novembre 30, 2020

Lovecraft Country – Matt Ruff

Auteur : Matt Ruff

Editeur : Presses de la Cité

Genre : Fantastique

Résumé :

Chicago, 1954. Quand son père, Montrose, est porté disparu, Atticus, jeune vétéran de la guerre de Corée, s’embarque dans une traversée des États-Unis aux côtés de son oncle George, grand
amateur de science-fiction, et d’une amie d’enfance. Pour ce groupe de citoyens noirs, il est déjà risqué de prendre la route. Mais des dangers plus terribles les attendent dans le Massachusetts, au manoir du terrible M. Braithwhite… Les trois comparses retrouvent en effet Montrose enchaîné, près d’être sacrifié par une secte esclavagiste qui communique avec des monstres venus d’un autre monde pour persécuter les Noirs. C’est la première de leurs péripéties… Dans l’Amérique ségrégationniste, Atticus et ses proches vont vivre des aventures effrayantes et échevelées, peuplées de créatures fantastiques et d’humains racistes non moins effroyables.

Avis :

Matt Ruff est un auteur américain assez controversé de par chez nous, dans le sens où ses romans n’ont pas trouvé un succès critique faramineux. On peut même dire qu’il a du mal à décoller malgré une plume acerbe et des genres divers et variés comme le fantastique, le burlesque ou encore la science-fiction. Lovecraft Country est son dernier roman en date et il est le premier à sortir chez l’éditeur Les Presses de la Cité. Acclamé par la critique aux States, à un tel point que la chaîne HBO a demandé à Jordan Peel d’en faire une série, le roman de Matt Ruff semble moins plaire ici. Le principal reproche que l’on fait au roman est d’afficher haut et fort le mot « Lovecraft » sans pour autant faire peur dans son récit. Mais doit-on juger un livre à son titre et comparer cela à l’intérieur ? Ce n’est pas parce que tu n’as pas eu peur comme tu t’y attendais à cause du titre que le roman est forcément mauvais. D’autant plus que l’écrivain va brasser divers thèmes à travers plusieurs petites histoires avec les mêmes personnages, qui se regroupent dans un final à la fois drôle et fantastique, tout en y incorporant un joli message sociétal. Bref, une réussite.

Lovecraft Country est un roman qui n’est pas divisé en chapitre, mais plutôt en petites histoires qui reprennent les mêmes personnages, ou des personnages issus de la même famille, pour les regrouper dans le dernier segment, face à une menace commune. On commence donc l’histoire avec Atticus, un jeune noir dont la mère est décédée, et qui reçoit un courrier de son père, parti à la recherche des origines de sa mère. Il entreprend alors un voyage à travers les Etats-Unis pour retrouver son père. Il est accompagné de son oncle, le frère de son père, et d’une amie de la famille, Letitia. Cependant, ce voyage ne sera pas une sinécure, car nous sommes en 1954, et les personnes de couleur n’ont aucun droit. Ainsi donc, les racistes, les fachos et autres tarés vont mener la vie dure à Atticus et à ses proches. Ceci est le tout début de l’histoire, qui place un contexte historique important, des héros noirs au sein d’une communauté qui ne les accepte toujours pas. Le message de Matt Ruff est on ne peut plus clair, posant un constat affreux dans une Amérique qui n’a pas tant changé que ça. Ce constat se focalisera aussi sur la place des femmes et sur la différence des droits entre une femme de couleur et une femme blanche. L’un des segments met en avant une jeune femme noire qui va boire une potion la rendant blanche et rousse durant toute une journée. Les effets seront immédiats au niveau de la population. Un regard intelligent donc qui pointe du doigt les différences de chance.

Et c’est peut-être là le plus important dans ce roman, la place du racisme et l’égalité des chances au sein d’une histoire qui mêle habilement fantastique, horreur et comédie. Car Matt Ruff sait manier sa plume comme il faut et arrive à alterner des moments effrayants avec des passages plus légers, qui permettent de souffler. Non pas que le roman fasse peur, il arrive juste à créer une ambiance ésotérique si chère à Lovecraft qui est cité en couverture. On aura droit à des créatures tellement ombreuses qu’elles en deviennent indescriptibles, à des sorciers avec leur loge qui essayent tant bien que mal de faire venir des grands anciens dans notre monde ou encore à de la magie avec des poupées maléfiques et des personnes qui sont immunisées contre la violence. Bref, un univers riche et varié qui ne se crée pas de limites dans le fantastique, laissant les protagonistes qui n’y croient pas sur le carreau et donnant lieu à des moments plutôt drôles. Le seul défaut que l’on pourrait trouver à ce roman, c’est qu’il est parfois un peu longuet et qu’il brasse tous les genres que l’on connait déjà. Les cultistes, les maisons hantées, les poupées vaudous vivantes, les potions magiques, bref, tout une imagerie propre au fantastique des années 50.

Mais ce n’est pas tout. Le roman est ultra référencé. On y cite bien entendu Lovecraft, qui sera la principale source d’inspiration du livre, mais aussi Burroughs et son John Carter et d’autres auteurs de science-fiction. Ces références se ressentent tout au long du roman mélangées à des choses plus récentes, car il est difficile de ne pas penser à Get Out de Jordan Peele justement, ou au plus récent Us. Des personnages de couleur, héros d’histoires incroyables face à d’autre menaces plus terre à terre. Le plus étrange dans cette lecture, c’est que le rythme est relativement soutenu, mais l’on ne peut s’empêcher d’y trouver des moments un peu trop longs. A titre d’exemple, on peut citer le segment dans l’observatoire qui va mener l’héroïne vers une planète étrange où une personne y vit depuis plus de cinquante ans. C’est long et pas forcément intéressant malgré la présence de Scylla, une bête dévoreuse d’hommes. Certaines choses se répéteront aussi, puisque le méchant de l’histoire, Caleb Braithwhite, va à chaque fois demander des services aux héros, pour aller chercher tel livre ou tel livre. C’est répétitif et cela même si ça fait avancer l’histoire et le fond du problème, avec les différentes loges et leurs maîtres aux dents longues.

Au final, Lovecraft Country est un roman très intéressant qui essaye de mêler de façon intelligente le fantastique et l’horreur à quelque chose qui du fond et qui veut dénoncer un racisme évident qui n’a pas vraiment disparu depuis les années 50. Matt Ruff s’applique à rendre tout cela assez crédible tout en rendant un hommage appuyé à Lovecraft et consorts dans des histoires qui ne font pas peur, mais qui sont respectueuses d’un univers commun, celui du fantastique qui s’invite petit à petit dans le réel. Mais qu’est-ce qui est le plus effrayant, l’homme ou le monstre ?

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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