octobre 24, 2020

Frenzy

De : Alfred Hitchcock

Avec Jon Finch, Alec McCowen, Barry Foster, Anna Massey

Année: 1972

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Londres est terrorisé par une succession de meurtres dont l’auteur demeure inconnu. Des femmes meurent étranglées par une cravate que l’assassin laisse au cou de ses victimes…

Avis:

Alfred Hitchcock est un immense réalisateur qui a laissé un patrimoine très important dans le septième art. Des films comme Psychose, Les Oiseaux, L’Homme qui en Savait Trop ou encore Sueurs Froides et La Mort aux Trousses sont autant d’exemples de l’excellence de sa mise en scène, mais aussi de sa direction d’acteurs et de son scénario. Cependant, tout Hitchcock n’est pas irréprochable. Outre ses frasques avec certaines actrices, le cinéaste a eu un petit ventre mou vers la fin de sa carrière. Obnubilé par la guerre froide et la course à l’armement, il va fournir deux films sympathiques mais plutôt mineurs, à savoir Le Rideau Déchiré et L’Etau. Alors que l’on aurait pu croire que la carrière du réalisateur allait déclinante, il va revenir en 1972 avec Frenzy, et renoue avec le thriller. Mettant en scène un psychopathe qui tue des femmes avec sa cravate, Alfred Hitchcock nous rappelle la belle époque de son Psychose et réitère l’exploit de faire un excellent film.

Ici, nous allons suivre le calvaire que va vivre un homme qui est le principal suspect dans l’enquête du meurtrier à la cravate. En effet, un tueur sévit dans les rues de Londres, rappelant au bon souvenir d’un certain Jack, et lors d’une succession de malchance, Richard va être accusé du meurtre de son ex-femme, et de deux autres crimes. Il va alors se cacher pour tenter de trouver des alliés et rétablir la vérité. Difficile de ne pas spoiler avec ce genre de film, très surprenant au demeurant car il ne garde pas son mystère et dévoile le tueur dès les trente premières minutes. Bien loin du thriller classique, Hitchcock ne va pas jouer sur l’identité du meurtrier, mais plutôt sur la façon dont va s’en tirer son « héros ». Ainsi donc, Frenzy joue plus sur les subtilités du tueur que sur le mystère de son identité. Pour nous passionner, le cinéaste va mettre en place deux courses en parallèle, celle du gentil qui va tout faire pour s’innocenter, et celle du méchant qui fait tout pour masquer ses crimes.

Le scénario est relativement habile car, comme toujours avec Hitchcock, les personnages ont de l’épaisseur, de la carrure et on va ressentir de l’empathie ou de la répulsion pour eux. Par exemple, Richard, qui est l’innocent tout désigné pour être le tueur aux yeux de la police, est un homme victime du hasard de la vie et de quelques quiproquos. Complètement perdu, il va essayer de trouver des alliés qui vont prendre de plus en plus peur, notamment quand certains de ces derniers disparaissent. On va alors prendre en affection ce pauvre type qui n’a pas de chance, tout simplement. On aimera aussi sa compagne, qui va le croire et l’aider et qui est une personne bienveillante. A contrario, on va profondément détester le tueur. Pervers, narcissique, sûr de lui, il est répugnant à bien des égards et le metteur en scène va tout faire pour le rendre antipathique et insupportable. Contrairement à de nombreux contemporains, on voit que le cinéaste aime ses personnages et veut les rendre le plus crédible possible.

Mais le plus gros point fort de cette histoire, c’est la manière dont Hitchcock nous mène en bateau du début à la fin. Plutôt que de jouer sur l’identité du tueur, il joue sur le stress permanent que celui-ci peut ressentir lorsqu’il fait une erreur. Durant un très long passage, le cinéaste va mettre en scène une séquence bien stressante où le tueur va devoir retrouver un cadavre pour récupérer un objet qui lui appartient et qui pourrait être très compromettant. On verra aussi comment Richard essaye de s’en sortir et d’éviter la police. On va aussi voir comment ses amis vont le lâcher de peur de devenir des complices. En montrant ces deux chemins qui vont se rejoindre sur la fin, Hitchcock ménage un bon suspens et va même se permettre quelques séquences très osées, inhabituelles dans sa filmographie.

Car si tous les films du maître du suspens ont un caractère sexuel prononcé (ou tout du moins des relations qui laissent entendre cela), avec Frenzy, il passe un tout nouveau cap. D’ailleurs, c’est son premier film qui subira la censure, à cause d’une scène de viol explicite et un sein en gros plan. Néanmoins, cela confère à Frenzy une nouvelle aura. Plus glauque, plus poisseux, présentant un tueur sadique au possible, Hitchcock va se mettre dans cette mouvance propre aux années 70, plus libertaire et plus axé sur des choses sexuels. Même Londres (car le film est produit par des américains, mais il est tourné entièrement à Londres) devient une ville étrange, très industrielle et presque sale. Il se dégage de ce film une véritable atmosphère oppressante et angoissante, et les séquences de meurtre peuvent en attester. Mais cela est contrebalancé par un humour incongru parfaitement placé.

En effet, si Frenzy frôle parfois l’horreur dans la démonstration de ses viols et de ses tueries, il est aussi parfois très drôle. Hitchcock a toujours eu du mal à dissocier l’amour, la mort et l’humour, et dans ce film, on retrouve cette fameuse trinité. Sans passer pour des tocards, les flics jouent un rôle essentiel dans l’humour. Notamment l’inspecteur en chef avec les plats que sa femme concocte et qui sont ragoûtants. On peut aussi y ajouter les discussions qu’il a avec sa femme, qui sont très marrantes. Et sans vraiment le vouloir, le cinéaste va rendre une scène atroce totalement hilarante, lorsque le tueur se trouve dans un camion pour retrouver un objet qui lui appartient sur le cadavre de sa dernière victime. Entre la rigidité cadavérique, les sacs de patates qui lui tombent sur la gueule ou encore le camion qui roule trop vite, la situation macabre devient grotesque, et donc drôlatique.

Au final, Frenzy est une pure réussite et certainement le dernier grand film d’Alfred Hitchcock. Plus sombre, plus sale, plus glauque, le cinéaste va cette fois-ci très loin dans l’horreur, qu’il allège avec des situations cocasses et une mise en scène qui appuie certains plans grotesques, à l’image de ces femmes mortes en tirant la langue. S’il n’égale pas ses chefs-d’œuvre comme Psychose, pour ne citer que lui, il retrouve une fougue qu’on ne lui avait plus vue depuis plusieurs années, et qu’il ne retrouvera plus, malheureusement.

Note: 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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