novembre 30, 2020

Aimer, Boire et Chanter

De : Alain Resnais

Avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot, Caroline Silhol, Michel Vuillermoz

Année : 2014

Pays : France

Genre : Drame, Comédie

Résumé :

Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée pendant quelques mois, du printemps à l’automne, par le comportement énigmatique de leur ami George Riley.
Lorsque le médecin Colin apprend par mégarde à sa femme Kathryn que les jours de son patient George Riley sont sans doute comptés, il ignore que celui-ci a été le premier amour de Kathryn. Les deux époux, qui répètent une pièce de théâtre avec leur troupe amateur locale, persuadent George de se joindre à eux. Cela permet à George, entre autres, de jouer des scènes d’amour appuyées avec Tamara, la femme de son meilleur ami Jack, riche homme d’affaires et mari infidèle. Jack, éploré, tente de persuader Monica, l’épouse de George qui s’est séparée de lui pour vivre avec le fermier Simeon, de revenir auprès de son mari pour l’accompagner dans ses derniers mois. Au grand désarroi des hommes dont elles partagent la vie, George exerce une étrange séduction sur les trois femmes : Monica, Tamara et Kathryn
Laquelle George Riley emmènera-t-il en vacances à Ténérife ?

Avis :

Immense réalisateur français, Alain Resnais, c’est toute une vie de cinéma. C’est un premier court-métrage en 1936 à l’âge de quatorze ans pour aller jusqu’en 2014 et cet ultime film qui sortira près de trois semaines après son décès. Ainsi, c’est près de soixante-dix ans de cinéma, qui se sont conclus ici. Jusqu’au bout, Alain Resnais aura tenu une caméra pour filmer ses histoires tendres et loufoques, drôles et tristes, d’ailleurs, selon les dires, quand ce dernier s’est éteint, son carnet d’idées était plein et le cinéaste se projetait déjà dans un nouveau projet, c’est dire l’envie et la faim de cinéma qu’Alain Resnais pouvait avoir.

Pour cet ultime film, Alain Resnais, une fois n’est pas coutume, décide après « Smoking/No Smoking » et « Cœurs« , d’adapter de manière très libre une pièce du dramaturge britannique Alan Ayckbourn. Encensé par la presse, j’aurais adoré dire que le dernier film de Mr Resnais est un petit bijou qui démontrait toute la jeunesse spirituelle du vieil homme. J’aurais adoré dire avoir passé un moment inoubliable, hilarant, teinté de mélancolie, mais il n’en sera rien, ou du moins pas grand-chose. S’il est vrai qu’Alain Resnais étonne par ses idées et ses envies de cinéma, « Aimer, boire et chanter » laisse dubitatif face à d’un côté une histoire pas si captivante que cela, et de l’autre, une idée de théâtre filmé, qui bien souvent se fait laid. Ce clap de fin ne m’aura pas séduit, et c’est le cœur triste et ennuyé que j’aie donc regardé ce dernier cru Resnais.

Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples va être bouleversée lorsque l’un d’entre eux, qui est médecin généraliste, apprend que l’un de leur très proche ami est gravement malade et qu’il ne lui reste que six mois tout au plus à vivre. Dès lors, ces personnes, et notamment Jack, son meilleur ami, vont tout mettre en œuvre pour que les derniers mois de George soient les meilleurs possibles. Mais quoi faire ? Et si, alors qu’une pièce de théâtre se prépare et qu’il manque un comédien, on faisait monter sur scène George pour un dernier coup d’éclat…

« Aimer, boire et chanter« , quel beau titre pour une ultime œuvre qui dans son idée avait beaucoup d’idées et d’éléments pour être un moment de cinéma intéressant. Sorte de vaudeville autour d’un personnage qu’on ne verra jamais, « Aimer, boire et chanter« , c’est un film à concept, celui de faire du théâtre filmé. Pour raconter les derniers mois de la vie de George, et surtout pour mettre en scène toutes les situations cocasses que ces derniers instants vont amener, Alain Resnais a décidé de nous plonger dans une compagne anglaise « fictive », colorée et « pastelisée », avec des apparats qui ne sont que décors de théâtre. L’idée en elle-même est intéressante et au-delà de ça, le film peut se vanter d’avoir un cachet inhabituel, ce qui le rend aussi intéressant que marquant dans un sens.

Mais voilà, si le style est bien là, s’il marque les esprits, il ne fait malheureusement pas tout et très vite, « Aimer, boire et chanter » va se fissurer et devenir assez ennuyant. Si l’on passera très volontiers sur certains choix visuels du réalisateur qui sont vraiment laids (on pense à tous ces plans portraits avec un fond quadrillé blanc et noir qu’on ne comprend pas), ce qui ennuie le plus avec ce film, c’est que finalement, malgré les rebondissements, malgré les situations cocasses, malgré ce casting de choix qui est très bon, « Aimer, boire et chanter » n’arrive jamais à nous embarquer dans l’histoire, et surtout dans son délire. Finalement, pour une comédie, malgré ses situations poussées ou ses dialogues et autres répliques, on ne rit pas beaucoup. Ici, il n’y a que le début de l’histoire, la façon dont tout commence, dont les personnages apprennent la maladie et comment celle-ci se repend comme un traînée de poudre, qui amuse et laisse présager un moment de cinéma excellent, une dernière envolée magique, mais beaucoup, voire même le principal de la drôlerie du film, sera là, et comme je le disais plus haut, par la suite, « Aimer, boire et chanter » se fissure et l’on finit par voir les minutes passer.

Restera alors des plans et des idées intéressantes sur l’instant. Une très jolie photographie. Malgré un film ennuyant, il faudra toutefois noter ses comédiens qui sont très bons, notamment un Michel Vuillermoz excellentissime. Enfin, même si l’on sera passé à côté de cette fantaisie, la dernière scène du film, assez prémonitoire, ajouté à ce George qu’on ne voit jamais et qu’on finit par associer à Alain Resnais lui-même, sera assez touchante.

Ces petites touches ici et là, ces idées, ce style pourtant marquant, les cartons avec ses dessins assez sublimes, ces comédiens ou encore ce dernier plan, ne suffiront pas à nous faire pleinement savourer ce dernier cru Resnais et c’est bien dommage. Restera alors qu’on pourra toujours se replonger dans cette filmographie riche, intéressante et belle.

Note : 07/20

Par Cinéted

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