novembre 30, 2020

Horizons Perdus

Titre Original : Lost Horizon

De : Frank Capra

Avec Ronald Colman, John Howard, Edward Everett Horton, Thomas Mitchell

Année: 1937

Pays: Etats-Unis

Genre: Aventure, Fantastique

Résumé:

Une révolution vient d’éclater en Chine et Robert Conway est obligé de prendre la fuite avec quatre autres Américains. Mais leur avion est détourné et ils arrivent dans une vallée tibétaine où le temps semble ne pas s’écouler.

Avis :

Pour le septième art, les années 1930 marquent l’avènement du parlant et, à l’image du cinéma expressionniste, fourmillent de trésors devenus mythiques. Ce dernier adjectif qualifie également Frank Capra, autant l’homme que son œuvre. Des métrages tels que L’Extravagant Mr. Deeds, New York Miami ou Arsenic & vieilles dentelles sont passés à la postérité. Le réalisateur s’illustre aussi bien dans le récit engagé, voire propagandiste à certains égards, que dans les itérations légères où la distraction est de circonstances. Avec Horizons perdus, il se situe à mi-chemin de ces considérations, entre utopie et bilan sentencieux sur l’humanité et son devenir.

L’entame est particulièrement évocatrice des tensions velléitaires de l’époque, même si elles se déroulent sur le continent asiatique et non en Europe. La fuite des protagonistes traduit d’emblée un échec ; que celui-ci se manifeste par la voie diplomatique ou d’une politique sociale fondée sur la répression. Là où cet évènement perturbateur n’est autre qu’un prétexte à la bonne progression de l’histoire, cette première approche présage d’un traitement à double lecture de l’intrigue. Derrière la formidable aventure à laquelle on convie le spectateur dans les chaînes himalayennes, on distingue une quête initiatique étonnamment profonde et juste.

On peut donc appréhender Horizons perdus de deux manières, mais sans jamais oublier la volonté du cinéaste de se servir de l’image comme objet de fascination, plus que de convoitise. S’appuyant sur le roman éponyme de James Hilton, la découverte de Shangri-La prend les atours d’un voyage onirique. Le concept d’utopie qui découle d’une société d’abondance suscite d’ailleurs la méfiance des survivants du crash d’avion. Des personnes désintéressées, les multiples preuves d’hospitalité, la facilité d’intégration et, surtout, un mode de vie basé sur la modération et non la consommation à outrance.

Il est vrai qu’il subsiste un semblant de candeur à l’évocation de ce qui régit Shangri-La, de ses valeurs morales et de sa considération envers autrui. L’absence de compétition, l’entraide et l’altruisme prévalent pour forger les fondations de la cité qui s’inspire de la non moins mythique Shambhala. Là encore, on alterne régulièrement entre une tonalité qui relève du rêve, de la légende, et un témoignage objectif, presque sentencieux sur notre société. Eu égard au contexte géopolitique et économique des années 1930, en particulier en Europe, celle-ci est dépeinte sous l’angle de la peur, de la colère et de l’individualisme.

Il y a donc une volonté évidente de fuir la réalité et sa violence pour se tourner vers une existence simple qui, avec un soupçon d’ironie, revêt davantage de sens. On le constate avec les protagonistes qui s’affranchissent bien vite de leur réserve pour s’abandonner à une communauté fondée sur l’acceptation et la résilience, dénuée de préjugés. Chaque intervenant entreprend alors un cheminement tout personnel qui l’amène à une conclusion commune : atteindre le bonheur. Celui-ci ne tient pas à des considérations matérialistes ni spirituelles. Il se traduit par le sentiment d’accomplissement et de la reconnaissance identitaire que recherche l’individu.

D’un point de vue purement formel, la progression suit une évolution assez subtile, fait de doutes et de réactions enthousiastes. Il ne s’agit pas de distinguer des antagonismes, mais de se départir de ses repères ou de son bagage culturel pour mieux apprécier l’instant présent et, par extension, la féérie ambiante. Les seules véritables « menaces » tiennent peut-être d’archaïsmes sociétaux ou de dangers inhérents à la montagne. On remarque également une modeste tonalité fantastique en ce qui concerne la longévité de certains personnages. Ce qui peut renvoyer, dans une certaine mesure, à la quête de l’immortalité.

Adaptation relativement fidèle du roman éponyme de James Hilton, Horizons perdus s’avance comme une œuvre sur la quête du bonheur, ainsi que son acceptation sur le plan individuel et collectif. Derrière ses atours de film d’aventures, le métrage de Frank Capra véhicule des propos simples, essentiels et universels. Malgré des contextes différents, l’extrémisme de l’époque et le consumérisme d’aujourd’hui occultent la teneur du véritable bien-être aux yeux des masses. Horizons perdus relève d’un parcours initiatique sur le sens que l’on porte à sa propre existence et, plus globalement, à la vie. Il en découle une incursion probante qui s’amuse à triturer des mécanismes tour à tour comiques, puis dramatiques. Teintée d’onirisme, une fresque utopique dépeinte avec bienveillance.

Note : 18/20

Par Dante

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