mars 7, 2021

Suicide Club

Titre Original : Jisatsu Saakuru

De : Sono Sion

Avec Ryo Ishibashi, Masatoshi Nagase, Akaji Maro, Hideo Sako

Année : 2003

Pays : Japon

Genre : Horreur

Résumé :

54 lycéennes se jettent simultanément sous une rame du métro, considéré comme un « fait divers », il s’agit en réalité d’une vague de suicides qui va se répandre à vive allure dans tout le pays. Kuroda, un détective est chargé de l’enquête…

Avis :

Le cinéma japonais, comme beaucoup d’autres cinémas, est diversifié et à travers lui, on peut trouver des œuvres et des artistes qui sont au diapason les uns des autres. Parmi les cinéastes les plus fous et expressifs qu’on puisse trouver, il y a Sono Sion. Réalisateur sombre, à la filmographie démente au point que beaucoup de ses films sont des expériences, c’est grâce à cela que le cinéaste s’est bâti une très belle réputation. Expatrié à San Francisco, Sono Sion s’ennuyant, il s’est alors lancé dans l’écriture d’un roman, « Jisatsu Sâkuru » et c’est de ce roman qu’il va en tirer « Suicide Club« , premier volet d’une trilogie qui après son deuxième film, « Noriko’s Dinner Table« , ne sera jamais achevée. Débarquant dans de nombreux festivals, « Suicide Club » est l’un des films du réalisateur qui a fait le plus de bruit, notamment à cause de sa scène d’ouverture, où Sono Sion y filme dans le métro de Tokyo le suicide joyeux et à part d’une cinquantaine de lycéennes.

Trash, gore, poisseux, flippant, sombre, « Suicide Club » est une œuvre radicale. Une œuvre qui dérange autant qu’elle fascine, car « Suicide Club » est très loin d’être facile, dans le sens où une fois ce premier visionnage achevé, le film nous poursuit, aussi bien à cause de son intrigue, qu’à cause de son mystère, le film ayant des parts d’ombre et se posant comme une grosse critique de société, il nous faudra plus d’un visionnage pour en comprendre sûrement toutes ses subtilités (et encore, ce n’est pas sûr, et dans les dires, « Noriko’s Dinner Table » qui est une suite et un prolongement parallèle à « Suicide club » nous éclaire plus).

Tokyo, un soir comme un autre. Dans le métro, une cinquantaine de lycéennes de plusieurs lycées de la ville se retrouvent joyeusement sur l’un des quais du métro de la ville. Et là, entre joie et rires, sans prévenir, quand la rame entre dans la station, toutes ensembles, elles se jettent sur la voie. Ce suicide collectif est l’un des premiers signes d’une vague de suicide qui va toucher tout le pays. Considéré comme un fait divers, c’est l’inspecteur Kuroda qui est en charge de l’enquête et très vite, il va découvrir que tous ces suicides sont en fait des homicides. Qui est alors derrière toute cette histoire et surtout pourquoi pousse-t-on les gens à se suicider ?

« Suicide club« , d’emblée le titre donne une couleur et si l’on s’était imaginé quelque chose, d’entrée de jeu Sono Sion nous entraîne dans un film qui va être plus sombre, plus noir, plus viscéral et plus décalé aussi qu’on ne l’avait imaginé. « Suicide Club« , c’est un film dur, qui a une tendance à s’inscrire profondément en nous, tant Sono Sion nous entraîne dans un cauchemar inhabituel. Un cauchemar qui pousse à la réflexion, un cauchemar qui pointe du doigt certaines dérives d’une société au bord de la folie et qui ne s’en rend absolument pas compte. Ici, Sono Sion nous parle aussi bien des dangers d’Internet, que du conditionnement des gens. Il nous parle de l’adoration, d’une envie de célébrité quand on est plongé dans l’anonymat. Le réalisateur aborde aussi la famille, l’amour qui règne au sein d’une famille et qui pourtant, là encore, sans qu’on s’en rende vraiment compte, peut aussi échapper à notre regard à force d’être pris par sa propre vie. Le réalisateur parle d’un malaise caché derrière un sourire, ou ici, plutôt des sourires. Puis il y a aussi la fragilité de la vie et la déconnexion totale d’une jeunesse face à la vie elle-même (une scène sur le toit d’un lycée est on ne peut plus équivoque). Bref, « Suicide Club« , c’est un film très riche, très dense et très intense dans ce qu’il raconte. Sono Sion se fait terriblement critique et pessimiste, voire carrément déprimant, tant le ton est dur et sombre. Il en résulte alors de « Suicide Club » une œuvre passionnante et dérangeante à la fois, mais « Suicide Club« , malgré tout le bien qu’on puisse en penser, n’est pas non plus une réussite totale.

Comme dit plus haut, le film a de grandes zones d’ombre, et on le quitte avec la sensation qu’il n’a pas répondu a toutes les questions qu’il posait. Parfois, en cour de visionnage, on peut se sentir perdu (un peu comme les enquêteurs), tant le film a cette tendance à partir dans tous les sens et cela donne un côté foutoir à l’ensemble, comme si le réalisateur avait compliqué tout ce qui lui passait par la tête. Sono Sion nous livre un film très riche, mais il l’est peut-être trop, et entre l’enquête sur ces suicides, tout ce qui est fait autour de la famille, tous ces personnages qui parfois sortent de nulle part ou encore l’arrivée de ces punks sadiques ou tout ce qui tourne autour du fanatisme, ça a tendance à faire beaucoup, et l’on sent bien que le film finit par atteindre ses limites. On a tendance à parfois chercher de la cohérence dans tout ceci et l’on se dit que si Sono Sion avait resserré son intrigue, s’il l’avait recentrée, « Suicide Club » aurait gagné en clarté. Après, il faut aussi prendre en compte que le film est le premier volet de ce que le réalisateur voyait comme une trilogie et comme je le disais plus haut, selon les dires, le second film apporte des éclaircissements.

Malgré ce trop-plein d’intrigue, « Suicide Club » reste, pour ce qu’il ose aborder et comment il ose l’aborder (le film regorge de scènes toutes plus folles et marquantes les unes que les autres) une œuvre intéressante, très intéressante. Une œuvre pleine de démesure, qui pousse à la réflexion. « Suicide Club » nous bouscule, il nous passionne et sans aller jusqu’à dire qu’on passe un bon moment de cinéma, tant le film a cette merveilleuse tendance à nous mettre mal à l’aise à chaque instant, demeure un moment de cinéma marquant. Un moment de cinéma qui va se digérer lentement, mais une fois ceci fait, on se laisserait bien retenter par l’expérience, histoire de le décortiquer un peu plus…

Note : 14/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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