6 Underground

De : Michael Bay

Avec Ryan Reynolds, Mélanie Laurent, Manuel Garcia-Rulfo, Ben Hardy

Année : 2019

Pays : Etats-Unis

Genre : Action

Résumé :

Quel est le meilleur avantage d’être mort ? Ce n’est pas d’échapper à votre patron, à votre ex, ou même d’effacer votre casier judiciaire. Ce qu’il y a de mieux avec la mort … c’est la liberté. La liberté de lutter contre l’injustice et le mal qui rôdent dans notre monde, sans que rien ni quiconque ne vous arrête.
Six individus, issus des quatre coins du monde, tous, les meilleurs dans leur domaine, ont été choisis non seulement pour leurs compétences, mais aussi pour leur désir unique d’effacer leur passé afin de changer l’avenir.  La bande est réunie par un leader énigmatique, dont le seul objectif est de s’assurer que tous tomberont dans l’oubli mais que leurs actions, pour sûr, leur survivront.

Avis :

Le cinéma est peuplé de sales gosses. De réalisateurs qui n’aiment qu’on leur dicte quoi faire et d’autres qui pensent tout simplement détenir la vérité absolue en termes de mise en scène et de scénarios. Entre les abrutis, les sans talent et les prétentieux, le septième art possède des personnalités fortes donnant lieu à des films surprenants, parfois confinant au chef-d’œuvre et d’autres fois d’une bêtise crasse dont on se demande comment le produit a pu en arriver là. Le cas de Michael Bay est assez intéressant à suivre car il possède une patte, un style bien à lui et il a toujours ce talent fou pour cliver les cinéphiles. Si certains adorent son côté explosif et bordélique, voyant son cinéma comme un divertissement pop-corn sévèrement régressif mais loin des conventions prout-prout, d’autres pensent qu’il s’agit-là d’un imbécile fini qui fait mumuse avec sa caméra comme un enfant exploserait ses constructions Lego. Pour autant, Michael Bay a trouvé sa voie et livre parfois d’excellents films comme Bad Boys ou encore No Pain No Gain. Malheureusement, laissez-lui les coudées franches et tout peut partir en vrille, comme en atteste ce 6 Underground.

« Michael, on me signale deux faux raccords dans la scène »
« M’en bas les couilles! »

Sorti directement sur Netflix avec un budget assez pharaonique, certains diront que Michael Bay s’est fait plaisir comme un gosse dans un magasin de jouets. 6 Underground raconte l’histoire d’une équipe de mercenaires qui décide de faire tomber toutes les personnes faisant du mal à l’humanité. Dirigé par un milliardaire qui s’ennuyait, la fine équipe va alors commencer sa première mission avec un tyran dans un pays d’Asie mineure. Bien évidemment, les choses ne vont pas se passer comme prévu, il va y avoir de l’explosion, des situations embarrassantes et des gunfights à tout bout de champ. Car oui, on ne va pas l’assagir comme ça le père Bay et quand il a décidé d’en mettre plein les yeux, il se lâche complètement. C’est d’ailleurs tout le problème avec ce film qui veut être un plaisir régressif, assimilant action et humour pour un rythme frénétique et une mise en scène ultra dynamique. A l’image du scénario qui enchaine les rebondissements, Michael Bay offre à son métrage une cadence presque infernale, à l’image de sa scène introductive dans Florence où le spectateur est directement mis dans le bain, avec une course-poursuite effrénée et des explosions dans tous les sens.

Si cela va faire plaisir aux amateurs d’action non-stop, le réalisateur en oublie plusieurs choses importantes, la cohérence et l’empathie. Dès le départ, les faux-raccords seront légion. On pense à la casquette de Dave Franco qui disparait et réapparait à chaque changement de plan, ou encore au rétroviseur du camion qui semble se réparer en cours de route. Si ce ne sont que des détails, ils sont nettement visibles et il semble hautement improbable que le monteur ne l’ait pas vu au montage. Alors comment prendre cela ? Pour de la légèreté ? Pour une envie de montrer que l’on s’en bat les couilles de ce que l’on fait ? Ou tout simplement de se dire que le spectateur est un abruti qui ne fera pas attention à cela si on change de plan toutes les deux secondes ? Et c’est bien là que c’est dérangeant, le film ne se prend pas au sérieux, mais il prend aussi le spectateur pour un idiot en étant peu rigoureux dans sa cohérence. Alors oui, ça va vite, ça pulse, ça défouraille sec, mais au détriment d’un certain professionnalisme. Il en va de même pour les personnages et l’empathie que l’on peut ressentir pour eux. L’écriture est pataude et les présentations sont à peine survolées. On nous présente six personnes (une septième après la scène d’introduction) avec des noms de code et des fonctions comme la médecin, l’espionne, le tueur à gages, etc…, mais les flashbacks sont inintéressants et on n’aura aucune attache.

Cela est renforcé avec des moments carrément poussifs de présentation, à l’image du passé de Ryan Reynolds, qui s’enfonce dans une sorte de surenchère inutile dans le gnangnan. Vu qu’il apparait comme un chef de troupe un peu débile, on se fout pas mal de son histoire qui ne tient pas debout. Et pour les autres mercenaires, ce sera la même chose. Mélanie Laurent est une ancienne agente de la CIA, et hormis des plans au ralenti sur ses cheveux au vent, elle n’apporte rien. Manuel Garcie-Rulfo est un chasseur de primes qui surjoue constamment ses émotions et rentre dans les clichés de l’hispanique proche de sa mère. Ben Hardy est le petit de la troupe, l’équilibriste, qui concrètement ne sert à rien et se fait tabasser à chaque fois. Quant à Adria Arjona, on sent qu’elle est là pour sa plastique de rêve, mais pas forcément pour avoir un rôle très important. Même Corey Hawkins, qui pourrait avoir un passif intéressant en tant que sniper de l’armée, en devient insupportable en rebelle du groupe. Michael Bay ne sait pas traiter convenablement ses personnages et il brasse du vide dans ses thématiques, voulant simplement du fun, de l’action, des placements de produit et des explosions.

En sale gosse qu’il est, le cinéaste veut tout de même faire grincer des dents en utilisant du politiquement incorrect. On aura droit à un tyran qui n’hésite pas à tuer sa population, mais aussi des mercenaires « gentils » qui vont faire des dommages collatéraux. Dès le départ, des innocents va se faire renverser par les types que l’on va suivre et certains plans sur les cadavres des méchants qui se font éjecter des voitures sont bien marqués pour montrer qu’il n’a pas peur de mettre du sang et d’éprouver une certaine jouissance à semer des cadavres devant sa caméra. Seulement, est-ce vraiment incorrect ou tout simplement stupide ? Entre l’usage des clichés, le mauvais goût assumé et les placements de produit qui ne sont même plus cachés, Michael Bay devient une vitrine ambulante de notre société stupide. Une bêtise qui se retrouve dans l’humour insupportable du film. Là aussi, la beauferie latente du réalisateur nous éclabousse en pleine face et ce bon vieux Michael s’en régale. Les dialogues sont souvent débiles et l’humour désamorce rapidement des scènes de tension ou d’action. Si certains passages peuvent prêter à sourire, on voit surtout que tout cela gâche toute implication émotionnelle. Prenons en exemple l’attaque au gaz hilarant où chacun risque sa vie et où Manuel Garcia-Rulfo perd une partie de son masque et se met à faire des blagues. Cela fait redescendre toute la tension de l’action et de ce fait, on se fout royalement de ce qui peut lui arriver. Bref, c’est irrévérencieux pour un adolescent qui fait cramer les ailes des mouches à la loupe, mais certainement pas pour les autres.

Au final, 6 Underground se révèle être une jolie déception. Très clairement, le film se sauve de l’ennui général grâce à quelques moments épiques et une réalisation qui parfois force le respect dans la recherche de certains plans. Malheureusement, le tout est gâché par un montage épileptique, des acteurs en sous-régime (pauvre Ryan Reynolds qui ne va faire que du Deadpool avec de l’humour gras durant tout le reste de sa carrière) et surtout un mauvais goût assumé d’un gamin éduqué à grands coups de McDo et blagues sexistes. Bref, 6 Underground, c’est aussi excitant qu’un regroupement tunning à Boulogne-Billancourt, ça fait beaucoup de bruit pour peu de neurones…

Note : 08/20

Par AqME

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