novembre 26, 2022

Sherlock Holmes et les Protocoles des Sages de Sion – Nicholas Meyer

Auteur : Nicholas Meyer

Editeur : L’Archipel

Genre : Polar

Résumé :

Janvier 1905. Sherlock Holmes et le Dr John Watson sont appelés par Mycroft, le frère du célèbre détective, pour mener une enquête top secret. Le corps d’une agente des Services secrets britanniques a été retrouvé dans la Tamise. Sur elle, des documents détaillant un complot visant à dominer le monde, se fondant sur les Protocoles des Sages de Sion ! Holmes et Watson, accompagnés d’une énigmatique jeune femme, embarquent alors à bord de L’Orient-Express depuis Paris pour rejoindre la Russie des tsars, d’où proviennent ces documents explosifs. Car une question se pose : sont-ils authentiques ? Ou est-ce un faux forgé par les services secrets russes ? Mais, à leurs trousses, se lancent des adversaires déterminés à les empêcher de parvenir à leurs fins. Par tous les moyens. Sans doute l’enquête la plus périlleuse du plus célèbre des détectives anglais.

Avis :

Pour bon nombre d’auteurs, Sherlock Holmes demeure une source inépuisable d’inspiration. On ne compte plus les adaptations télévisuelles et cinématographiques, sans oublier les pastiches littéraires pour prolonger le plaisir du canon holmésien. Avec une telle profusion créatrice, on a droit à des œuvres aux qualités fluctuantes. Ainsi, les itérations les plus probantes côtoient les incursions à l’opportunisme douteux, laissant perplexe quant à la véritable motivation de leur géniteur. Sous forme de romans, on songe notamment à Sherlock Holmes & le Complot de Mayerling et Moriarty – Le chien des d’Urberville. De sinistre mémoire, s’il en est…

Avant de se pencher sur l’intrigue elle-même, il est bon de rappeler que Nicholas Meyer est loin d’être un débutant. En parallèle de sa carrière de réalisateur et de scénariste, on lui doit aussi trois enquêtes sur le détective de Baker Street, dont La Solution à 7 %. Près de 26 années séparent le présent ouvrage de sa dernière tentative en la matière. Il s’agit même de son seul roman durant cet intervalle de temps. Une sorte de « grand hiatus » dont le retour surprend dans le bon sens du terme, du moins de prime abord. Le matériau de base étant ce qu’il est, on part néanmoins sur un bon a priori pour appréhender cette nouvelle affaire.

Comme d’innombrables ouvrages avant lui, Sherlock Holmes et les protocoles des sages de Sion use de la sempiternelle introduction où l’auteur se met en scène lui-même. Il découvre un manuscrit secret ou oublié du Dr Watson et décide de le publier à sa manière. Le procédé est éculé au possible et ne floue personne quant à sa véritable portée. Par la suite, on remarque toutefois que Nicholas Meyer emploie cette méthode pour multiplier les notes en bas de page. Soit dit en passant, lesdites références sont verbeuses au possible. Elles alourdissent la narration de palabres dispensables, de précisions inutiles, voire totalement hors contexte.

Cela étant dit, le prétexte pour présenter l’affaire est tout aussi fallacieux. Une visite au club Diogène, une rencontre guère fortuite avec Mycroft et l’on engage les hostilités, enfin presque. En ce sens, l’exposition des faits demeure laborieuse et dispendieuse en détails superflus, sinon stériles. Compte tenu de la faible épaisseur du livre, cet élément est d’autant plus handicapant. Certes, les enquêtes de Sherlock Holmes ne disposent pas d’un rythme similaire à un thriller contemporain. Pour autant, on pâtit d’une progression lénifiante et paresseuse qui privilégie un seul aspect de l’affaire pour prétexter les réflexions à l’emporte-pièce des principaux intéressés.

On s’attarde plus que de rigueur sur ce complot juif pour dominer le monde. Au-delà du caractère fumeux d’une théorie d’un autre âge, l’auteur paraît effrayé par son propos. Il s’empresse de signifier qu’il s’agit d’une contrefaçon visant à piéger les Juifs, sans doute de peur qu’on le considère comme antisémite. Moult explications et justifications viennent avancer la falsification des missives. Alors qu’on saisit d’emblée cet aspect, la suite de l’affaire se base sur des retournements fortuits, des déductions décevantes, voire absentes, sans oublier des situations qui prêtent à peu de conséquences. Au-delà des largesses prises avec la caractérisation des protagonistes, il est difficile de ne pas entrevoir une badinerie bien maladroite.

Au final, Sherlock Holmes et les protocoles des sages de Sion s’avance comme une enquête dispensable et pénible du détective de Baker Street. Nicholas Meyer dépeint une affaire désuète et simpliste au possible, dont les tenants s’affranchissent du mystère et de la complexité des investigations de Sherlock Holmes. Les facultés et les aptitudes de ce dernier ne sont guère mises à contribution. On reste avare en indices, tandis que l’enchaînement linéaire des faits préfère s’attarder sur des éléments anodins ou négligeables. De même, cette évocation d’un complot juif pour dominer le monde sombre dans le conventionnel et la caricature. Il en ressort un roman poussif, peu intéressant dans ce qu’il suggère tout en étant perclus d’errances narratives. Cela sans compter sur une atmosphère guère développée pour s’immerger dans l’univers d’Arthur Conan Doyle. Long et bavard, en dépit de sa brièveté.

Note : 07/20

Par Dante

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