juin 29, 2022

31

De : Rob Zombie

Avec Sheri Moon Zombie, Malcolm McDowell, Elizabeth Daily, Lew Temple

Année: 2016

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Le 30 octobre 1975, cinq personnes choisies au hasard sont enlevées et retenues en otage dans un endroit appelé Le monde du crime. Durant la nuit d’Halloween, ils devront se battre pour survivre à un jeu violent et sadique…

Avis:

Dans le milieu des années 80, Rob Zombie va se faire un nom en créant le groupe de métal White Zombie. Succès quasi immédiat, le groupe va sortir plusieurs, gagner plusieurs récompenses, puis Rob Zombie va partir vers une carrière solo très prolifique, à l’imagerie gore et grotesque, penchant moderne d’un certain Alice Cooper. Forcément, avec un tel imaginaire, le type n’a pas tardé à tomber dans le cinéma, et bien évidemment, le cinéma de genre. La Maison des 1000 Morts sera son premier essai et il se fera remarquer. Style crasseux, saturation de couleurs, rythme effréné, gore en veux-tu, en voilà, le jeune réalisateur fourmille d’idées et semble bien décidé à foutre un gros coup de pied dans la fourmilière. Et il va surprendre tout le monde avec The Devil’s Rejects, son chef-d’œuvre, un film poisseux à souhait qui nous fait ressentir de l’empathie pour une famille de psychopathes. Ultra référencé, cela va suffire pour lui ouvrir les portes d’un remake impossible, Halloween de John Carpenter. Remake qu’il va bien peaufiner pour fournir un bon film, ultra violent, redorant le blason de Michael Myers.

Après une suite un peu plus frivole mais pas dénuée d’intérêt, le cinéaste veut aller vers une horreur plus psychologique et moins rentre-dedans. Il livre alors The Lords of Salem, un film d’horreur lent, très lent, trop lent, mais à l’imagerie dingue, lorgnant presque du côté de Nicolas Winding Refn. Presque car le film demeure très imparfait même si on ressent une envie folle de faire un film d’ambiance plus que gore ou frénétique. Accueilli un peu froidement par la critique et le public, qui n’attend pas ça du réalisateur, Rob Zombie va mettre du temps avant de se remettre derrière la caméra. Bon, il faut dire qu’il fait de la musique en parallèle et s’amuse à faire des apparitions dans Les Gardiens de la Galaxie, donc forcément, le monsieur est un peu pris. C’est donc quatre ans plus tard qu’il revient avec 31, film d’horreur qui promet de revenir à ses premiers amours, du slasher dégoulinant, craspec et totalement débile. Le pari est-il réussi? Non.

Le premier gros point noir de ce film, c’est son scénario. Rob Zombie débute son film en présentant une troupe qui travaille dans une fête foraine (ou un cirque, c’est flou), roulant dans un van en direction d’un bled paumé pour faire une représentation. Les personnages sont à peine cités et même s’ils demeurent sympathiques de prime abord, on aura du mal à ressenti de l’empathie pour eux. Entre l’allumeuse, la vieille diseuse de bonne aventure à la peau tannée ou encore la bande de blacks qui racontent des blagues plus ou moins vaseuses, on reste dans une galerie bas du front, propre aux tics de Rob Zombie, aimant les pécores et autres rednecks pas forcément au grand cœur. Bien évidemment, il y en a une qui a un traitement de faveur, sa femme, Sheri Moon Zombie, en tenue affriolante et qui joue de ses charmes dès le départ, comme pour se démarquer du reste de la bande, dont on se fichera éperdument et dont on ne retiendra pas du tout les noms. Et c’est problématique pour ce qui arrive après, puisque cette bande va se faire violemment kidnapper par une bande de clowns et cinq d’entre eux va se retrouver dans un labyrinthe avec des tueurs aux trousses. Des tueurs grimés en clown, avec un nain mexicain nazi, des frères armés de tronçonneuses ou encore un couple avec un géant qui parle allemand. S’ensuivra alors un festival de bagarres gorasses, au rythme frénétique ayant pour simple but de mettre en avant du gore sur de la musique faussement thrash et dont le traitement de l’image sera bien sale. En bref, tous les tocs de réalisation d’un Rob Zombie en bout de souffle qui n’a pas grand-chose à raconter.

Car ne nous leurrons pas, 31 est un film absolument vide. Certainement pour contenter les fans de la première heure, Rob Zombie a voulu revenir à un slasher pur jus où des tueurs psychopathes vont zigouiller de la manière la plus crade possible des quidams qui n’ont rien de demandé à personne. Le film va alors se dérouler dans un hangar crasseux où des gens courent et cris, poursuivis par des types déguisés façon freak show. Derrière ce jeu macabre se cache des paris que de riches personnes anonymes font en tenue grotesque. Alors on se doute bien que ce divertissement, qui a lieu le soir d’Halloween, expliquant ainsi le titre, a pour but de démontrer le côté taré de personnes que l’on pense saines, ou encore de prouver que l’argent peut faire faire n’importe quoi à n’importe qui, mais c’est gratté très loin sous la surface et il est peu probable que le réalisateur ait pensé à cela en faisant son film. Tout simplement parce que les personnages sont écrits à la truelle et que globalement, le film préfère se contenter de quelques meurtres sanglants plutôt que d’une quelconque morale.

Morale qui ne viendra jamais, qui sera vite éludée par une fin aux fraises, sorte de discours puant où les saletés s’en sortent toujours. Et la femme du réalisateur aussi, par la même occasion. Alors que reste-t-il au film? Pas grand-chose, si ce n’est la photographie et le teint de l’image. Comme à son habitude, Rob Zombie filme les endroits clos et sales comme personne et sait rendre une copie craspec à souhait. C’est glauque, c’est malsain, on ressent la saleté se coller à nos basques et de ce point de vue, c’est plutôt pas mal. Tout comme certaines utilisations des lumières où les saturations permettent d’explorer des ambiances différentes, le bleu pour la découverte d’un cadavre en guise de table de salle à manger et le rouge pour la chaleur suffocante d’un chapiteau morbide. C’est peu de chose, mais on se raccroche à ce qu’on peut. Et on peut aussi noter un Richard Brake totalement investi dans son rôle de tueur sanguinaire. C’est d’ailleurs le seul qui sort du lot, avec son physique aiguisé et son regard fou et son sourire carnassier. Pour le reste des antagonistes, on repassera. Entre un nain qui parle espagnol et voue une gloire à Hitler, ou encore un couple avec un géant qui parle allemand, c’est ridicule et joue avec les limites de façon grotesques. On évoque les nazis, on fait des réflexions machistes, on prend les femmes pour des objets sexuels, bref, tout est fait pour être politiquement incorrect, mais c’est tellement surfait que ça ne marche jamais. On sent que tout cela est forcé, au point que l’on peut penser que les personnages ont été écrits sur un coin de table, après une bonne dizaine de shots de tequila. Et enfin, Rob Zombie livre une mise en scène pénible par moments, avec un montage ultra cut et des passages tellement clignotants que l’on frôle la crise d’épilepsie. Bref, c’est mauvais.

Au final, 31 de Rob Zombie est une vaste farce qui ne fait pas forcément honneur à la filmographie de son auteur. Gratuit, vide de sens, mal réalisé, vulgaire et sans aucun fond, 31 ne fonctionne jamais et pourrait se voir comme un divertissement gorasse bête à en bouffer du foin. Les amateurs de gore seront peut-être contents, mais on voit bien que le cinéaste est en perte de vitesse et manque cruellement d’imagination. On espère juste que cela ne soit qu’une passade…

Note: 04/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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