novembre 30, 2020

The Accident

D’Après une Idée de : Jack Thorne

Avec Sarah Lancashire, Joanna Scanlan, Mark Lewis Jones, Jade Croot

Pays : Angleterre

Nombre d’Episodes : 4

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

Polly Bevan est la femme d’un politicien local dans la petite ville galloise de Glyngolau. Elle a soutenu un projet emmené par son mari. A la suite d’une explosion, les habitants de la ville, très affectés par la catastrophe, recherche le coupable et veulent faire justice eux-mêmes…

Avis :

Le monde de la télévision britannique regorge de pépites qui font chaque année vibrer nos cœurs et nous apporter beaucoup (trop) d’émotions. Parmi les scénaristes et showrunners de la télé britannique, Jack Thorne est l’un de ses grands prêtres. Parmi les séries sur lesquelles il a travaillé, on notera « Skins« , la série des « This Is England … », « Panthers« , « Kiri » ou encore dernièrement, l’adaptation de « A la croisée des mondes » et « The Eddy« .

Sortie l’année passée, « The accident » est une mini-série en quatre épisodes d’une quarantaine de minutes chacun, dont le principal argument qui m’a donné l’envie de me lancer dedans (hormis le fait que ce soit une série britannique), c’est la présence en tête d’affiche de l’immense et bien trop méconnue chez nous Sarah Lancashire (« Happy Valley« , si vous n’avez pas vu les deux saisons, jetez-vous dessus !) et j’ai bien fait de m’arrêter sur cette nouvelle série signée Jack Thorne, puisque le showrunner anglais nous offre-là une bonne petite série qui de par son ton glacial et réaliste fait froid dans le dos. Racontant un accident des plus « banals », Jack Thorne et Sandra Goldbacher nous entraînent au cœur d’un drame, d’une tragédie, d’un procès et d’une justice qui, si elle manque quelque peu d’émotion, ne laissera pas indifférent.

Pays de Galle, dans la petite ville de Glyngolau, il ne se passe jamais rien. C’est une petite ville de campagne où tout le monde se connaît, et l’on y vit paisiblement. Ce matin-là, alors que la ville est en train de faire la fête pour célébrer une tradition, une explosion se fait entendre dans un chantier. Très vite, la catastrophe attire les habitants qui vont assister impuissants à l’effondrement de toute une structure, et pire encore, les habitants vont découvrir avec horreur qu’à l’intérieur de l’immeuble qui vient de s’effondrer, il y avait plusieurs adolescents de la ville. Comment un tel drame a pu arriver ? Pourquoi ces adolescents étaient-ils là et surtout qui est responsable de cette horreur ?

J’aime les séries anglaises parce que contrairement aux séries américaines, je trouve qu’elles ont un côté plus réel, elles ont quelque chose qui s’approche au plus près de notre société et avec « The accident« , on peut dire sans avoir peur de se tromper que Jack Thorne nous livre-là une série confondante de réalisme. « The accident« , c’est une histoire « banale » qui implique des gens tout ce qu’il y a de plus banal et au-delà de ça, « The accident« , c’est une façon de raconter cette tragédie avec tout ce qu’elle peut avoir de plus banale et c’est cette banalité qui fait toute la force de la série de Jack Thorne et Sandra Goldbacher. « The accident » ne sera pas une série qui fera dans le spectacle, dans les grandes effusions d’émotions, non, ici le showrunner et sa réalisatrice ont décidé d’aller au plus près de ces personnages, au plus près de la tragédie qui les touche et ils ont décidé de le faire de manière glaciale, presque détachée, ce qui donne un show en quatre épisodes, qui certes donne l’impression de manquer d’émotion à certains moments, mais qui grâce à cette idée, gagne en puissance dans un autre sens.

Doté d’un scénario solide, Jack Thorne a choisi de raconter une tragédie et tout ce qui va découler de cette dernière. Ainsi, on assistera impuissant, comme les habitants de cette petite ville, à cet accident, à l’horreur des pertes, à la douleur et la colère des familles. Tout comme ces habitants, on cherchera au long de cette enquête qui sont les responsables, le scénario nous donnant des informations des deux côtés. Tenant une ligne directrice réaliste, Jack Thorne ne tombera jamais dans le manichéisme, il ne tombera pas dans le discours des patrons tous salauds et les victimes toutes innocentes. Non, « The accident » ira dans la subtilité, posant en permanence la question de la culpabilité. La culpabilité de l’entreprise qui, voulant tenir des coupes budgétaires, n’aurait pas été dans la légalité, mais à cela, la série contrebalance avec la culpabilité des victimes qui auraient en aucun cas dû se trouver ici. L’ensemble est très intéressant, et l’on suit les jours, les mois, voire même les années qui suivent cet accident avec beaucoup d’intérêt.

De plus, le scénario construit très bien tous ses personnages, laissant à travers eux toute une palette d’émotions et de réactions face à ce drame, la douleur, la colère, l’incompréhension, la manipulation, la haine, l’amour, la culpabilité, le pardon, l’attente de justice, l’injustice… Bref, c’est complet et si ça manque d’émotion, la série gagne en autre chose. La seule petite ombre dans ce très beau et très bon tableau serait finalement d’avoir trop chargé le personnage incarné par Sarah Lancashire. Le drame de cette famille est déjà bien loin, et l’idée de rajouter des violences féminines dans ce décor était dispensable (même s’il faut le dire, ça reste très bien mis en scène).

Ce réalisme, qu’on pourrait qualifier très facilement d’absolu, on le doit aussi à la mise en scène de Sandra Goldbacher, la réalisatrice livrant une série qui va directement à l’essentiel. Ici, le ton est glacial, l’ambiance est froide, sombre, et laisse entrevoir que peu de moments plus légers (d’ailleurs, quand ces derniers apparaissent, ils font beaucoup de bien). Sandra Goldbacher réussit à nous captiver en permanence, trouvant le rythme juste, faisant en permanence évoluer son intrigue et ses personnages.

Enfin, s’il est inutile de préciser que la série est dominée par l’immense Sarah Lancashire, il faut aussi noter les présences merveilleuses de Sidse Babett Knudsen (qui trouve là un rôle passionnant), Mark Lewis Jones, mais aussi les grandes révélations que vont être Joanna Scanlan (elle est incroyable de bout en bout dans la peau d’une mère dévastée et surtout en colère qui cherche à tout prix la justice) et Genevieve Barr qui est tout aussi incroyable.

En quatre épisodes, Jack Thorne et Sandra Goldbacher nous livre-là une bonne série. Une série qui est très intéressante grâce à ce ton quasi-documentaire. Si on pourrait lui reprocher de manquer un peu d’émotion à certains moments, dans sa logique, dans sa façon de raconter, dans son idée, c’est cohérent et mieux encore, malgré tout, c’est prenant, et ces quatre épisodes ne se voient pas passer. Décidément, ces Britanniques ont vraiment un don pour les séries télé.

Note : 14/20

Par Cinéted

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