décembre 6, 2021

Super Cash Me

Titre Original : The Greatest Movie Ever Sold

De: Morgan Spurlock

Avec J.J. Abrams, Paul Brennan, Peter Berg, Noam Chomsky

Année : 2011

Pays : Etats-Unis

Genre : Documentaire

Résumé :

Morgan Spurlock dévoile la face cachée du monde publicitaire en s’attaquant avec beaucoup d’humour à la publicité dans le cinéma et la télévision.

Avis :

Morgan Spurlock s’était fait connaître en 2004 avec Super Size me, un documentaire acide sur les fast-foods et les dangers de la malbouffe aux États-Unis. Il en résultait un film indispensable et saisissant. Son incursion dans le milieu et sa manière d’évoquer des problèmes de société sans langue de bois se rapprochent du travail de Michael Moore. Après la quête perdue d’Oussama Ben Laden et la réalisation d’un épisode spéciale des Simpsons (?!), Morgan Spurlock s’attaque à la publicité avec un nouveau documentaire dont le nom français est édulcoré pour continuer à jouir du succès de son premier métrage. The Greatest Movie Ever Sold est-il évocateur d’une franche réussite ?

L’entame se fait à coup de statistiques et autant d’informations qui donnent un aperçu général de l’ascendant des publicitaires dans l’industrie du cinéma. Des placements de produits aux lignes de dialogues clairement influencées pour vanter les mérites d’un article, le constat se révèle encore plus étonnant que les logos Apple ou Windows nous ont habitués entre deux scènes sur grand ou petit écran. En cela, la thématique est habilement choisie pour nous montrer l’envers du décor d’Hollywood puisque les producteurs n’apprécient pas de s’étendre sur le sujet. Pour ce faire, Morgan Spurlock va directement se rendre dans les agences publicitaires ou au siège des marques visées.

Pourtant, la trame atteint rapidement ses limites via une approche singulière et moins percutante qu’escomptée. La majeure partie du documentaire s’axe sur la quête de Morgan à séduire des « sponsors » pour financer son projet. Exposition de ses arguments, participation à la production et présence entre deux séquences… Le cycle se répète inlassablement alors qu’on saisit dès les premières minutes la motivation du cinéaste : trouver le budget par cette unique source d’argent. C’est un peu l’exact contraire de Terry Gilliam qui souhaitait s’affranchir du système pour réaliser ses films, en particulier son adaptation de Don Quichotte qui a débouché sur un autre documentaire : Lost in la Mancha.

Mais ne nous égarons pas et revenons à cette succession de rendez-vous, de questions identiques et de personnages antipathiques et vénaux. À force de côtoyer un univers superficiel et mercantile, The Greatest Movie Ever Sold s’oriente vers un horizon tout aussi lisse et inconsistant. De l’aveu même de son géniteur, la maîtrise de son film lui échappe. Problèmes juridiques, contraintes dues aux contrats signés chez les différents partenaires… Là où on attend une vision cynique qui ébranle les certitudes de ce beau monde, il s’y fourvoie sans retrouver la pugnacité dont il a pu faire preuve auparavant.

Il y a bien quelques intermèdes où des spécialistes (psychologues, sociologues) interviennent pour montrer l’impact sociétal sur les masses. Pour autant, ces incursions s’avèrent très prudentes face à la mainmise des publicitaires. Même constat pour l’interview d’illustres metteurs en scène. Peter Berg, Quentin Tarantino, J.J. Abrams… Tous y vont de leurs petites anecdotes, de leur regard sur l’industrie du cinéma, mais rien de notable ou susceptible de générer la polémique. Simplement une autre forme de publicité pour Morgan Spurlock. Afin de combler les vides, la trame s’égare également sur la publicité dans la vie quotidienne. Sujet qui requiert pourtant une part plus importante qu’un voyage à São Paulo ou dans les bus scolaires des écoles américaines.

Non sans humour et légèreté, The Greatest Movie Ever Sold (ou Super Cash me) tend à dénoncer l’omniprésence des publicités dans les productions cinématographiques. Pour autant, le résultat est beaucoup moins irrévérencieux que Super Size me. La faute à une progression redondante et creuse qui rend le développement de la thématique vain et moins percutant qu’escompté. Si l’ensemble reste intéressant pour s’informer, il se révèle clairement en deçà du ton ironique et sarcastique auquel il aurait pu prétendre. Une manière d’évoquer les errances d’un mode de vie consumériste sans bouleverser les consciences. Autrement dit, un spot publicitaire version longue qui aura coûté la bagatelle de 1 500 000 $ à ses commanditaires. Sans grande conséquence pour les spectateurs et les producteurs.

Note : 12/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=fXRCPObrZYs[/youtube]

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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