octobre 27, 2020

La Rue de la Honte

Titre Original : Akasen Chitai

De : Kenji Mizoguchi

Avec Machiko Kyô, Ayako Wakao, Michiyo Kogure, Aiko Mimasu

Année : 1957

Pays : Japon

Genre : Drame

Résumé :

Dans une maison de tolérance du quartier des plaisirs de Tokyo, cinq femmes se vendent aux passants alors qu’une loi limitant la prostitution est sur le point d’être votée. Chacune rêve d’échapper à sa condition et de connaître une vie meilleure.

Avis :

Considéré comme l’un des maîtres du cinéma japonais, je dois avouer que je suis totalement vierge de l’œuvre de Kenji Mizoguchi. Détenant une filmographie absolument affolante, la carrière de Kenji Mizoguchi s’étale sur plus de trente ans. Plus de trente ans qui auront servi au cinéaste pour nous laisser pas moins de quatre-vingt-dix films parmi lesquels le cinéma compte pas mal de classiques.

Du cinéma du réalisateur, je n’en connaissais que la réputation et le nom, alors quand j’ai vu qu’un cinéma parisien consacrait une rétro à l’homme, il ne m’en fallait pas plus pour que je m’enferme dans une salle de cinéma. Je me suis donc arrêté sur le premier qui se dressait sur ma route (film qui se trouve être aussi le dernier de son réalisateur). Sans n’en connaître rien de son sujet, je me suis lancé et je dois dire que j’en ressors assez séduit. Séduit par cette ambiance que le réalisateur a réussi à capturer d’un Tokyo des années 50. Séduit par ses idées de mise en scène qui livre un film assez moderne, alors que j’ai pu être aussi séduit par l’aspect rétro qui se dégage de l’ensemble et bien entendu par ces acteurs et surtout ces actrices, qui sont toutes merveilleuses.

Dans une maison de tolérance du quartier des plaisirs de Tokyo, cinq femmes vendent leurs charmes au plus offrant. Alors qu’une loi visant à limiter la prostitution est sur le point d’être votée, ces femmes essaient tant bien que mal de vivre de leur métier. Mais en silence, loin du regard des clients, chacune à sa manière rêve d’échapper à sa condition et de connaître une vie meilleure. Une vie qui serait respectée, une vie qui serait « normale »…

« La rue de honte » est donc le dernier film de Kenji Mizoguchi (le cinéaste mourra peu de temps après le tournage). Pour son dernier film, le réalisateur japonais a décidé de s’arrêter sur un sujet assez difficile, puisqu’il a décidé de peindre le portrait de plusieurs femmes qui se prostituent dans le Tokyo actuel, enfin pour son époque, et le moins que l’on puisse dire, c’est que plus de soixante ans après, « La rue de la honte » fait toujours des échos à l’actualité, tant le sujet demeure encore aujourd’hui une sorte de tabou, dont on ne sait trop quoi faire avec.

Si l’intrigue en elle-même n’est pas incroyable, ce qui fait toute la richesse, l’amour, voire la passion de ce film, c’est la façon dont Kenji Mizoguchi va peindre le portrait de ces femmes. Avec « La rue de la honte« , il n’est pas question de sacraliser ou non la prostitution. Non, le but de ce film, c’est de parler d’elle à travers toutes ces femmes et la façon que chacune peut avoir de vivre cette vie. Ainsi, à travers ce sujet brûlant, le réalisateur livre surtout des portraits qui vont être tendres et justes. « La rue de la honte« , c’est un film qui vise à parler de l’humain et plus que de parler de la condition de ces femmes, le cinéaste a choisi de parler de leur envie de s’en sortir (ou pas). Le film, et surtout l’intrigue, passe donc d’une femme à l’autre, sans vraiment de ligne directrice, si ce n’est parler de ces femmes et si, parfois, il est vrai que le film peut avoir tendance à traîner sur la longueur, sur l’ensemble, la façon simple, pudique et en même temps sans langue de bois, que le cinéaste peut avoir pour peindre ces femmes, fait qu’on se laisse emporter et surtout on se laisse toucher par ces personnages.

À cette peinture, on ajoutera alors une très jolie mise en scène. Une de celle qui est raffinée. Une mise en scène qui est à l’image des portraits que le réalisateur offre ici. Il y a quelque chose de très moderne qui se dégage de l’ensemble, d’ailleurs le film n’a pas tant vieilli que ça. Les tableaux sont très beaux, la photo est élégante, Kenji Mizoguchi capture très bien l’ambiance de cette rue des plaisirs, et en même temps, il arrive à livrer un film très intime qui s’approche au plus près de ces femmes, de leurs vies, de leurs choix.

Puis à cette modernité, il se conjugue un joli cachet rétro, car si le film n’a pas vraiment vieilli, il demeure toutefois ancré dans son époque et cette association des deux donne quelque chose de vraiment intéressant. Seul petit bémol, hormis le fait que le film traîne un peu trop sur la longueur parfois, c’est cette BO très étrange et totalement en décalage, qui a tendance à nous sortir de notre séance, tant ces notes ne vont pas vraiment avec l’ensemble.

Cette première incursion dans le cinéma de Kenji Mizoguchi, si elle n’a pas été aussi incroyable que la réputation de son auteur, ne m’aura pas laissé de marbre et j’en ressors séduit. Intéressant aussi bien dans le portrait que Kenji Mizoguchi fait de ces femmes, que comment il en dresse le portrait, « La rue de la honte » est un bon film et une jolie découverte, qui me donne très envie de découvrir le travail de son réalisateur.

Note : 14/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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