Le Voyage Extraordinaire

Auteurs : Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni

Editeur : Vent d’Ouest

Genre : Aventure, Steampunk

Résumé :

Grande-Bretagne, 1927. Noémie et Émilien ne sont pas des enfants comme les autres : cousins issus d’une riche famille, ils ont passé leur enfance dans un pensionnat sans presque jamais voir leurs parents ! Enfants géniaux, ils se sont finalement habitués à cette vie indépendante, loin du fracas de la guerre, et se sont créé leur monde à eux. Lorsque les parents baroudeurs de Noémie sont de retour et envoient leurs domestiques les chercher pour qu’on les ramène vivre dans l’immense manoir familial, leur sentiment est partagé. Mais le lieu est magique, avec ses pièces remplies des inventions du père d’Émilien et ses mille endroits à explorer. Ils décident donc de tester cette nouvelle vie, d’autant qu’un mystère reste à élucider : où est donc passé Alexander, le père d’Émilien ? Sa disparition soudaine pourrait-elle avoir un lien avec la machine qu’il était en train de créer pour le concours Jules Verne ?

Avis :

Si aujourd’hui, la science-fiction est tombée dans le domaine du tout-venant, il ne faut pas oublier ses racines, qui sont purement françaises. Car on a souvent tendance à oublier que Jules Verne fut un énorme précurseur dans le genre, tout comme Georges Méliès le fut à son tour pour le cinéma. Malheureusement, la science-fiction française ne marche plus trop aujourd’hui, la faute à des producteurs frileux et à un manque de moyen et d’ambition flagrant. Fort heureusement, la bande-dessinée franco-belge relève le niveau et peut satisfaire l’assoiffé de SF qui sommeille en nous, et cela dans n’importe quel sous-domaine, que ce soit de la Hard-SF, du steampunk ou encore du Space Opéra. Dès son titre et son design de couverture, on sait que Le Voyage Extraordinaire est une énorme référence à Jules Verne et les maisons d’édition de l’époque. Et le scénariste ne va pas cacher son culte envers l’écrivain, puisque le premier cycle consiste à remporter le trophée Jules Verne. Mais si on va plus en profondeur dans cette série qui comporte aujourd’hui six tomes et deux cycles complets, on se rend compte que Le Voyage Extraordinaire est plus qu’un simple récit d’aventure à tendance steampunk.

Comme dit précédemment, la série se compose pour l’instant de deux cycles de trois tomes. Le premier cycle, rouge, présentera les personnages principaux et leur course pour gagner le trophée Jules Verne tant convoité par le père disparu de l’un des deux enfants. Le second cycle, bleu, sera une aventure intermédiaire où les personnages vont découvrir une île étrange et des artefacts d’une civilisation antique. Très clairement, les deux cycles sont très différents l’un de l’autre et s’articule autour de deux points distincts. Le premier cycle sera plus axé sur la guerre qui se prépare et sur la recherche du père d’Emilien, fervent scientifique qui fut kidnappé par le troisième axe. Le second cycle est un pur récit d’aventure sur une île étrange qui semble avoir une vie propre et on sent qu’un nouveau conflit est en approche avec l’arrivée des japonais. Bref, la série est bien plus dense qu’elle n’en a l’air et se situe entre l’aventure, la science-fiction, le steampunk et l’action.

Le scénario, globalement, va se concentrer sur deux jeunes enfants surdoués dont les parents sont aux abonnés absents. Plein de débrouillardise et de volonté d’éclaircir les mystères autour de leurs géniteurs, ces deux enfants vont vivre des aventures folles et extraordinaires, comme l’atteste le titre. On va très vite s’attacher à ses deux bambins, car ils sont toujours bienveillants et veulent toujours faire le bien autour d’eux. Peu importe les origines des gens qui les entourent, peu importe leurs enjeux, ils se font du souci pour tout le monde et tentent de contenter tout le monde. D’ailleurs, on verra au cours du premier cycle que ces enfants seront trahies, mais se feront du souci pour cette personne à la toute fin du récit, preuve de leur naïveté, mais surtout de leur bonté. Ainsi, on ressent de l’empathie pour ses deux enfants, héros bien malgré d’une grande conspiration. Les adultes qui gravitent autour d’eux sont aussi intéressants malgré tous les stéréotypes que l’on peut trouver. On aura droit aux espions, aux scientifiques de bonne foi, aux traitres, à l’homme de main taciturne, à l’allemande sur ses gardes, à l’américain tête brûlée ou encore aux japonais qui n’hésitent pas à se sacrifier pour leur patrie. Cependant, toute cette clique forme un univers enfantin assez attachant sans pour autant paraître mièvre.

Si on peut reprocher à l’histoire de tourner un peu en rond dans son deuxième cycle, Le Voyage Extraordinaire se sauve avec un rythme soutenu et des péripéties toujours plus grandiloquentes. On ne s’ennuie pas un seul instant et la lecture est fluide et rapide. D’autant plus que le scénariste explore une uchronie assez bien trouvée, avec un troisième axe armé de robots qui vient semer la zizanie dans un conflit qui gonfle de plus en plus. Cela va permettre de montrer que les tensions entre les pays ne sont pas forcément liées aux personnes et qu’il faudra collaborer pour s’en sortir malgré nos différences. Le point d’attache de tout cela est bien évidemment les enfants, innocents et toujours positifs, forgeant un groupe hétéroclite, avec allemand, américain, français, italien et japonais. Dans cette uchronie steampunk, l’autre petit plaisir que l’on aura sera de retrouver des têtes connues comme par exemple Al Capone. Ici, le célèbre gangster est un collectionneur de technologies qui s’associe avec le FBI pour contrer le troisième axe. Un personnage bien loin des clichés que l’on a l’habitude de voir. On y découvrira aussi un Paris steampunk de toute beauté, un Londres industriel ou encore un New-York urbain rétrofuturiste.

Enfin, ce qui fait tout le charme de cette BD, c’est clairement son dessin. Silvio Camboni, qui bosse aujourd’hui avec les BD Disney (c’est à lui que l’on doit Mickey et l’Océan Perdu), possède un trait tout simplement ébouriffant. Si on trouve des personnages tout en rondeur qui font très enfantin, le travail sur les décors est ahurissant. Rarement des planches n’ont été aussi sublimes et d’une précision à couper le souffle. Les plans larges sur les paysages sont impressionnants de maîtrise et de patience et on rentre pleinement dans cette histoire grâce à ces dessins époustouflants. Les superlatifs ne sont pas exagérés car c’est vraiment très beau et d’une finesse rare. Il suffit de voir le plan large sur la découverte du laboratoire secret dans le sixième tome, avec les cascades, ce mélange de robotique et de nature, c’est tout bonnement sublime. D’autant plus que cela ne tranche pas avec les dessins des personnages (toutes les femmes sont splendides), qui s’incorporent parfaitement dans ces cadres. Et lorsqu’il faut mettre de l’action, le dessin suit et c’est toujours aussi bien.

Au final, Le Voyage Extraordinaire est une très bonne série que l’on ne peut que recommander pour les amoureux de Steampunk et de récit d’aventure avec des enfants dedans. Car oui, la violence demeure lissée, le second cycle sent un peu le réchauffé, mais tout cela est largement rattrapé par un dessin d’une finesse incroyable et des planches d’une beauté à couper le souffle. Si ce n’est pas la meilleure saga Steampunk ou SF en BD, cela reste un très bon plaisir de lecture et c’est accessible aux enfants à partir de sept/huit ans, un parfait compromis pour les intéresser à la BD et à la SF.

Note : 15/20

Par AqME

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