L’Ile Sanglante

Titre Original : The Island

De : Michael Ritchie

Avec Michael Caine, David Warner, Angela Punch McGregor, Frank Middlemass

Année: 1980

Pays: Etats-Unis

Genre: Aventure, Horreur

Résumé :

Au XXème siècle, un père et son fils ont été enlevés par des pirates, qui vivent comme leurs ancêtres sur une île inconnue.

Avis :

S’il y a bien un acteur qui traverse le temps avec des projets divers et variés, mais en gardant toujours une classe certaine, c’est bien Michael Caine. Campant toujours des rôles intéressants mais dans des films qui n’ont souvent rien à voir entre eux, que ce soit thématiquement ou budgétairement, l’acteur britannique s’est forgé une belle réputation. Durant les années 80, il alterne avec des films à gros budgets comme Pulsions de Brian de Palma ou encore A Nous la Victoire de John Huston, il s’essaye aussi aux films à l’intérêt moindre, comme c’est le cas avec L’Ile Sanglante. Il signe d’ailleurs pour ce film afin d’arrondir ses fins de mois et non pas pour un quelconque intérêt artistique. Racontant l’histoire d’un journaliste et de son fils se faisant kidnapper par des pirates consanguins au large du triangle des Bermudes, L’Ile Sanglante est un film hybride, entre aventure et horreur, qui a fait un flop l’année de sa sortie (comme tous les films de pirates des années 80) et qui a même eu des nominations aux premiers Razzies Awards. Profitant d’une ressortie en bluray, qu’en est-il vraiment de ce film signé Michael Ritchie ?

Le pitch de base est déjà assez étrange, et il essaie d’allier l’horreur à l’aventure, tout en y apportant une dose de thriller et d’action. Un mélange qui aurait pu être détonant, mais qui va s’avérer plutôt caduque, le réalisateur ne trouvant pas finalement de juste équilibre pour aborder tous ses thèmes. Le début est pourtant très virulent et laisse à songer à un film violent et sans concession. On va donc voir un groupe de pêcheur se faire attaquer par des pirates sanguinaires. Eventration et coup de hache dans la tête en gros plan sont au menu, pour afficher une violence crue et sans limite. On peut donc se dire que l’on va tomber sur un film âpre et libre de toutes concessions. D’ailleurs, la deuxième attaque sera aussi perverse, gore et laisse planer le doute sur un éventuel meurtre d’un enfant. Le film bascule alors vers Michael Caine, journaliste, qui souhaite mener une enquête sur ces disparitions de bateaux. Il part avec son fils et lors d’une partie de pêche, ils se retrouvent kidnappés par les pirates. L’introduction est forte, relativement tendue et montre un certain savoir-faire dans la réalisation.

En effet, malgré quelques petits passages un peu ringards, on notera que Michael Ritchie sait ménager son suspens, et cela de deux manières différentes. En premier lieu, il prend son temps pour faire monter la sauce. La première tuerie sanglante se fait dans un délire gore vivace, mais tout ce qui a avant est très lent et installe un certain malaise. On pourrait presque retrouver cela dans Massacre à la Tronçonneuse lors de la première apparition brutale de Leatherface. Ici, c’est pareil, on voit un canoë avec ce qui semble être un cadavre, les personnes tentent de le ramener vers le bateau, puis d’un coup, les attaques ont lieu. Cette façon de faire installe une tension palpable avant le déluge et c’est relativement efficace. L’autre façon de faire monter la pression, c’est le silence. Le réalisateur s’appuie sur de nombreux silences pour montrer la furtivité des pirates, mais aussi des duels du regard, notamment entre le père et son fils. Cela renforce la tension et laisse planer le doute sur les intentions de chacun. Malheureusement, tout le film ne sera pas aussi ténu.

Le milieu du film est parcouru de moments assez longs et l’évolution des personnages part souvent en eau de boudin. Michael Caine va se retrouver avec une nana pirate débile, à qui il doit faire un gosse car il a tué son mari. Rapidement, il va plus ou moins se prendre d’affection pour cette femme, qui se fait maltraiter par les hommes du camp et qui semble plus encline à de l’empathie. Mais le plus choquant, c’est qu’au final, Michael Caine cherche constamment à s’échapper, en laissant son fils aux mains des pirates. Si on veut bien croire qu’il veut aller chercher de l’aide, ça reste tout de même un raisonnement étrange, que de laisser son enfant aux mains de pirates consanguins. D’ailleurs, le film aura une évolution trop rapide. Victime de torture et de lobotomisation, il va devenir une autre personne, se prenant pour Tue-Barbe, le fils du chef des pirates. Si l’idée est bonne, la transition est trop rapide et du coup, par très crédible. On pourra néanmoins comprendre que la torture d’un enfant dans un film destiné au cinéma, c’est un peu chaud, même dans les années 80. Seul David Warner possède un personnage logique dans sa débilité, profondément fermé à toute évolution à partir du moment où il trouve un fils de remplacement et une chance de renouveler le sang du camp.

L’autre point faible du métrage, c’est son incapacité à trouver un juste équilibre entre piraterie bon enfant et survival horrifique. Certains passages sont assez hallucinants car ils oscillent entre le film d’aventure lambda, comme ce moment où les pirates abordent un plaisancier, et l’horreur gore, au moment où ils tuent dans le monde dans ce bateau. Il y a une vraie rupture maladroite et donc une absence de montée en pression. On passera aussi sur ce combat improbable d’un homme faisant du karaté en moule-bite bleu qui dézingue deux pirates en faisant des cris ridicules avant de se prendre un coup d’épée dans le bide. On voit clairement que le réalisateur ne sait pas où se positionner et son film souffre de cette dichotomie.

Fort heureusement, la fin va rattraper tous ces problèmes. Le film redevient un peu plus gore et sale et Michael Caine va enfin devenir badass en dézinguant du pirate à la sulfateuse. Le plaisir est coupable mais il est bien présent et la réalisation se redynamise un peu, notamment avec ce duel final plutôt bien mis en scène et qui se terminera sur un money shot digne d’un film avec un boogeyman. Globalement, le film tient assez bien la route, car il est rythmé et certains passages sont prenants, il est juste dommage que le réalisateur n’appuie pas vraiment ses thématiques comme la consanguinité ou encore l’envahissement de la société dans des endroits encore déserts. Le film reste assez lisse, même sur le lien père/fils et c’est bien dommage.

Au final, L’Ile Sanglante est un film intéressant qui alterne le bon et le mauvais. Si Michael Ritchie arrive à rendre une belle copie en début et fin de film, il y a un ventre mou assez désagréable au milieu, ressassant beaucoup de choses pour finalement ne pas raconter grand-chose. Les thématiques sont effleurées pour finalement livrer un métrage entre deux chaises, qui ne choisit jamais son genre et qui du coup, offre des scènes parfois ringardes à côté de moments gores. Un film hybride qui ne marche pas à tous les coups, mais qui s’avère tout de même sympathique à regarder, notamment grâce à la belle restauration faite par Elephant Films.

Note : 13/20

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Par AqME

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