Le Masque de Fudo

Auteur : Saverio Tenuta

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Genre : Fantastique

Résumé :

Le jeune Shinnosuke, issu de la classe la plus basse de la société japonaise médiévale, grandit entre une mère qui le rejette et une petite sœur qu’il essaie de protéger. C’est derrière un masque en bois, découvert dans un temple abandonné, qu’il trouve le courage de lutter contre sa condition. Mais ce masque semble exercer un pouvoir de fascination de plus en plus grand…

Avis :

Dans le domaine de la bande-dessinée, tout ce qui touche de près ou de loin à l’époque médiévale marche quasiment à tous les coups. Que ce soit dans de la Fantasy ou dans du récit historique pur jus, cette époque aliment tous les fantasmes et laisse libre cours à une imagination débridée. Et que cela se passe en Europe ou dans des contrées plus éloignées, le plaisir est toujours là. Et il semblerait que le Japon médiéval soit une obsession pour Saverio Tenuta, puisqu’il signe avec Le Masque de Fudo son troisième récit se déroulant dans l’univers des Nuées Ecarlates. Avec Le Masque de Fudo, le scénariste et dessinateur se penche sur un monde violent, où l’esclavagisme est de mise avec l’histoire d’un petit garçon qui va trouver un masque lui permettant d’attiser la flamme qui brûle au fond de lui, voulant crier justice pour son peuple oppressé. Une thématique que l’on a déjà vu et revu, mais avec cette saga, l’auteur prouve que l’on peut encore être original quand on parle de vengeance.

Pour la petite histoire, Shinnosuke est un jeune Hinin, c’est-à-dire faisant partie de la plus basse extraction et subissant alors les choix de monarques plus ou moins importants. Farfouillant un village après un combat violent, il tombe sur un masque qui semble lui conférer un pouvoir incroyable. Il va alors s’en servir pour rendre la justice. Mais les hommes auxquels ils s’attaquent sont puissants et c’est sans compter sur sa mère, une ancienne prêtresse d’un culte interdit, qui va lui mettre des bâtons dans les roues pour assouvir sa folie. Mais Shinnosuke va vraiment devenir Fudo lorsque sa sœur se fait enlever par un médecin véreux et libidineux et qu’il commence à mener son enquête. Le pitch de base peut sembler assez simple. Un jeune garçon à la vie dure trouve un moyen de combattre des gens puissants et de se sortir de son destin morose, puis lorsque sa sœur se fait kidnapper, il décide alors de retrouver les malfrats et de leur faire payer. Une histoire de vengeance donc, mais qui prend place dans un environnement inédit et surtout très poétique.

Avec le premier tome, l’auteur va s’évertuer à poser une ambiance intéressante et douce. Malgré une violence prégnante, on sent une certaine poésie qui se dégage du récit. C’est assez innocent avec ces enfants qui essayent de vivre dignement, mais c’est aussi très compliqué lorsque ceux-ci se font battre par une mère folle. Dans ce premier opus, ce qui marque vraiment, c’est la beauté des paysages et des plans larges. Non seulement ça titille la rétine, mais il y a vraiment une ambiance qui se dégage des pages. Les jeux de lumière sont splendides, la colorisation est incroyable et on pourrait même se croire dans un tableau. Le seul petit bémol que l’on pourrait apporter concerne les visages, car pour certains, on sent une petite hésitation. Mais tout cela évolue avec les tomes suivants, notamment dans le dernier sorti, le troisième, absolument sublime. Se nommant Feu, ce tome trouve un parfait équilibre dans les tons, donnant même l’impression que les pages sont allumées tant la couleur met en avant le feu et la lumière. C’est d’ailleurs l’un des atouts de cette bande-dessinée, le dessin, car c’est vraiment splendide à regarder.

Cette poésie qui se dégage des albums va être contrebalancée par une violence exacerbée. Si le premier tome ne joue pas trop dessus, explorant la jeunesse de Shinnosuke, les autres tomes seront plus virulents et plus sanglants. Le deuxième tome parle de l’adolescence du héros et de sa formation dans un dojo de ninja où il va faire un massacre pour devenir un véritable guerrier. L’hémoglobine est de sortie et on sent un virage dans la narration. Si on garde le côté flashback pour approfondir notre personnage et lui donner une vraie ampleur, la saga devient plus mature, plus dure et ne laisse aucun doute sur l’incendie qui va arriver dans l’album suivant. Et ce n’est pas étonnant qu’il se nomme Feu, puisque c’est ce feu destructeur et libérateur qui va être au centre de tout. Le troisième tome se veut un peu plus modéré que le précédent, offrant des moments de tendresse entre Kaida et Shinnosuke, mais la flamme de l’amour est aussi dévorante que le reste. En gros, Le Masque de Fudo est une série qui aborde de manière à la fois sensible et frontale les doutes d’un héros qui ne veut que justice et qui s’appuie sur un élément du destin pour le forcer un peu. C’est à la fois beau et poignant, mais aussi dur et percutant.

Au final, Le Masque de Fudo est une bande-dessinée que l’on conseille ardemment. On nomme rarement le dessin comme premier argument pour une bande-dessinée, privilégiant le scénario, mais c’est tellement beau qu’il serait dommage de passer outre. Mais le scénario est assez malin pour nous tenir en haleine, dans un univers cohérent et fantastique, où les kamis et autres bêtes fantastiques côtoient des humains plus normaux et des guerriers magiques. Bref, c’est épique, c’est flamboyant, c’est sublime et on se languit déjà le quatrième tome qui conclura cette affaire.

Note : 18/20

Par AqME

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