janvier 16, 2022

Ridicule

De : Patrice Leconte

Avec Charles Berling, Jean Rochefort, Fanny Ardant, Judith Godrèche

Année : 1996

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

A travers les aventures de Grégoire Ponceludon de Malavoy, issu d’une famille d’ancienne noblesse tombée dans la précarité, une étude de la cour de Louis XVI et ses antichambres à Versailles en 1780, ou déjà la spiritualité avait pour ennemi mortel le ridicule.

Avis :

Grand réalisateur français, Patrice Leconte nous amuse depuis plus de quarante ans. Certes, Patrice Leconte, ce sont ses cultes « Les bronzés« , « Viens chez moi, j’habite chez une copine« , « Ma femme s’appelle revient« , « Les spécialistes« , mais Leconte, c’est aussi des films comme le trop méconnu « Monsieur Hire« , qui est pour le coup un petit chef-d’œuvre, que je vous engage vivement à découvrir. Patrice Leconte est donc un réalisateur populaire qui au fil des années n’a fait que s’imposer.

Alors que sa filmographie est déjà très conséquente, puisqu’au moment de la sortie de « Ridicule« , Patrice Leconte a déjà treize films à son actif, c’est avec celui-ci qu’il va gagner ses lettres de noblesses. Le film fera l’ouverture du prestigieux Festival de Cannes, puis il sera sacré de quatre César, dont meilleur film et réalisateur. Le film ira même concourir aux Oscar dans la catégorie meilleure film étranger… Bref, c’est dire la consécration pour Patrice Leconte avec ce film qui, en plus de ça, se payera même un succès en salle. Avec « Ridicule« , Patrice Leconte signe une satire sociale en nous plongeant auprès de la cours du Roi. Hypocrisie, cruauté et éloquence sont alors de rigueur auprès de ces courtisans prêts à tout pour se faire bien voir et briller en société.

Grégoire Ponceludon de Malavoy est issu d’une ancienne famille noble qui est aujourd’hui tombée dans la précarité. Sur ses terres, il y a un marais qui pose énormément de problèmes, apportant moustiques et terres incultivables. Dans le meilleur des mondes, il faudrait assécher ce marais, mais l’homme n’en a pas les moyens. Il lui faut faire une requête auprès du Roi Louis XVI. Or, même avec son statut, on n’approche pas le Roi comme ça. Ainsi, Grégoire Ponceludon de Malavoy va découvrir un monde qui lui est étranger. Un monde dans lequel il va devoir faire ses preuves et petit à petit grimper les échelons pour arriver à son but.

Versailles, la cour, ses mœurs, ses courtisans, l’éloquence, le paraître et le ridicule qu’il faut éviter à tout prix, voilà le programme du film de Patrice Leconte qui est un petit bijou qui nous plonge totalement dans cette ambiance-là. Doté d’un scénario qui respire le travail, « Ridicule » est une profonde analyse de cette époque-là. Ici, il est d’usage d’avoir de l’esprit pour pouvoir rencontrer et s’adresser au Roi. Mêlant humour grinçant, cruauté, arrivisme, Patrice Leconte décrit avec précision les rivalités dans les salons qui étaient nécessaires pour être bien vu. Ici, tous les coups sont permis pour briller au regard des autres. Ainsi, on va découvrir ce monde à travers les yeux d’un homme qui est bien loin de ce monde-là. Patrice Leconte nous met au même niveau que son personnage et c’est avec un plaisir certain qu’on va le suivre de salons en jardins, avec l’espoir qu’il arrive à faire que sa noble cause soit plaidée et acceptée. Toujours dans le portrait, Patrice Leconte dresse aussi un portrait fou du Louis XVI qui apparaît tel un dieu qui fascine tous les nobles. On est prêt à tout pour être bien vu à ses yeux et le Roi jouit d’un pouvoir de vie ou de mort, comme rarement on a pu en voir. Bref, ce scénario est béton, et Leconte maîtrise parfaitement le ton de son film, qui est bien souvent très drôle avec son concours de punchlines fait par des gens perruqués et poudrés, persuadés d’être au-dessus de tout.

Pour donner vie à tous ces apparats, Patrice Leconte a fait les choses en grand et son « Ridicule » est très beau. La reconstitution est sans faille, les costumes, les décors, la lumière, la musique, Patrice Leconte a pensé à tout, et ça fonctionne parfaitement. Mais ce qui marche le plus, ce sur quoi Patrice Leconte a le plus bossé, c’est le dialogue. Les dialogues sont presque le cœur de « Ridicule« , ce sont eux qui lui donnent son rythme, son humour, sa verve. Chaque mot est précis, et l’on peut assister à plusieurs tirades assez folles. Des tirades qui peuvent même installer beaucoup de suspens, car l’on se retrouve pendu aux lèvres, attendant le mot assassin qui mettrait un terme et scellerait la victoire.

Ces bons ou mauvais sont aussi tenus et balancés avec vivacité par un casting en or. De Charles Berling à Bernard Giraudeau, de Jean Rochefort à une Fanny Ardant très poudrée, de Carlo Brandt à Albert Delpy, de Judith Godrèche à Urbain Cancelier… Tous sont parfaits, et tous trouvent parfaitement leur place au sein du film, et même leur petit moment de gloire.

Drôle et cruel, élégant, raffiné et en même temps terrible dans bien des sens, avec « Ridicule« , Patrice Leconte signe là une sacrée satire et une sacrée plongée dans une époque qui vit sans le savoir ses derniers instants.

Note : 15/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.