octobre 26, 2020

La Planète des Singes

Titre Original : The Planet of the Apes

De: Franklin J. Schaffner

Avec Charlton Heston, Roddy McDowall, Kim Hunter, Maurice Evans

Année: 1968

Pays: Etats-Unis

Genre: Science-Fiction

Résumé :

Egaré dans l’espace-temps, un engin spatial américain s’écrase en 3978 sur une planète inconnue. Les astronautes Taylor, Landon et Dodge découvrent que les hommes primitifs de cette planète mystérieuse sont placés sous le joug de singes très évolués…

Avis :

Il est très commun de voir des romans se faire adapter au cinéma. C’est même devenu une sorte de manie de sortir des best-sellers en film, histoire d’engranger encore plus d’argent dessus. Si Stephen King fait partie des auteurs à avoir le plus d’adaptations au cinéma, d’autres ne sont pas en reste. Et si on veut être chauvin, il est difficile de ne pas citer Pierre Boulle, natif d’Avignon, à qui l’on doit en premier lieu Le Pont de la Rivière Kwaï, puis La Planète des Singes, deux gros succès mondiaux, aussi bien en librairie qu’au cinéma. Et aujourd’hui, on va s’intéresser de plus près à la Planète des Singes, datant de 1968, avec un Charlton Heston en grande forme. Un film qui n’a pas pris une ride, qui demeure toujours autant d’actualité et qui s’avère d’une grande intelligence. Alors tentons de voir pourquoi ce film est une réussite, et en quoi il fonctionne encore de nos jours, alors qu’il a plus de cinquante ans.

Le début nous montre un équipage dans une navette spatiale et l’on comprend, à travers le monologue du héros, qu’ils vont faire un long voyage vers une autre planète et que cela va durer plus de 2000 ans. Cependant, suite à une avarie, le vaisseau s’écrase sur une planète et la seule femme de l’équipage meurt à cause d’un trou dans son cocon. Les trois scientifiques restants décident alors de sortir et de visiter cette planète à la recherche d’éléments vivants. Cette introduction n’est pas anodine et va servir à présenter les caractères de chaque personnage. Ainsi donc, Charlton Heston est un rebelle, sûr de lui et qui ne voit en l’humanité qu’une triste étendue d’imbéciles avec laquelle il n’a aucun problème à se séparer. On aura droit à Landon, un scientifique un peu peureux, mais qui suit dans l’espoir de devenir connu dans un futur hypothétique. Enfin, Jeff Burton, qui joue Dodge, sera le calme du groupe, mais aussi celui qui sera le moins développé, et pour cause quand on sait ce que lui réserve la suite. Ainsi donc, cette longue introduction présente une planète qui ne semble pas hostile et trois personnages aux caractères affirmés, leur donnant une certaine épaisseur et permettant de ressentir une certaine empathie pour eux. Tout du moins pour le personnage joué par Charlton Heston.

Au moment de la rencontre avec les primates, c’est une surprise pour les protagonistes, mais pas pour nous, évidemment, le titre du film étant suffisamment clair. La surprise viendra surtout de l’inversement complet des rôles. Ici, les humains sont des bêtes sauvages dénués de paroles et qui pillent les réserves des singes pour se nourrir. Les singes, quant à eux, maîtrise l’équitation et les armes, afin de réduire en esclavage les humains, de faire des expériences sur eux, ou encore de les tuer tout simplement. Et c’est bien là que le film devient très intéressant, pour ne pas dire passionnant. En effet, cet inversement va permettre de bien étudier l’homme à travers le singe. Les scientifiques se posent de bonnes questions, mais ils sont souvent sujets à moquerie et sont freinés par un gouvernement croyant et qui ne veut pas que leur mainmise sur le monde soit remise en question. En faisant comme cela, Franklin J. Schaffner, en utilisant la base de Pierre Boulle, interroge sur l’humanité en elle-même, sur ses croyances, sur ses recherches et sur son aveuglement quant à certaines remises en questions. C’est là que le film est intelligent, proposant d’utiliser l’animal pour parler de l’homme et ses démons intérieurs.

Le film va alors devenir un long procès pour que Charlton Heston puisse retrouver sa liberté. Malheureusement pour lui, il va devenir le seul humain intelligent et certains singes hauts placés vont lui mettre des bâtons dans les roues. Humiliation, torture, insulte, violence, il va avoir droit à tous les mépris et il va souffrir, comme une bête souffre lorsqu’on l’étudie ou fait des études pharmaceutiques dessus. Il devient un véritable rat de laboratoire, pointant du doigt de façon plus précise la maltraitance animale chez nous, en ce moment. Car oui, à travers ce récit, c’est notre monde qui est observé et montré. Les singes ne sont que notre miroir, notre reflet d’une société qui part à vau l’eau et qui ne veut pas être remise en question de peur d’avoir eu tort sur toute la ligne. La religion devient alors un fléau, la justice est corrompue et tout le système promet des heures sombres. Seul lumière dans cette noirceur, la présence de deux scientifiques qui décident de poursuivre leur recherche sur le passé de leur planète et une jeune femme, sublime, (Linda Harrison, miss Maryland en 1965, est d’une beauté transcendante) qui sera la bouée de sauvetage d’un Charlton Heston qui se rend compte qu’être seul n’est pas un bonheur.

Et au-delà du message puissant de ce film, au-delà de son déroulement intelligent qui fait osciller le film entre science-fiction, aventure et anticipation, c’est bien la mise en scène et les effets spéciaux qui confère aussi cette aura intemporelle au film. Franklin J. Schaffner s’amuse avec les codes du genre et livre une belle prestation qui est aussi impressionnante par moments qu’intimiste quand il faut rentrer dans cette petite cage où vit le héros. Certaines séquences sont carrément cultes, comme la tentative d’évasion de Charlton Heston, et d’autres sont même rentrées dans l’imaginaire collectif, comme cette fameuse statue de la liberté en bord de plage. Quant aux maquillages, ils fonctionnent encore aujourd’hui. L’expression passe vraiment par le visage et il y a donc une humanité qui se dégage de chaque primate. C’est très intéressant à voir aujourd’hui, où tout est numérisé, et franchement, le film n’a pas pris une ride, aussi bien dans son message que dans son visuel.

Au final, La Planète des Singes reste un très grand film de science-fiction et un très grand film tout court. Aussi intelligent que beau, le film de Franklin J. Schaffner ne souffre pas des affres du temps et résonne encore aujourd’hui comme d’actualité, notamment dans son point de vue concernant l’humanité, une idée qui n’a pas bougé en plus de cinquante années, et cela fait légèrement frémir… Bref, un chef-d’œuvre.

Note : 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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