Les Révoltés

Titre Original : Outside the Law

De : Tod Browning

Avec Priscilla Dean, Lon Chaney, Ralph Lewis, E. Alyn Warren

Année : 1920

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

A San Francisco dans le quartier de Chinatown, un couple vole des bijoux et décide ensuite de se ranger afin de vivre honnêtement. C’était sans compter sur le redoutable chef de gang Black Mike, bien décidé à se venger…

Avis :

Pour Tod Browning, les années 1920 constituent une avancée majeure dans sa carrière. Quelques mois après le succès de La vierge d’Istanbul, le cinéaste récidive avec Les Révoltés. Considéré comme un véritable « blockbuster » pour l’époque, ce métrage bénéficie de moyens conséquents et d’une campagne de communication sans précédent. L’engouement est tel qu’Universal effectue une ressortie vers 1925/1926 avant de produire le remake et de confier à nouveau la réalisation à Tod Browning. Toujours est-il que la version de 1920 se révèle novatrice à bien des égards. Cela vaut autant pour les techniques de mise en scène de son géniteur que pour sa manière d’insuffler les prémices d’un genre à part entière.

Au vu des tenants de l’intrigue, il est difficile de ne pas songer à The Wicked Darling qui, l’année précédente, s’avançait comme un drame social de qualité. On distingue également cet intérêt pour le milieu criminel avec un trio peu scrupuleux dans leur présentation. Par ailleurs, on retrouve Lon Chaney dans un double rôle et Priscilla Dean, deux acteurs fétiches de Tod Browning. Le scénario use d’un événement perturbateur semblable avec un vol de bijoux. À cela s’ajoute une propension évidente à filmer dans un cadre nocturne. La principale différence étant que le présent métrage dispose de reconstitutions de décors dans les studios Universal, y compris pour les plans extérieurs.

Les similarités sont troublantes et, dans un premier temps, tout semble indiquer que l’on a droit à deux productions identiques. La présence de Lon Chaney n’y est pas étrangère puisqu’il offre une véritable continuité à sa composition précédente. Si l’on dénote toujours un aspect social et sociétal assez prépondérant au fil de l’histoire, ce point tend à s’effacer pour délimiter les fondamentaux d’un genre qui connaîtra ses heures de gloire dans les années 1930-1940 : le film de gangsters. Le duo de voleurs s’apparente à un couple de type « Bonnie & Clyde » avant l’heure au regard de leur complicité dans le crime. Bien sûr, cela ne correspond pas à un éventuel road-trip sanglant ou à une quelconque violence.

La tonalité reste sur une image fantasmée, un rien naïve, du profil des criminels. Celui-ci se fonde essentiellement sur leur honneur et leur capacité à se remettre en question en considérant leur victime lésée. À l’époque, la morale bien-pensante impose une codification manichéenne assez sommaire. Pourtant, Tod Browning parvient à s’en affranchir avec plus de facilités dans d’autres de ses projets. Toujours est-il que l’on découvre des individus dans l’attente, puis minés par le remords et la culpabilité. L’intrigue se scinde donc en trois parties : l’élaboration du vol et sa mise en pratique, la planque et les introspections qui en découlent, puis cette volonté de repentance.

À ce titre, l’appartement possède un effet cathartique, car la réflexion supplante l’ennui chez les protagonistes. La présence d’une famille « standard » et les visites régulières de leur enfant n’y sont pas non plus étrangères à ce revirement de points de vue. S’il est vrai que la progression semble attendue, il n’en demeure pas moins intéressant de constater les conséquences à court terme et la potentielle opportunité de rédemption qui s’ouvre à eux. Dans cette logique, le film délivre un message optimiste qui, sous couvert de quelques préceptes du confucianisme, démontre que le milieu social n’est pas une fatalité, mais un moyen de s’élever au-dessus de sa condition. Pour simplifier à l’extrême, l’individu peut vraiment changer.

Au final, Les Révoltés est bien plus qu’un métrage embryonnaire dessinant les contours du film de gangsters. Bien entendu, on remarque déjà les bases évidentes du genre, comme le cadre nocturne, les personnages peu recommandables et une succession d’événements perturbateurs. Ce film est aussi l’occasion pour Tod Browning d’affirmer son style et sa mise en scène. Sa prédilection pour la marginalité est vivace. L’environnement urbain et son impact sociétal occupent également une place importante. Cela permet de disposer d’une progression pas forcément dynamique, mais d’une grande sensibilité dans ses connotations sous-jacentes. Parfois simpliste à certains égards, Les Révoltés n’en demeure pas moins un métrage notable qui, d’un point de vue esthétique, présageait déjà de l’engouement art déco dans les années 1920.

Note : 14/20

Par Dante

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