Batman Contre le Fantôme Masqué

Titre Original : Batman – Mask of the Phantasm

De: Eric Radomski et Bruce Timm

Avec les Voix de Kevin Conroy, Dana Delany, Mark Hamill, Stacy Keach

Année : 1993

Pays : Etats-Unis

Genre : Animation

Résumé :

Un parrain de la pègre est assassiné par un homme en cape noire. Le nouveau procureur Arthur Reeves accuse Batman. Désormais traqué, Batman enquête pour retrouver le véritable meurtrier. Mais dans le même temps, Bruce Wayne retrouve aussi une ancienne petite-amie, Andréa Beaumont, dont le père fut autrefois mêlé aux affaires des gangsters tués. L’occasion pour le chevalier noir de replonger dans son passé, à l’époque où il faillit renoncer à devenir un justicier…

Avis :

Après le succès critique et commercial des films de Tim Burton, la série animée Batman parvenait à retranscrire toute la densité de l’univers du chevalier noir. Afin d’assurer une transition ou plutôt une continuité dans l’adaptation des comics, le thème musical de Danny Elfman avait été repris. Malgré une orientation ciblée pour un jeune public, les personnages (héros et antagonistes), les sujets et l’atmosphère de Gotham concouraient à faire de cette production l’une des meilleures incursions télévisuelles dans l’œuvre de Bob Kane. Entre temps, Batman contre le fantôme masqué a souhaité porter le potentiel de la série au grand écran, du moins aux États-Unis.

Exception faite d’un générique en images de synthèse (technologie émergente et expérimentale, à l’époque), le travail graphique rapproche immédiatement le film de son modèle épisodique. On retrouve ainsi un style de dessins familiers qui écartent toute facilité envers les expressions faciales, ne serait-ce que par une schématisation des caractéristiques physiques des personnages. De même, les tons sombres et lugubres de Gotham, notamment ce qui a rapport avec son écrasante architecture, renvoient à une vision gothique et inhospitalière de la ville. Cette approche mature crédibilise le contexte où la pègre locale a prospéré, entre illégalité et corruption.

En marge de frasques spectaculaires propres à d’autres univers de super-héros, ce choix permet d’amener l’élément perturbateur au sein de l’intrigue. À savoir, le fantôme masqué. Antagoniste charismatique qui s’arroge quelques atours surnaturels dans ses apparitions ou sa manière de tuer ses ennemis. Si certaines méthodes et aptitudes au combat sont comparables à celles du chevalier noir, les objectifs et la finalité sont plus radicaux. Le rapprochement des deux personnages ne constitue pas le prétexte idéal pour un affrontement direct, mais plutôt une occasion d’alimenter les soupçons qui portent sur Batman. En de telles circonstances, son accusation à tort offre une tension dramatique supplémentaire, tout en ravivant l’inimitié de certains membres des forces de l’ordre, notamment l’inspecteur Harvey Bullock.

Autre point essentiel, les nombreux flashbacks qui parsèment l’intrigue. S’il est de coutume de penser que les « retours en arrière » cassent le rythme ou le ralentissent, ceux-ci ont une réelle utilité. Comprenez qu’ils ne font pas du remplissage pour cadrer avec le format d’un long-métrage. On entrevoit ainsi ce qui peut constituer le mobile des assassinats, mais avant d’en parvenir à ce type de déduction, cette plongée dans le passé est l’occasion de découvrir un Bruce Wayne différent. Certes, les failles psychologiques de sa personnalité sont bel et bien présentes. On songe notamment aux responsabilités qui l’accablent, ainsi qu’à ses premiers essais maladroits en tant que justicier.

Si l’on s’éloigne à minima de la mythologie initiée par certain comics, dont le plus connu et réussi reste Batman : Year One de Frank Miller, il n’en demeure pas moins un traitement très subtil et cohérent. L’idéalisme se heurte à la superficialité de la vie mondaine, le devoir face à une vie conjugale. Et c’est en cela que l’intrigue surprend le plus. Non pas le clivage qui sépare Bruce Wayne et le devenir de son alter ego. Mais la capacité à lui conférer une vulnérabilité émotionnelle. Si ce n’est la relation ambivalente avec Catwoman et quelques conquêtes sans lendemain évoquées dans d’autres histoires, on ne s’attarde que trop peu souvent sur les sentiments de Bruce Wayne ; à l’écran, comme sur papier.

Sa propension à se remettre en cause, à briser l’image de l’éternel solitaire en proie à ses tourments. Ici, cet aspect est au centre de ses motivations. Cela porte aussi bien sur la création de Batman que sur sa volonté à poursuivre (ou non) son combat contre les criminels de Gotham. À ce titre, la scène où il enfile le masque pour la première fois possède une connotation très shakespearienne que n’aurait pas reniée Hamlet. Au-delà de ces considérations, on remarquera également le paradoxe qui évoque l’inéluctabilité des souvenirs qui forge les personnalités et les comportements futurs face à la possibilité de se reconstruire, même sur les vestiges du passé. Une double lecture de la trame fortement appréciable.

Au final, Batman contre le fantôme masqué reste une pièce maîtresse de la filmographie du chevalier noir. En parallèle de la série animée, le film d’Éric Radomski et Bruce Timm offre une intrigue soignée sur bien des aspects. Jouant de complexité dans ce qu’elle sous-tend (le bonheur, la vengeance, l’héritage familial…), l’histoire s’appuie sur une caractérisation fouillée où les personnages sont perfectibles et fragiles, car tiraillés entre leur devoir et leur aspiration à un avenir meilleur. Il en ressort un film d’animation d’une étonnante maturité qui, même s’il s’arroge quelques libertés avec d’autres médias, retranscrit une atmosphère délétère, un rien mélancolique au regard des tragédies successives évoquées.

N.B. La sortie récente du Blu-Ray chez Warner (03 octobre 2018) ne propose pas la piste française originale, privilégiant une version aux doublages douteux, pour ne pas dire catastrophiques. Aussi honteux qu’incompréhensible.

Note : 18/20

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Par Dante

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