septembre 28, 2020

2000 Maniacs!

De : Herschell Gordon Lewis

Avec Thomas Wood, Gary Bakeman, Jerome Eden, Shelby Livingston

Année: 1964

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Six touristes s’égarent dans une région perdue de Floride, et se retrouvent dans un petit village, célébrant son centenaire. Malgré l’accueil chaleureux qui leur est réservé, les nouveaux venus ne tardent pas à s’apercevoir qu’il se passe quelque chose d’inquiétant et de mystérieux.

Avis:

Durant les années 60, le cinéma d’horreur est déjà bien installé. Après l’expressionnisme allemand des années 20, après l’exploration des monstres légendaires de la littérature classique ou des mythes et légendes dans les années 30 et 40 avec les monstres de la Universal, après la soulevée du film gothique britannique avec les studios de la Hammer dans les années 50 et 60, un petit malin outre-Atlantique a voulu créer un genre nouveau, le gore. Ce petit malin, c’est Herschell Gordon Lewis, qui va laisser libre cours à ses pensées malades pour faire des films d’un genre nouveau à l’époque, où le sang prend une place très importante et où l’horreur survient dans les tortures infligées face caméra, sans filtre, afin de dégoûter le spectateur. Considéré par beaucoup comme le premier film gore de l’histoire du cinéma, 2000 Maniacs! n’est en fait que le deuxième film de ce genre, survenant un an après Blood Feast du même cinéaste. Sauf que ce dernier a subi les foudres de la censure et que c’est le deuxième film de Lewis qui va être plus massivement diffusé et s’octroyer donc ce statut de film culte. Mais le mérite-t-il vraiment? La réponse n’est pas aussi facile à apporter.

En faisant ce film, Herschell Gordon Lewis savait pertinemment qu’il allait avoir des soucis avec la censure et le propos profond de son film. Il est donc intéressant de le remettre dans son contexte historique, à savoir le centenaire de la guerre de sécession et les dégâts que peuvent causer de tels traumatismes. En mettant en place cette célébration dans cette ville fantôme, le réalisateur met en avant les troubles d’une guerre qui n’a laissé personne indifférent. Les gens sont devenus fous, le centenaire ne peut que se fêter dans le sang et pour montrer cette folie, il faut des innocents à tuer, de la chair fraîche qui n’a rien demandé. C’est à partir de ce fond, plutôt intéressant, que le cinéaste va tisser une intrigue bancale qui ne sera que prétexte à fournir des meurtres toutes les dix minutes, à un rythme régulier, pour ne pas ennuyer le spectateur. Et c’est bien là toute la difficulté de juger une œuvre comme 2000 Maniacs! qui propose à la fois un vrai fond intelligent, mais au service d’une intrigue débile qui ne servira qu’à enfiler des macchabées autour de jeux stupides.

Outre son aspect débile dans sa façon d’amener les meurtres, le film manque cruellement d’épaisseur et tous les personnages sont des débiles profonds, des méchants jusqu’aux gentils. Les antagonistes ne sont pas présentés, ou à peine, et ils ne sont que de simples pécores sans caractéristiques précises, ne voulant que s’amuser avec des proies bien crédules. En effet, même si on connait les prénoms de chaque victime, on en sait vraiment rien de leur vie, ils ne possèdent aucun background et ils sont même parfois complètement détestables, plus que ces paysans qui semblent prendre un plaisir fou à torturer ces pauvres hères. On aura droit à un couple « libre » qui va se faire avoir à cause de leur infidélité. On aura droit à un couple gentil mais un peu naïf et pas suffisamment combatif pour échapper à son destin. Et enfin, on aura droit au couple héroïque, qui va prendre la poudre d’escampette grâce à l’intelligence accrue du professeur. Une vision un peu héroïque de l’intelligence face à la bêtise crasse de ses fantômes cul terreux. C’est très manichéen, même si on devine que le réalisateur essaye d’injecter un peu de métaphores au sein de son métrage.

Fort heureusement, le film n’est pas qu’une assemblée de débiles dont les actions sont aussi passionnantes qu’un défilé de Miss France en burqa. L’attrait principal d’un tel film, c’est son côté gore et pittoresque, son artisanat autour de l’hémoglobine et sa générosité. On ne peut pas dire que le film mente sur sa marchandise. Effectivement, les meurtres sont gores, souvent stupides, mais réalisé avec une vraie franchise et une envie de faire bouger les choses pour l’époque. Le premier meurtre est peut-être le plus dur à voir et le plus grandiloquent. Le coup du pouce coupé et ensuite du bras n’a pas vraiment vieilli et reste toujours autant dérangeant dans sa manière d’être amené. C’est à ce moment-là que l’on voit que l’on fait face à de gros tarés qui n’ont aucune limite. Avec ce meurtre, non seulement l’infidélité est punie, mais en plus de cela, on y prend un certain plaisir malsain. L’actrice joue tellement mal que cela en est une libération. Il en va de même pour son mari qui va se faire écarteler par quatre chevaux. Bien sûr, pour cette scène, tout est hors-champ et on ne verra qu’une jambe, mal faite, tout comme les parties maquillage. Mais en l’état, le film propose de vrais jeux de massacre et c’est assez marrant de voir que cela survient toutes les dix minutes. En effet, on a droit à un meurtre, une petite saynète de dialogues par franchement nécessaire, puis un nouveau meurtre et ainsi de suite. Le film est très codifié et ne bouge jamais vraiment de cette zone de confort. Le twist final sera plutôt bien vu, même s’il demeure amené comme un cheveu sur la soupe.

Au final, 2000 Maniacs! est un film qui a marqué son époque car il est gore et c’était presque le premier à faire cela (si l’on excepte Blood Feast, censuré lors de la sortie de ce film). Herschell Gordon Lewis laisse parler sa folie tout en y injectant une pointe de réflexion sur la guerre et quelques propos réac un peu démodés (la punition par la mort de l’infidélité) pour essayer d’étayer le tout mais rien n’y fait vraiment, ce film est bête et méchant et ne procure in fine que la satisfaction de voir des personnages détestables se faire zigouiller de la pire des façons. A la fois cruel et voyeuriste, con et déluré, 2000 Maniacs! ne mérite pas son statut de film culte, mais a permis une autre vision du cinéma malgré son mauvais goût, et c’est déjà pas mal.

Note: 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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