octobre 29, 2020

Shadow

Titre Original : Ying

De : Zhang Yimou

Avec Chao Deng, Li Sun, Ryan Zheng, Qianyuan Wang

Année : 2018

Pays : Chine, Hong-Kong

Genre : Historique, Action

Résumé :

Zhang Yimou réinvente l’épopée des Trois Royaumes avec l’histoire ambitieuse d’un roi imprévisible et de son chef des armées qui dispose d’une arme secrète : un sosie capable de duper l’ennemi et le roi lui-même. Pour remporter la bataille ultime, il doit exécuter ses plans en secret et entrer en guerre contre l’avis du roi.

Avis :

Zhang Yimou est l’un des plus grands réalisateurs chinois. Yimou, c’est un mec qui depuis la fin des années 80 n’a fait que populariser (si l’on peut dire) le cinéma chinois. Au départ avec des films qui avaient un regard assez dur sur la Chine contemporaine, puis plus tard avec du cinéma grand spectacle. Si dans la filmographie de Zhang Yimou, on trouve des merveilles, il faut dire aussi que le réalisateur traîne ses petites casseroles et ses déceptions et en matière, son dernier en date, « La grande muraille« , en était un bel exemple.

Ce qui est bien avec Zhang Yimou, c’est que le réalisateur sait très vite rebondir et malgré un film décevant, il a toujours cette aura autour de lui, qui fait qu’on ne lui refuse que peu de chose et ainsi, très vite après l’échec sa « … grande muraille« , le réalisateur s’est lancé dans un tout nouveau projet et il en est ressorti « Shadow« . Comme tous les Zhang Yimou, on l’attendait en salle et c’est finalement en direct to DVD que le film arrive et c’est bien dommage, car si le film demeure imparfait, notamment avec une première partie un poil trop longue, Yimou nous offre un film esthétiquement quasi-parfait, surprenant dans son intrigue et aussi intime qu’il est spectaculaire quand il le faut. Bref, ce « Shadow« , s’il n’est pas à la hauteur du » … secret des poignards volants« , n’en demeure pas moins un joli morceau de cinéma.

Le Roi Pei vit en paix avec le royaume et la cité de Jingzhou, cité qu’il a perdu face au général Yan. D’ailleurs, ce dernier avait affronté et vaincu le commandant du Roi et celui-ci rêve de se venger depuis des années. D’ailleurs, dans son esprit de vengeance et de reconquête de la ville, le Commandant a provoqué en duel le Général Yan. Ce duel s’est fait contre l’avis du Roi, et plus grave encore, ce duel re-déclare en quelque sorte la guerre…

Le film d’époque, pour Zhang Yimou, c’est monnaie courante, le réalisateur ayant montré son extrême habileté dans le genre. On a tous en tête des films comme « Le secret des poignard volants« , « Hero » ou « La cité interdite« . Pourtant, si Yimou est très bon, il faut dire aussi que le réalisateur, avec son envie de grand spectacle, s’est parfois perdu, poussant même le genre à son paroxysme le plus loin commercialement parlant avec « La grande muraille« .

Revenant à quelque chose de plus sobre, voire même de plus « auteur », avec « Shadow« , Zhang Yimou nous entraîne dans un film bien plus intéressant. S’il est clair que « Shadow » tient un côté commercial, notamment dans sa seconde partie où le réalisateur active le ton et enchaîne les scènes dantesques et les retournements de situations à la pelle, « Shadow« , de par son intrigue, la complexité de cette dernière, de par ses personnages, leurs relations, ou encore de par son esthétisme fou et poussé, demeure un très bon cru Yimou et au-delà de ça, il demeure un film aussi intéressant que divertissant.

Tenu par un scénario exaltant, « Shadow » est un film en deux parties. Zhang Yimou, dans la première partie, nous présente surtout ses personnages et les conflits qui les animent. Si parfois « Shadow » va se faire un peu confus, et l’on peut se demander où le réalisateur veut nous emporter, Zhang Yimou n’arrive jamais à nous perdre, et surtout, il nous tient avec un certain suspens, enrichissant toujours la complexité de son intrigue, ainsi que la richesse de cette dernière qui abordera bien des sujets. « Shadow« , c’est un regard magnifique sur la culture chinoise avec ses traditions, sa musique, ses respects, et son histoire. Puis derrière ça, le nouveau film de Zhang Yimou, c’est aussi un film de vengeance, de magouilles, de trahisons, c’est un film qui multiplie les doubles visages, nous offrant des personnages faux, qui bien souvent, vont être plus complexes et fourbes qu’ils n’en ont l’air, ce qui piquera d’autant plus nous curiosité.

Tout ce qui sera mis en place dans cette première partie prendra alors forme dans la seconde moitié du film, qui d’un coup deviendra plus spectaculaire. Zhang Yimou, même s’il aura pris trop son temps pour exposer son intrigue, démontrera encore une fois l’étendue de son talent, quand ici beaucoup d’éléments prendront sens, et surtout quand, d’un coup, « Shadow » en devient imprévisible, tant le film va enchaîner les retournements de situations, les coups de traitres et autres doubles jeux qui vont exploser au grand jour. Si l’intrigue pouvait apparaître comme trop complexe, Zhang Yimou éclaircie le tout. Le metteur en scène a construit cette intrigue comme un Ying et un Yang. Le Ying et le Yang hantent son film de bout en bout et le fait d’offrir deux parties au diapason l’une de l’autre rappelle cette symbolique.

Cette idée d’ailleurs, est même poussée dans sa mise en scène. Oubliez les couleurs vives de « La cité interdite« , ici, Zhang Yimou, dans sa photographie, livre un film étonnant, qui s’approche d’un noir et blanc, ce qui donne bien souvent des tableaux incroyables, d’un esthétisme affolant. Si « Shadow » n’est pas le meilleur des Yimou, il reste cependant visuellement parlant l’un de ses plus beaux. Là où Zhang Yimou livrait du peu inspiré avec « La grande Muraille« , ici, il nous livre un film bourré d’idées et surtout un film magnifique en tout point. Que ce soit l’épique de certains de ses plans, des chorégraphies folles (Zhang Yimou ne s’était pas autant « déchaîné » depuis « Le secret des poignards … »), ses décors fous, grandioses, magnifiques, ses costumes ou encore tout simplement l’ambiance de son film, avec cette pluie permanente qui pousse le récit au noir et blanc.

Puis il y a cette BO, superbe. Une BO aux sonorités chinoises qui apporte énormément de poésie à l’ensemble. On peut même dire que Lao Zai plonge le film avec ces notes dans le conte ou la légende chinoise. Ces légendes qu’on se raconte et qui traversent les époques. Bref, cette BO est une merveille.

Enfin, comme toujours chez Zhang Yimou, on peut compter sur un casting de premier ordre. Si les acteurs pour la plupart sont de belles découvertes, on a surtout envie de mentionner Chao Deng, qui tient la tête d’affiche et qui dans un double rôle étonnant, arrive à faire croire qu’il est deux acteurs différents, ce qui est assez fou. Notons aussi Ryan Zheng dans le rôle du Roi Pei, qui en fait peut-être un peu trop, mais qui reste assez génial.

« Shadow » est peut-être un peu trop long à démarrer, son intrigue est parfois difficile à suivre, et sa première partie frôle le film d’auteur difficile d’accès, et pourtant, malgré tout ceci, le nouveau Zhang Yimou demeure un excellent cru. Un cru devant lequel il faut s’accrocher, devant lequel il faut entrer et se laisser guider, mais une fois qu’on est entré dedans, une fois que son intrigue et ses personnages nous ont pris, alors « Shadow« , entre intime et spectaculaire, excelle dans son genre, et surtout il nous démontre toute l’étendue du talent de Zhang Yimou. Si l’on aurait pu croire que le réalisateur s’était perdu avec « La grande muraille« , il prouve que non, il est bien présent et plus productif que jamais, et finalement le seul regret qu’on peut avoir avec « Shadow« , c’est qu’il soit privé de salles obscures, car sur grand écran, ça devait être dantesque.

Note : 15/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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