novembre 26, 2020

La Mort aux Trousses

Titre Original : North  by Northwest

De : Alfred Hitchcock

Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Adam Williams

Année: 1959

Pays: Etats-Unis

Genre : Policier

Résumé :

Le publiciste Roger Thornhill se retrouve par erreur dans la peau d’un espion. Pris entre une mystérieuse organisation qui cherche à le supprimer et la police qui le poursuit, Thornhill est dans une situation bien inconfortable. Il fuit à travers les Etats-Unis et part à la recherche d’une vérité qui se révèlera très surprenante.

Avis :

Il est de notoriété commune de dire qu’Alfred Hitchcock n’était pas le plus sympathique des réalisateurs. Misogyne, exigeant, avare en compliments, malgré tout son talent de metteur en scène, le maître du suspens accumulait les casseroles lors des tournages. Inutile ici de revenir sur l’affaire avec Tippi Hedren et sa vengeance suite aux avances refusées par cette dernière sur les tournages de Les Oiseaux ou Pas de Printemps Pour Marnie, mais sur La Mort aux Trousses, on retrouve aussi quelques comportements un peu troublants, comme, par exemple, le fait de filmer en mode espion les Nations Unies, ou encore de tendre un petit piège à James Stewart qui voulait tenir le rôle-titre du film, mais Hitchcock lui préférant Cary Grant, il a attendu que l’acteur soit sur un autre projet pour plus ou moins le forcer à décliner l’offre. Malin ou pervers, Alfred Hitchcock semblait être un savant manipulateur, mais force est de constater que pour ce film, il a fait les bons choix, offrant ni plus ni moins que son meilleur ouvrage.

Inspiré d’une histoire vraie, La Mort aux Trousses est un film qui va compiler plusieurs genres au sein d’un seul métrage. Mélangeant espionnage, aventure, romance et thriller, Alfred Hitchcock va faire étalage de tout son talent pour ce film. Ici, on va suivre un publiciste qui va se faire kidnapper et laisser pour mort par quelques sales types. Il survit, se fait enfermer par la police, puis est accusé, à tort du meurtre d’un homme important. Sur sa route et sa recherche de vérité, il tombe amoureux d’une étrange femme, puis va comprendre que tout ça est un coup des services secrets américains. La première chose qui frappe avec ce film, et qui dénote avec les autres films du maître, c’est que l’on ne perd pas de temps dans la présentation des personnages. Car même si des films comme Les Oiseaux ou Pas de Printemps Pour Marnie sont excellents, ils prennent énormément de temps à poser leur intrigue et leurs personnages, quitte à même devenir trop long. Avec ce film, on n’a pas la sensation de longueur. Le personnage de Roger Thornhill est rapidement introduit comme un homme sûr de lui et peu agréable, et il va de suite lui arriver des bricoles, se construisant durant les péripéties. Il en va de même pour les autres protagonistes, les autres rencontres, qui se construiront au fur et à mesure de l’aventure et non pas sur des dialogues qui se perdent un peu ou dans de longues séquences.

Cette absence de longueur, elle se retrouve aussi dans le script même. Si la tension n’est pas forcément à son comble comme dans un Psychose ou un Les Oiseaux, La Mort aux Trousses à ce don de fournir constamment à manger aux spectateurs. Le film ne s’arrête que très peu de fois pour relancer son intrigue et son jeu du chat et de la souris. Entre les courses-poursuites, la romance avec cette jeune femme bizarre et qui semble cacher un double-jeu, le final dans le mont Rushmore ou encore cette fameuse scène de l’avion, Alfred Hitchcock est en pleine possession de son art et tisse toutes les ficelles de son aventure au sein même de l’action, se détournant quelque peu de ses habitudes pour livrer un film plus nerveux, plus percutant et qui, dans un sens, Cary Grant oblige, rappelle les scènes de La Main au Collet. L’intrigue s’avère aussi passionnante à suivre car outre les rebondissements et les révélations, tous les genres se retrouvent dans ce métrage. Le début est une vraie comédie où l’on va rire d’un Cary Grant bourré comme jamais. Puis le film va prendre des allures de thriller avec cette cavale, avant de tomber dans la romance avec la rencontre d’une Eva Marie Saint mystérieuse et désirable. Tout ça pour finir ensuite dans le film d’espionnage assez classique, mais parfaitement maîtrisé.

Une maîtrise dans les genres grâce à une mise en scène au cordeau. Le départ est assez classique pour un Hitchcock. On retrouve des scènes de voiture avec des personnages qui parlent, puis un duel au niveau des dialogues avant de terminer par des plans d’une voiture qui ne se contrôle plus. Pour donner de l’épaisseur à ses phases d’humour avec un Cary Grant sous l’effet de l’alcool, la mise en scène se fait plus sobre, avec quelques plans fixes devant lesquels l’acteur s’en donnera à cœur joie. Pour la phase d’aventure, les plans changent. On se retrouve avec des plans larges de la gare qui viendront renforcer l’exiguïté du train et des cabines dans lesquelles il va se cacher. Pour la dernière partie, on aura carrément un changement dans la colorimétrie et la photographie, rendant l’ensemble bien plus sombre et jouant constamment avec les effets de vertige, Mont Rushmore oblige, et course-poursuite dangereuse aussi. En faisant tout cela, Alfred Hitchcock ne laisse pas de place au hasard et appuie sur les différents genres pour mieux marquer son métrage, pour mieux le chapitrer et nous embarquer dans cette histoire à la fois rocambolesque et totalement attachante.

D’ailleurs, si La Mort aux Trousses fonctionne si bien, c’est grâce à ses personnages et à ses acteurs. Aussi pénible qu’il peut paraître au début, on va apprendre à connaître Roger Thornhill et à l’aimer. Cary Grant y campe un personnage qui évolue, qui a du bagou, de l’humour, de la répartie et un certain sens de l’honneur et de l’amour, malgré ses deux mariages foirés. A ses côtés, James Mason est tout simplement parfait en grand méchant sûr de lui, qui peut faire penser à un méchant de James Bond. Sans être vraiment machiavélique, il reste froid, distant et antipathique à tout moment. Tout comme sa clique de tueurs qui ont de vraies gueules patibulaires. Enfin, difficile de ne pas nommer Eva Marie Saint, délicieuse dans le rôle de Eve Kindall, une femme qui cache un secret, mais qui s’avère assez directe au départ et qui va jouer un rôle déterminant, loin des clichés des femmes fragiles de l’époque. Tout casting donne vraiment du coffre aux personnages, qui en deviennent passionnants.

La mort aux trousses North by northwest 1959 real : Alfred Hitchcock Gary Grant COLLECTION CHRISTOPHEL

Au final, La Mort aux Trousses est un véritable chef-d’œuvre. Dense, épique, mouvementé, Alfred Hitchcock s’affranchit du statisme que l’on peut un peu reprocher à certains de ses films pour fournir un vrai film d’aventures qui va s’amuser à mélanger les genres et à fournir des scènes d’anthologie qui resteront dans les annales du cinéma. Les acteurs sont tout bonnement incroyables et participent à rendre ce film tout simplement inoubliable.

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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