mai 17, 2021

Dracula Untold

De : Gary Shore

Avec Luke Evans, Sarah gadon, Dominic Cooper, Samantha Barks

Année : 2014

Pays : Etats-Unis

Genre : Fantastique

Résumé :

L’histoire débute en 1462. La Transylvanie vit une période de calme relatif sous le règne du prince Vlad III de Valachie et de son épouse bien-aimée Mirena. Ensemble, ils ont négocié la paix et la protection de leur peuple avec le puissant Empire ottoman dont la domination ne cesse de s’étendre en Europe de l’Est. Mais quand le sultan Mehmet II demande que 1000 jeunes hommes de Valachie, dont le propre fils de Vlad, Ingeras, soient arrachés à leur famille pour venir grossir les rangs de l’armée turque, le prince doit faire un choix : abandonner son fils au sultan, comme son père l’a fait avant lui, ou faire appel à une créature obscure pour combattre les Turcs et par là même assujettir son âme à la servitude éternelle. Vlad se rend au pic de la Dent Brisée où il rencontre un abject démon et conclut un accord faustien avec lui : il acquerra la force de 100 hommes, la rapidité d’une étoile filante et les pouvoirs nécessaires pour anéantir ses ennemis, en l’échange de quoi, il sera accablé d’une insatiable soif de sang humain. S’il parvient à y résister pendant trois jours, Vlad redeviendra lui-même, et sera à même de continuer à protéger et gouverner son peuple, mais s’il cède à la tentation, il entrera le monde des ténèbres pour le restant de ses jours, condamné à se nourrir de sang humain et à perdre et détruire tout ce et ceux qui lui sont chers.

Avis :

Il fut un temps où Hollywood avait des projets concernant les montres de chez Universal. Sous la houlette d’un certain Guillermo Del Toro (qui devait réaliser un reboot de Frankenstein), les studios avaient pour envie de créer un Dark Universe dans lequel Dracula, la Momie, la créature de Frankenstein ou encore Dr Jekyll et M. Hyde se côtoyaient dans le même monde, à la même époque. Et avant de tout arrêter prématurément à cause de la grosse farce que fut La Momie avec Tom Cruise, il y a eu un premier essai avec Dracula Untold. Initialement écrit en 2007, puis jusque-là repoussé, alors dans les mains d’Alex Proyas, le script va échouer dans les mains de Gary Shore, un inconnu au bataillon qui se sera fait reconnaître avec un court-métrage, The Cup of Tears. Et à partir de là, toutes les craintes sont permises. Dracula est un personnage emblématique, et outre les réalisations de Tod Browning ou encore Francis Ford Coppola, le personnage mérite une réelle attention et une grosse mise en valeur, aussi bien pour son côté malsain que pour sa part d’humanité qu’il a perdue. De ce fait, mettre un newbie aux commandes semble être une mauvaise idée, surtout qu’il risque de se plier aux exigences des studios, et c’est exactement ce qu’il va se passer.

Dracula Untold prend le pari risqué de faire une Origin Story. Vlad Tepes est prince de Transylvanie, il a un lourd bagage d’empaleur derrière lui, mais il n’est pas encore un vampire. Il vit dans son château avec sa femme et son fils, mais sous la menace de l’invasion turque, peuple avec lequel il a vécu toute son enfance. Pour sauver les siens, il décide alors de pactiser avec un vampire qui se cache dans les montagnes roumaines et il devient ainsi un monstre capable de se transformer en une nuée de chauve-souris. Il va alors faire face à sa part de monstruosité, tout en essayant de repousser un ennemi qui semble pourtant prêt à le combattre. Le principal problème avec cette histoire, c’est que rien ne tient vraiment debout et le script suit un chemin très balisé. On va suivre un homme qui déclare la guerre à un peuple à cause d’une clause qu’il ne peut remplir, donner mille enfants à l’armée turque pour qu’ils deviennent des janissaires. A partir de là, au lieu de se servir de son armée ou d’essayer de tisser des liens avec les pays avoisinant, le prince va aller défier un monstre afin de comprendre sa force. Cette façon de faire est complètement incongrue et stupide, notamment dans le schéma qu’emprunte le film. En effet, il ne rencontre la créature qu’une seule fois, et elle manque le tuer, alors pourquoi y revenir ? De même, il semble avoir des hommes de confiance et de bons guerriers, mais il ne fait jamais appel à eux, pourquoi ? Des questions qui resteront en suspens durant tout le film.

En dehors de ça, il y a un réel manque d’implication de la part du réalisateur, sûrement étouffé par les studios. Un peu comme un Venom sorti tout récemment, on a l’impression qu’il manque des bouts de film pour rendre l’ensemble plus cohérent. Ici, on voit un peuple qui suit aveuglément son prince dans la bataille, qui ne se pose pas de questions sur son exploit de défaire mille hommes tout seul, puis qui va vouloir l’assassiner en découvrant que c’est un vampire, tout ça à cause d’un prêtre zélé. Il n’y a aucune construction autour du mythe du vampire, ou encore sur les légendes folkloriques autour des suceurs de sang. Le film rappelle vite fait quelques notions de base (la croix, l’argent, le soleil), mais jamais ne prend un petit risque pour dévoiler le côté monstrueux ou maudit. La malédiction pèse d’ailleurs bien peu sur le prince, qui se sauvera à chaque fois (mention spéciale à la maison qui brûle en fin de soirée, permettant au héros de se sortir d’un bien mauvais pas), mais beaucoup plus sur son « géniteur » qui semble incapable de sortir de sa caverne. Il y a énormément de manques scénaristiques dans Dracula Untold, et parfois on frôle le ridicule quand on nous dit que Vampire provient de l’italien Pino alors que cela provient d’un dialecte d’Europe de l’Est (Upyr pour les plus curieux). Bref, on nous prend pour des couillons, et c’est bien dommage.

Alors le film se veut fun et nerveux, et dans un certain sens, c’est ce qu’il est. Il y a pas mal d’action, les scènes de combat sont plutôt bien foutus, et on ne peut pas dire que l’on s’ennuie dans ce film. Mais c’est bien là tout le problème, puisque le traitement des personnages est complètement raté. On s’axe énormément sur Vlad, mais finalement, hormis son amour pour sa femme et son fils, on ne saura pas grand-chose sur lui et l’ensemble est clairement trop lisse. On est très loin du gothique flamboyant ou même du film d’horreur, Gary Shore préférant la démarche d’un I, Frankenstein ou de La Momie, c’est-à-dire un actionner fantastique sans grande envergure qui doit plaire à un public plus grand que l’amateur de bis. Cela est même renforcé par des passages tout juste imbuvable, proche du film de super-héros, lorsque Dracula commande ses chauves-souris pour annihiler l’armée adversaire, faisant des mouvements ridicules en haut d’une tour. Les effets spéciaux sont aussi très déséquilibrés. Si certains passages passent, comme Charles Dance en vieux vampire ou encore lorsque Dracula se transforme en nuée, d’autres au contraire sont tout bonnement imbuvables. On peut citer les fonds verts hideux qui peuplent le film et plombent les trois quarts des money shots. D’ailleurs, c’est pareil pour la réalisation, qui alterne des moments plutôt intéressants avec d’autres passages qui flirtent avec le mauvais goût, comme les zooms sur les visages des protagonistes ou sur des éléments qui peuvent sembler essentiels à l’intrigue, évitant toute réflexion pour le spectateur crétin.

Pour autant, les acteurs ne sont pas en cause de cette déchéance. Luke Evans est plutôt convaincant en jeune Dracula, essayant de donner du coffre à la légende, mais il semble trop frêle pour cela et on a l’impression parfois d’assister à un show presque pornographique. Quel intérêt de le filmer en train de se déshabiller pour prendre son bain, si ce n’est pour voir ses abdos. Il y a aussi un énorme miscast avec la présence de Dominic Cooper en bad guy, un chef de guerre turc qui aime se mettre du khôl autour des yeux et qui en devient ridicule. L’acteur cabotine à mort et n’est jamais un danger pour personne. Même la séquence finale est idiote au possible et on ne croira jamais à son personnage. Pour le reste du casting, c’est du réchauffé sans grande surprise, avec d’autres seconds couteaux méchants qui ne servent à rien si ce n’est faire des sourires en coin ou pavaner, et une Sarah Gadon qui n’est qu’une potiche de base. Bref, ce n’est pas la panacée, mais à quelque part, c’est aussi à cause de l’écriture des personnages, qui ne sont pas assez étoffés, pas assez denses.

Au final, Dracula Untold est un bin piètre film et certainement l’une des pires adaptations du livre de Bram Stoker. Si les scénaristes ne s’inspirent qu’en partie du roman, essayant de le relier avec les légendes folkloriques de Vlad Tepes, on ne pourra s’empêcher d’y voir un film de commande qui n’a qu’un seul but, essayer de lancer un Dark Universe bien fade mais accessible à tous, tout ça à cause du sacro-saint pognon. Fort heureusement pour nous et les monstres, ce film fut un échec, tout comme La Momie et cela nous évite bien des navets.

Note : 06/20

Image de prévisualisation YouTube

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.