décembre 3, 2021

Ton Monde Vaut Mieux que le Mien – Françoise-Marie Santucci

Auteure : Françoise-Marie Santucci

Editeur : J’ai Lu

Genre : Thriller

Résumé :

Amy Saint, jeune et brillante ingénieure, a quitté Paris pour Los Angeles, où elle développe une application de réalité virtuelle qui pourrait révolutionner notre quotidien et rapporter des fortunes. Mais Amy découvre bientôt qu’à Hollywood, c’est l’immobilier qui tient la ville. L’immobilier et ses scandales, qui la rapprochent peu à peu de son but secret. Car Amy n’est pas là par hasard : elle a rejoint le Californie pour se venger d’un terrible drame qui remonte à son enfance en Côte d’Ivoire. Tiraillée entre son ambition, son passé et une histoire d’amour naissante, arrivera-t-elle enfin à surmonter ses démons.

Avis :

Françoise-Marie Santucci est une journaliste de renom qui a été rédactrice en chef pour Next, le supplément culturel et mode de Libération, puis pour le magazine Elle. Forte d’une expérience dans la rédaction, elle décide de se lancer dans l’écriture de romans en 2018 avec ce premier jet, Tom Monde Vaut Mieux que le Mien. Un premier roman qui prend des allures de thriller et qui navigue constamment entre la langueur propre au drame chaud et la moiteur d’un thriller hard boiled. Pour autant, ce roman contient aussi des parts de vérité, notamment sur une partie se déroulant en Côte d’Ivoire, la journaliste ayant grandi à Abidjan, ce qui trouve une drôle de corrélation avec l’héroïne de son roman dont les tourments proviennent d’une enfance compliqué et traumatisante. Dit comme ça, on pourrait donc croire que ce premier roman à tous les atouts pour être un bon thriller, et même s’il n’est pas mauvais, on notera un énorme manque d’équilibre entre l’histoire de la vengeance, qui ne tient pas debout, et l’évolution d’Amy, une jeune femme qui se découvre en sillonnant les rues de L.A.

L’histoire se focalise principalement sur Amy, une jeune française ayant grandi à Abidjan et travaillant à Los Angeles pour le compte d’une entreprise française bossant dans la réalité virtuelle. Amy est célibataire, elle est belle et se cherche encore, surtout avec tout le temps qu’elle donne à son travail, voulant intégrer la réalité virtuelle dans l’immobilier de luxe. Mais Amy cache un lourd passif et surtout, elle n’est pas à L.A. par hasard, puisqu’elle est motivée par la vengeance. Dès les premières pages, on nous annonce qu’elle est là pour tuer François. Bien évidemment, plus l’histoire avance et plus on va comprendre pour Amy en veut à François, bien que cela ne soit pas très clair. Et c’est bien là le point faible du roman qui n’arrive pas à créer des enjeux puissants pour justifier la vengeance. Certes, le passé d’Amy n’est guère reluisant et on peut aisément comprendre qu’elle souffre, mais cela ne justifie jamais sa volonté de tuer cet homme. Un homme qui sera vite identifié puisque c’est le seul François du roman, histoire de ne pas brouiller les pistes. L’aspect thriller ne dure alors que quelques pages, à la fin, lors de la révélation finale, déstructurant finalement tout le bien que l’on pouvait penser d’Amy.

Et c’est très intéressant de voir à quel point il est facile de détruire un personnage en quelques pages. Car au départ, Amy est très empathique. Elle est un peu paumée, mais tombe amoureuse, découvre son homosexualité (une projection de l’auteure dont on retrouve beaucoup d’accointances), se fait de nouveaux amis avec qui elle partage des restos et des soirées. Elle mène une vie assez banale et évolue dans un lieu privilégié où il fait bon vivre. Elle se découvre alors, s’ouvre aux autres et on peut facilement s’identifier à cette personne. Malheureusement, le secret qu’elle garde au fond d’elle est tellement égoïste et injuste envers la personne qu’elle veut tuer que toute sa psychologie s’écroule et on découvre quelqu’un de peu attachant, presque de psychotique. Fort heureusement, les personnages secondaires viennent égayer tout ça. Roberta, journaliste sur la défensive depuis son éviction de certains journaux, est un personnage crédible et attachant dans sa façon d’être et dans l’amour qu’elle porte à Amy. John, que l’on imagine rédacteur pour Konbini, fan de rap et de hip-hop, tombant amoureux d’Amy, est un peu gauche, peu sûr de lui, mais il va aussi connaître une évolution logique et apaisante. Tout cela participe au bon ressenti de l’œuvre, délaissant un peu Amy et son égocentrisme.

Cependant, là où le roman est très réussi, c’est dans son ambiance globale. Los Angeles est très bien décrite, parfois même un peu trop avec tous les noms des rues et des routes, mais on ressent une atmosphère délétère et très étrange. Entre la chaleur, la pollution et le mode de vie des américains, on a vraiment l’impression d’y être. On apprend des choses, tout comme on découvre une ville en proie à une crise immobilière sans précédent, avec des constructions de luxe qui détruisent tout simplement cette cité portuaire. L’auteure a une très belle plume et l’ensemble se lit de façon très fluide, sans accrocs et on s’y croirait presque. Cette atmosphère, un peu suffocante, dans un milieu un peu bobo, permet de se projeter dans une ville qui perd peu à peu de son charme. Les passages à Abidjan sont quant à eux assez glaçants. Outre le fait que visiblement, être blanc dans cette ville n’est pas forcément un atout, on ressent un danger imminent et une peur de l’autre qui ne donne pas envie de faire du tourisme en Côte d’Ivoire. Est-ce là le ressenti de l’auteure sur cette ville où elle a passé son enfance ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, si la partie vengeance et thriller ne tient pas vraiment debout, l’autre versant, l’aspect plus tranche de vie/drame/romance, fonctionne à plein régime.

Au final, Ton Monde Vaut Mieux que le Mien, le premier roman de FM Santucci, n’est pas une très grande réussite dans sa principale thématique à savoir le thriller. On navigue plus sur du drame/romance en plein L.A. et cette partie-là est par contre très intéressante et relativement bien écrite. On y retrouve d’ailleurs un peu d’Ann Scott et de son Cortex (auteure citée dans le roman), avec un Los Angeles un peu à la dérive, brisant plus que les rêves que ce qu’elle les élève, et le dépaysement est garanti. Bref, un roman agréable, sympathique, mais qui reste un peu trop en surface quand il veut créer le malaise et susciter de la peur.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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