors, puis allant vers un final dantesque est planant, laissant petit à petit la place à une guitare devenant omniprésente et finissant la chanson de la meilleure façon qui soit. Partant sur une note de blues, toute douce et avec un fort sentiment d’écouter une musique afro-américaine, Black Smoke s’impose comme le morceau phare de l’album. Laissant éclater sa voix, la chanteuse s’impose comme un élément indispensable avant de laisser la place à une guitare énergique et puissante. Le titre est long, plus de cinq minutes, mais on savoure chaque seconde tant la pièce est puissante, touchante avec une pointe de soul musique aux petits oignons. Pour marquer la fin de cette première moitié, le groupe fait dans le calme avec River qui montre toute la chaleur de la voix de la chanteuse et montre qu’il peut faire de vrais morceaux blues avec une grande puissance émotionnelle.

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La seconde moitié attaque avec un titre un poil moins fort que les autres morceaux. No Hope Left For Me est une pièce sympathique, mais qui reste un poil trop classique et qui ne s’affirme que sur la fin avec un final énergique mai qui arrive un peu tard malgré un solo lancinant et prenant. C’est alors que pour contrecarrer ce morceau calme, le groupe relance avec Devil Man, un titre très rock, rapide, nerveux et intense et qui redonne une pêche d’enfer au skeud. De plus, le groupe montre qu’il peut caler des titres courts (à peine trois minutes) mais avec une grande technicité et une belle puissance. Astralplane est l’un des meilleurs morceaux de l’album. Assez lourd, mais d’une technique effroyable avec un sens inné du blues et du rock, on est face à un titre pesant qui fait la part belle à tous les groupes de blues rock de la Louisiane. C’est beau, intense, presque planant, on ressent la même énergie que pour un Popa Chubby, c’est fort et immanquable. Gypsy, comme son l’indique essaye de partir un peu plus vers un blues rythmique aux allures chaudes. Malheureusement, si le morceau est dynamique et très intéressant, il demeure en dessous des autres, à cause d’une puissance mal canalisée et d’une certaine redondance dans la rythmique. Enfin, pour clore l’album, Little Sun fait office de ballade, alliant la mélancolie à la beauté. Il s’agit d’un titre imposant et important car il montre que le groupe monte en intensité, sans pour autant offrir des guitares saturées et l’arrivée du solo est juste magique. Un vrai grand moment de bonheur et d’émotion.

Au final, Blues Pills offre un premier album éponyme d’une facture incroyable. Partant d’une musique pure et essentielle à la santé des maisons de disque qui n’ont pas perdu foi au blues ou au rock, le groupe nous sert un album authentique, technique, accessible et d’une grande puissance émotionnelle. Il s’agit certainement de l’un des indispensables du moment et d’un groupe très prometteur que l’on a hâte de réentendre. Pas étonnant qu’ils aient fait sensation au Hellfest.

  1. High Class Woman
  2. Ain’t No Change
  3. Jupiter
  4. Black Smoke
  5. River
  6. No Hope Left For Me
  7. Devil Man
  8. Astralplane
  9. Gypsy
  10. Little Sun

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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