octobre 24, 2020

La Terre et le Sang

De : Julien Leclercq

Avec Sami Bouajila, Eriq Ebouaney, Sofia Lesaffre, Samy Seghir

Année : 2020

Pays : France, Belgique

Genre : Action

Résumé :

Après sa fille de 18 ans Sarah, sa scierie familiale représente toute la vie de Saïd. Pendant des années, il a difficilement maintenu à flot son entreprise, principalement pour ses employés, tous des anciens détenus et jeunes en réinsertion ; jusqu’au jour où l’un d’eux se sert de la scierie pour cacher une voiture bourrée de drogue. Lorsque le cartel auquel elle appartient débarque dans la scierie, Saïd et Sarah vont devoir tout faire pour la protéger. Ils ont un avantage : cette scierie c’est leur terre, ils en connaissent les moindres recoins…

Avis :

Tout comme nos homologues américains, nous avons en France nos bons gros bourrins du septième art, ceux qui ne jurent que par l’action, les fusillades et les clichés sur pattes. Fasciné par l’école Besson, Julien Leclercq fait partie de ces cinéastes qui ont laissé la finesse dans un placard et qui trouve une sorte de défouloir dans les films qu’ils font, même si ça ne tient que sur une note d’intention ou une idée parcellaire. Si cela fait longtemps que Julien Leclercq roule sa bosse dans le cinéma, il n’a pas vraiment su convaincre avec ses récents films, dont Braqueurs et Lukas (film qui se reposait uniquement sur un JCVD à contre-emploi) et certains de ses propos restent sujets à polémiques, surtout quand il tente de défendre Valérian de Besson en disant que ceux qui n’aiment pas ce film sont des anti-français. On voit vite que l’intelligence, ce n’est pas son fort. Dragué par Netflix, le réalisateur français propose alors La Terre et le Sang, un thriller d’action très court, concis et qui va droit au but, mais qui s’empêtre dans le mauvais goût et le clinquant pour rien.

Déjà, au niveau du scénario, on ne peut pas dire que l’on va être servi. On va suivre Saïd, un type qui souffre d’un cancer des poumons et qui gère comme il le peut une scierie avec des anciens détenus et des jeunes en réinsertion. Sa fille Sarah est sourde et muette et elle l’aide à la comptabilité. Tout ce petit monde s’écroule lorsqu’une bande de caïds des cités vient dans la scierie pour récupérer de la came planquée par l’un des jeunes en réinsertion. Saïd va alors prendre les armes pour sauver sa fille. On a déjà vu de nombreuses fois un tel scénario, que ce soit Taken de Pierre Morel ou même Die Hard dans une moindre mesure. On va avoir affaire avec un type seul face à une bande de bandits et il va les dézinguer les uns après les autres de manière différente. Très clairement, ce n’est pas l’histoire qui intéresse Julie Leclercq dans ce film, mais plutôt la mise en scène qu’il va styliser de façon vulgaire, très tape à l’œil.

Si le scénario n’en fait pas des caisses, le réalisateur se rattrape largement sur la mise en scène qui oscille entre le bon et le très mauvais. Il y a une bonne gestion de l’espace. On ne peut pas le nier, la scierie est un personnage à part entière et cela se ressent dès le début, avec une longue présentation des lieux et des machines. Si l’on peut prendre ça pour de l’exposition, ça s’avère presque nécessaire pour donner corps à un lieu qui va le théâtre d’affrontements. Le problème, c’est que l’ensemble est emballé avec très peu de lumière et des teintes grises qui alourdissent le propos et l’image. Comme pour Lukas, il n’y a pas d’éclairage, il pleut souvent, tout est gris et il n’y a pas une once de beauté dans ce métrage. Il serait d’ailleurs sympathique de dire à Julien Leclercq d’embaucher un type qui s’occupe des éclairages, parce que là, c’est franchement limite par moments. Mais le pire dans cette mise en scène, c’est cette propension à faire des ralentis qui ne servent à rien et qui ne sont là que pour tenter de donner du cachet au métrage. Exemple tout simple avec le final, dans lequel le méchant descend des marches au ralenti et jette son arme par terre. Sous une pluie battante. Alors certes, ça peut paraître joli et appesantir l’aspect bad ass du méchant, mais c’est stéréotypé au possible, en plus d’être symptomatique d’un cache-misère par rapport à un retournement attendu.

En parlant de stéréotype, le film est basé uniquement sur des clichés. Le titre, La Terre et le Sang, symbolise la dualité qui peut exister entre les campagnards, ceux qui travaillent la terre, et les citadins, ceux qui vivent dans la ville, dans les banlieues et qui ont un lien de « sang » (va mourir Jul). De ce titre va naître alors une rivalité entre deux mondes que tout oppose et qui va se traduire par une confrontation. Une bataille rangée qui rentre parfaitement dans le fantasme d’une France d’extrême-droite. D’un côté, les gens normaux, les rangés, qui font du bien autour d’eux et qui sont bien assimilés à la France. De l’autre, les racailles des cités, que des noirs ou des arabes, bien évidemment, qui n’hésitent pas à torturer, tuer et se venger pour quelques kilos de drogue. Même si je pense que le réalisateur est loin de tous ces atours politiques, son film, au même titre qu’un Frontière(s) de Xavier Gens, est très maladroit sur les images qu’il véhicule et entretient un malaise profond avec les images que l’on a des cités. Et ce n’est pas parce qu’en face on a Sami Bouajila que cela en fait un message moins raciste, ou tout du moins, moins cliché et bis du front. Le titre peut aussi se voir avec le rapport que l’on a avec sa famille, le sang représentant bien évidemment les frères et fille du film, et la terre ce lieu boueux dans lequel on végète pour trouver un semblant d’existence. Mais là, on va faire du métaphysique et c’est un peu trop subtil par rapport au film.

Au final, La Terre et le Sang est un film d’action français qui n’est pas foncièrement mauvais, mais qui est très maladroit dans ce qu’il véhicule et ce qu’il montre. Court, allant droit au but, il oublie de présenter certains personnages pour donner du corps aux antagonistes qui ne seront finalement que de la chair à canon et des racailles sans aucun fond. Si les passages gores peuvent être jouissifs, ils sont trop peu nombreux et semblent être des passages obligés pour montrer une violence que l’on ressent déjà plus ou moins. Pour faire bref, le dernier film de Julien Leclercq souffre d’un manque cruel de fond et d’un vrai rythme car malgré sa courte durée, le démarrage est long, perclus de clichés et doté d’une réalisation qui se veut tape à l’œil mais qui rate beaucoup trop de chose. Ah oui, et il y a une course-poursuite entre une BMW et un tracteur, et le tracteur gagne.

Note : 07/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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