octobre 30, 2020

Eté 85 – Ozon l’Amour à la Plage

De : François Ozon

Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge, Valeria Bruni Tedeschi

Année : 2020

Pays : France

Genre : Drame, Comédie

Résumé :

L’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer sur la côte normande, est sauvé héroïquement du naufrage par David, 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais le rêve durera-t-il plus qu’un été ? L’été 85…

Avis :

François Ozon est l’un des réalisateurs français les plus productifs de ces vingt dernières années, mais surtout, François Ozon, c’est bien souvent signe de qualité et d’une exigence cinématographique assez folle. Si l’on regarde sur la décennie précédente, entre « Potiche« , « Dans la maison« , « Frantz« , « Une nouvelle amie« , « Jeune et Jolie« , « Grace à Dieu » ou encore « L’amant double« , en plus d’être d’une grande sélectivité, on aurait presque envie de dire que le cinéaste a fait un sans-faute.

Un peu plus d’un an après « Grace à Dieu« , qui avait conclu sa décennie 2010 de manière dure et engagée, François Ozon commence les années 2020 avec « Été 85« , une romance adolescente à la sauce Ozon et c’est bien simple, on aurait presque envie de dire que le réalisateur de « 8 Femmes » livre là son plus beau film. Tendre, dur, beau, touchant, fort, bouleversant, avec un soupçon de manipulation, avec « Été 85« , François Ozon illumine notre été en nous offrant une magnifique et tragique histoire d’amour.

Été 85, Alexis, seize ans, habite au Tréport et s’apprête à passer un été bouleversant. Un été où il va rencontrer l’amour quand il est héroïquement sauvé par David d’une possible noyade, alors que leur petit bateau a chaviré. Ce jour-là, en pleine mer, Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves et cette idylle, qui ne va durer que l’espace d’un été, va le marquer à jamais.

Après la dureté de son « Grace à Dieu« , François Ozon avait envie de quelque chose de plus léger et de plus amoureux et qui aurait cru qu’avec cette romance adolescente, le réalisateur français nous livrerait là l’un de ses plus beaux films. Adapté de « La danse du coucou » d’Aidan Chambers, cela faisait des années que François Ozon rêvait de transposer les mots de l’auteur qui l’avaient bouleversé lui-même adolescent lors d’un été dans les années 80.

Ce qui est magnifique avec « Été 85« , c’est la simplicité et la beauté de son intrigue. François Ozon nous entraîne dans une véritable histoire d’amour, celle qui sonne comme une évidence, celle qui est belle, forte et puissante, mais aussi éphémère. « Été 85« , c’est la découverte des sentiments, des premiers émois, c’est un parcours initiatique, tant son personnage principal va peu à peu quitter le monde de l’adolescence pour celui des adultes, en découvrant l’amour, la sexualité, mais aussi la douleur et le vide que la mort peut laisser derrière elle.

Puis derrière cela, on appréciera aussi énormément que François Ozon nous parle d’une histoire d’amour, sans jamais appuyer ou matraquer sur le fait que ses personnages soient homosexuels à une époque où loin des grandes villes, cela était très loin d’être facile. Non, ici Ozon ne fait que parler d’amour, d’une belle et grande histoire d’amour et qu’importe le sexe de ses personnages. De plus, « Été 85« , oscille avec précision et de manière très maline entre les genres. Jouant et tenant parfaitement la carte de la romance, « Été 85 » tient aussi bien des allures de teen movie que des allures de thriller, nous indiquant dès son ouverture que même si l’amour sera là, « Été 85 » sera tragique et qu’un cadavre sera présent à la fin. Ainsi, avec cette tragédie annoncée, plus le fait qu’ »Été 85 » soit raconté et monté en flashback par le jeune Alexis, diffuse une tension et un suspens très agréable qui pique sans cesse notre curiosité, dans le sens où plus l’intrigue avance, plus elle s’enrichit et plus l’on a envie de savoir comment cette magnifique histoire d’amour a pu déraper. Où ? Comment ? Quel moment ?

Si le scénario d’ »Eté 85 » est un petit chef-d’œuvre à lui tout seul, il est accompagné par l’une des plus belles mises en scène de son réalisateur. C’est bien simple, entre grands moments d’émotions, entre pudeur, suspens, envolées romantiques, drame, comédie, tragédie, François Ozon passe par tous les genres sans jamais se perdre ou en faire trop. Sa mise en scène est inspirée et lumineuse, allant de scène sublime en scène sublime, et certaines seront même inoubliables. Comment oublier cette première nuit ? Comment oublier les silences d’une Isabelle Nanty qui n’a jamais été aussi touchante ? Comment oublier une danse ou encore cette scène de discothèque ? Notons aussi l’impeccable travail fait autour de la BO et des soundtracks choisies qui nous plongent d’emblée dans l’ambiance et dans une époque. Bref Ozon fait très fort !

Si le scénario est sublime et la mise en scène brillante, « Été 85« , c’est aussi des acteurs lumineux. Bien sûr, on mentionnera Valéria Bruni-Tedeschi, Isabelle Nanty, Philippine Velge, Aurore Broutin, ou encore Laurent Fernandez, mais si « Été 85 » est si beau, si pur, c’est grâce à ces deux comédiens qui sont au-delà du bouleversant. Deux comédiens qui ne sont qu’alchimie ensemble, tenant deux personnages magnifiques qu’on aurait envie de suivre tout le temps. « Été 85« , c’est Benjamin Voisin, qui après « Un vraie bonhomme » et « La dernière vie de Simon » révèle encore une nouvelle facette de son talent et surtout s’impose comme un acteur dont on va entendre grandement parler dans les prochaines années (on attend le prochain Gianoli avec impatience) et face à lui, on découvre avec émotion et fascination le jeune Felix Lefebvre renversant dans la peau de ce jeune homme qui va voir sa vie bouleversée.

Aussi magnifique dans ce qu’il raconte que comment il le raconte, le nouveau François Ozon est un petit bijou qui s’invite dans une filmographie exigeante et superbe. Alors que François Ozon venait de nous offrir un grand film, en revenant à quelque chose de plus léger, en revenant presque à ses premiers amours, le film de plage et le film romantique, François Ozon nous entraîne dans ce que l’on a déjà envie d’appeler un chef-d’œuvre et si cela n’en était pas un, « Été 85 » restera comme une pierre angulaire dans la filmographie de son réalisateur et bel et bien l’un de ses plus grands films. Bref, on en a pris plein les yeux et surtout plein les émotions et rien que pour cela, Merci Mr Ozon !

Note : 18/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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