avril 15, 2021

Les Orphelins de Métal – Padraig Kenny

Auteur : Padraig Kenny

Editeur : Lumen

Genre : Steampunk

Résumé :

Christopher a beau être orphelin, il fait l’envie de tous ses amis… des amis bien particuliers, puisque ce sont des robots ! C’est que, contrairement à eux, il est ce qu’on appelle un Authentique : un être humain doté d’une âme, une vraie. Apprenti auprès d’un inventeur malhonnête, Absalom, le garçon observe avec consternation les manigances de son mentor, et passe ses soirées à enchanter ses camarades de métal avec les rares souvenirs qui lui restent d’avant – avant l’incendie qui lui a enlevé ses parents. Malheureusement, l’escroc se double d’un menteur… Absalom dissimule depuis des années un étonnant secret !

Quand la vérité éclate par une froide journée enneigée, le destin de Christopher est bouleversé à jamais. Enlevé par de parfaits inconnus, il part – enfin – à la découverte de lui-même. Mais c’est sans compter sur ses compagnons, qui ne l’entendent pas de cette oreille. Parmi eux, Lapoigne, un géant mécanique muet, Manda, petite fille perdue dans un monde qu’elle ne comprend pas, ou encore Rob, qu’Absalom n’a jamais vraiment terminé. Bien décidée à rattraper Christopher, la joyeuse bande se lance à sa poursuite sur les routes à bord d’une camionnette dérobée à leur créateur…

Avis :

De nombreux lecteurs adultes se refusent à lire de la littérature jeunesse. Cela est bien évidemment un tort, mais on peut en comprendre les raisons. En premier lieu, on peut craindre une histoire pas forcément intéressante, très stéréotypée et qui brasse des thématiques universelles un peu vues et revues. On peut aussi craindre un style d’écriture enfantin, loin de certaines tournures qui vont restent en tête pendant plusieurs années. Enfin, on peut aussi être rebuté par la couverture et l’univers proposé. Entre du médiéval fantastique édulcoré, de l’adaptation de jeux vidéo ou de séries à succès ou encore de la romance lycéenne, on peut avoir peur de ce qui nous tombe sous les yeux. Mais se refuser la littérature de jeunesse, c’est aussi passer à côté de choses subtiles et très intelligentes. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que certains grands écrivains s’y sont essayés, comme Marguerite Yourcenar (Comment Wang-Fô fut Sauvé), J.R.R. Tolkien (Le Fermier Gil de Ham) ou encore Daniel Pennac (la série des Kamo) et Stephen King (Les Yeux du Dragon). Avec Les Orphelins de Métal, on tombe pile poil dans l’entre-deux, avec un récit assez enfantin, une histoire presque basique dans ses rouages, mais se déroulant dans un univers déroutant, avec pour thématique un mélange intéressant du Magicien d’Oz et d’un conte proche d’Asimov.

Le roman nous propose de suivre les aventures d’un petit groupe de robots, qui sont plus proches des androïdes, qui veulent retrouver leur ami Christopher qui s’est fait kidnapper. Dans ce groupe, on retrouve Lapoigne, un gigantesque robot à la force colossale, Manda, une androïde enfant qui se trimballe son doudou sans trop comprendre ce qui se passe autour d’elle, Rob, un gros robot enfant relativement innocent, Jack, le meilleur ami de Christopher et Estelle, une humaine qui excelle dans la fabrication de peau artificielle. Ce petit groupe part à la recherche de Christopher qui serait un Authentique, c’est-à-dire un robot doté d’une âme. Pour le retrouver, ils vont chercher son fabricant, le grand Cormier, qui s’est enfermé dans sa cité de métal pour vivre loin des humains. Cette fine équipe va aller tout faire pour retrouver cet authentique et révéler bien des secret. La principale force de cette histoire, c’est qu’elle propose quelque chose d’original qui s’ouvre sur quatre règles élémentaires dans la fabrication des robots. Une fois ces quatre règles assimilées, on va vite voir que certains inventeurs ne les ont pas suivies à la lettre et que deux entités bien distinctes vont se battre. D’un côté, on aura droit au gentil et à ses robots serviles et utiles qu’il considère comme ses enfants. De l’autre, on aura droit au méchant qui veut connaître les secrets de fabrication des authentiques pour faire des armes de guerre. Très manichéen dans sa façon de faire, le roman surprend cependant par son aspect dichotomique, laissant toujours planer un doute sur les intentions de chacun.

Ainsi donc, l’histoire va nager en eaux troubles durant une bonne partie du récit, laissant le lecteur avec un sentiment partagé, ne sachant jamais vraiment les intentions des personnages. Certains cachent bien leur jeu, d’autres sont francs et tout ce petit monde évolue dans un univers frais, un peu triste, mais qui peut servir de base à d’autres histoires. En effet, Les Orphelins de Métal propose un univers steampunk où la vallée de l’étrange n’est jamais bien loin. Robots et humains évoluent ensemble, mais on retrouvera une cité faite de bric et de broc où tous les robots déchus se retrouvent, donnant un sentiment d’abandon fort et créant une atmosphère presque malsaine. L’auteur, irlandais, possède une plume simple et efficace qui permet de rapidement se plonger dans un univers, surtout si ce dernier est sombre et inquiétant. Pour autant, la démarche du bouquin est maline car elle interroge sur plusieurs choses, comme la place de l’homme ou encore la présence d’une âme au sein d’un objet mécanique. Ici, certains robots sont conscients de leur nature et d’autres ignorent qu’ils sont des robots, ce qui est le cas de Christopher dans le roman. Un sujet intelligent et profond, que l’on retrouve peu dans la littérature de jeunesse. Des questionnements qui amènent à réfléchir sur la nature humaine, sur sa propension à faire le mal et de transmettre cela à des machines. Derrière ses atours colorés, le roman cache un sujet intelligent et parfois sombre.

Un aspect sombre qui est renforcé par un final épique et glaçant qui laisse là aussi le cul entre deux chaises. Car d’un côté, on aura la joie des retrouvailles, la morale qui donne du baume au cœur et même un moment de grâce qui donne les larmes aux yeux, mais d’un autre côté, on aura droit à un chapitre froid, dur, qui ne laisse place à aucune pitié ou rédemption. Un moment nihiliste au possible qui colle assez mal finalement à un livre à partir de dix ans. Mais on peut aussi émettre des guillemets à cette fin, qui correspond finalement bien à la psychologie de l’un des personnages. Néanmoins, Les Orphelins de Métal n’est pas exempt de défauts. Certains personnages, comme Absalom au début, disparaissent et ne reviennent jamais au sein de l’histoire. Il en sera de même pour George l’araignée mécanique, dont on ne connaîtra jamais le sort. Il manque quelques petites choses de-ci de-là pour rendre le récit plus épais et plus cohérent, même si on reste dans le haut du panier en matière de science-fiction pour les jeunes lecteurs.

Au final, Les Orphelins de Métal est une agréable surprise et vient un petit peu chambouler les récits parfois trop enfantins de la littérature de jeunesse fantastique (incorporant du coup l’horreur, la SF, le thriller, etc…). Loin des carcans habituels si ce n’est dans son style d’écriture assez épuré et sa longueur (malgré les 345 pages, ça se lit très très vite), ce roman édité par Lumen tient toutes ses promesses et livre une histoire épique avec une jolie morale à la fin, allant même jusqu’à questionner sur notre humanité. Un sympathique roman que l’on conseille donc.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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