Labyrinthe

Titre Original : Labyrinth

De : Jim Henson

Avec David Bowie, Jennifer Connelly, Toby Froud, Shelley Thompson

Année : 1986

Pays : Etas-Unis, Angleterre

Genre : Fantastique

Résumé :

Une toute jeune fille romantique se sentant mal à l’aise dans sa famille s’évade en lisant des contes fantastiques. Son livre favori « le Labyrinthe » lui ouvre une nuit les portes d’un autre monde. Sarah voit son jeune frère, Toby, enlevé par une troupe de lutins aux ordres du séduisant et cruel Jareth. Elle part au secours de l’enfant et pénètre dans le labyrinthe qui mène au palais du ravisseur.

Avis :

Quand on évoque le nom de Jim Henson, on pense directement à deux choses. La première est bien évidemment le Muppets Show, puisqu’il est le créateur des marionnettes de Kermit et Peggy, entre autres, et qu’elles sont toujours d’actualité, prenant place encore dans des films aujourd’hui. La deuxième chose est Dark Crystal. Il s’agit du premier film qu’il coréalise avec Frank Oz, et ce sera une date majeure dans l’histoire de la Fantasy. Porteur d’un joli message, conte imaginaire épique dans un univers novateur et décomplexé, Dark Crystal continue aujourd’hui de faire fantasmer beaucoup de monde, à un tel point qu’une série sur Netflix a vu le jour. Cependant, et malgré tout l’amour que portait Jim Henson à son Dark Crystal, il lui manquait quelque chose. Il lui manquait une patte encore plus personnelle et surtout, un humour dont est friand le réalisateur. Afin de réaliser son rêve, Jim Henson va alors créer de toutes pièces un autre univers, construire un autre film, Labyrinthe, qui sera une sorte d’Alice au Pays des Merveilles en plus lugubre, avec un enjeu plus fort, tout en gardant une certaine fraîcheur et un humour dont lui seul à le secret. Et il en ressortira un sublime film, certainement son meilleur.

Le film ne perd pas trop de temps à présenter son personnage principal en la présence de Sarah jouée par Jennifer Connelly alors qu’elle n’a que 14 ans. On y voit une jeune fille solitaire, capricieuse et qui ne supporte plus son demi-frère qu’elle doit garder. Elle récite alors une comptine et il se fait enlever par des gobelins qui sont à la solde de Jareth, le roi des gobelins. Dès lors, elle va se mettre en quête de traverser le labyrinthe entourant le château pour délivrer son petit frère des griffes du méchant. Le pitch de base est très simple, une jeune fille, après un caprice qu’elle regrette, va aller chercher son petit frère pour le sauver d’une transformation en gobelin. En créant un tel scénario, difficile de ne pas y voir une certaine allégorie à Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, même si ici, il y a un vrai objectif au bout, un véritable enjeu dramatique. C’est d’ailleurs ce qui va faire le sel de ce film, l’aventure dans un milieu loufoque mais pour une noble cause. Empruntant au récit d’accumulation (à savoir, rencontrer des personnages qui vont suivre ensuite le personnage principal), Labyrinthe va parler de différents sujets relativement importants et en rapport avec la jeunesse.

En premier lieu, on va y retrouver un fort message sur l’amitié. En effet, la petite Sarah est souvent toute seule, se réfugie dans des lectures qu’elle apprend par cœur et se retrouve bien souvent esseulée dans sa chambre avec ses peluches. Baignant dans un univers fantastique (la peluche égaré s’appelle Lancelot, ce n’est pas pour rien), elle va plonger corps et âme dans un aventure déjantée dont elle seule est la clé, que ce soit dans son subconscient ou dans l’apprentissage de ses récits. Outre la solitude, Jim Henson nous montre que parfois, les réponses à nos questions sont dans nos livres, même les plus éloignés de la réalité. Cette solitude va être combattue par les rencontres de la jeune fille. Avec Hoggle le nain, Ludo le gros monstre ou encore Didymus le renard chevaleresque, elle va tisser de forts liens d’amitié et ces derniers iront presque jusqu’à se sacrifier pour sa quête alors que cela ne les regarde pas. Seule la bonté de Sarah les a fait adhérer à cet enjeu important, le sauvetage d’un bébé innocent. Cette solitude, on la retrouve aussi chez le méchant, seul « humain » parmi les gobelins et qui semble fortement s’ennuyer, prenant le désespoir de Sarah comme un amusement. L’autre message très important du film concerne la tolérance. C’est un peu plus en filigrane et moins évident à voir, mais quand on scrute un peu mieux le film, on va vite comprendre que Jim Henson nous dit qu’il faut s’aimer et s’entraider malgré nos différences (physiques ou idéologiques) et que c’est la seule façon d’avancer. Sarah se moque des apparences et c’est pourquoi ses amis sont tous bien différents. Au contraire du méchant, qui voit dans le gobelin un être inférieur qu’il peut mépriser.

Si la force de Labyrinthe réside dans son histoire assez simple mais très efficace, elle est aussi présente dans la mise en scène et les effets spéciaux grandiloquents du réalisateur. On retrouvera bien évidemment cet amour pour les marionnettes, mais aussi ce sens du détail sur les fins de plans. Jim Henson aime peaufiner son œuvre pour laisser sur une bonne impression. Les animatroniques sont incroyables, les marionnettes sont utilisées avec maestria et on se surprendra à aimer des personnages secondaires comme Didymus et son énergie débordante. C’est beau, c’est novateur et on aura une pléthore de personnages délirants, comme ce petit ver à la répartie hilarante ou encore ces êtres rouges qui peuvent retirer leur tête. Alors oui, aujourd’hui le film a un peu vieilli et les effets digitaux sont immondes, mais cela confère un charme désuet au film. Et les effets qui resteront le plus en tête sont les plus artisanaux, comme ce passage où des mains font des visages. C’est tout simplement incroyable.

Enfin, le film est incroyablement référencé. Si Alice au Pays des Merveilles est bien évidemment la première chose à laquelle on pense, le film ne va pas se cantonner qu’à cet univers. Déjà parce qu’il est plus sombre, mais aussi parce qu’il va chercher ailleurs et notamment en littérature jeunesse. Lors d’un travelling dans la chambre de Sarah, on va apercevoir l’album de Max et les Maxi Monstres de Maurice Sendak. Et comment ne pas y voir un lien immédiat avec le rêve que vit l’héroïne et le design de Ludo, ce gros monstre pataud mais terriblement gentil. On décèlera aussi un peu de Dark Crystal avec ces créatures qui ressemblent à des oiseaux et qui donc font penser aux Skekses. Dans les réactions des gobelins, on pourra y voir quelques réactions à la Gremlins de Joe Dante, notamment dans les bruitages. Didymus rappelle les contes de cape et d’épée avec son côté chevaleresque et fidèle. Et comment ne pas penser au tableau de Paul Auster dans la séquence finale avec tous ces escaliers. Bref, le film possède énormément de références, mais surtout, il les digère pour finalement trouver sa propre voie et offrir quelque chose de très novateur. Et que dire de la BO signée David Bowie, où il se régale, tout simplement.

Au final, Labyrinthe est un petit délice qui n’a pas pris une ride d’un point de vue scénario et rythme. Soutenu, drôle, magnifiquement mis en scène, on sent que Jim Henson s’éclate et a appris de ses erreurs avec le non moins sympathique Dark Crystal. Sauf qu’ici, le ton est plus enjoué, l’enjeu est plus important et le rythme est beaucoup plus nerveux, montrant tout le talent du réalisateur derrière la caméra, mais aussi derrière ses créations en latex. Si on trouvera quelques effets spéciaux complètement dépassés de nos jours, cela donne aussi du cachet à ce film qui, si on garde son âme d’enfant, n’a pas vieilli et demeure toujours autant un vrai plaisir.

Note : 17/20

Par AqME

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