Microbe et Gasoil

De : Michel Gondry

Avec Ange Dargent, Théophile Baquet, Audrey Tautou, Laurent Poitrenaux

Année : 2015

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Les aventures débridées de deux ados un peu à la marge : le petit « Microbe » et l’inventif « Gasoil ». Alors que les grandes vacances approchent, les deux amis n’ont aucune envie de passer deux mois avec leur famille. A l’aide d’un moteur de tondeuse et de planches de bois, ils décident donc de fabriquer leur propre « voiture » et de partir à l’aventure sur les routes de France…

Avis :

En France, il y a énormément de réalisateurs qui possèdent une vraie patte graphique, une véritable identité visuelle. François Ozon, Albert Dupontel, Gaspard Noé, etc… Il y a une palanquée de personnes talentueuses qui savent imprimer la rétine du spectateur, et cela que le film soit bon ou mauvais. Par ailleurs, certains réalisateurs sont plus attachés à des thématiques que d’autres, et ce serait mentir si l’adolescence n’était pas le thème de prédilection de Michel Gondry. Cinéaste français au monde très bucolique, Michel Gondry possède un univers très personnel qu’il injecte dans quasiment tous ses films. Passionné de cinéma et de bricolage, tous ses films respirent l’amour du septième art et une certaine forme de respect envers les doux rêveurs et les personnages un peu candides. Il n’est donc pas étonnant de retrouver dans chacun de ses métrages des personnages étonnants, qui détonnent par rapport au reste, et ainsi, chacun de ses films possèdent une âme particulière. Avec son dernier film en date, Microbe et Gasoil, qui s’inspire un peu de sa jeunesse, le réalisateur brasse des thèmes qui lui sont chers, même si au final, on reste un peu sur notre faim.

Le film raconte le road trip improvisé de Daniel, quatorze ans, et Théophile, à bord d’une voiture fabriquée à partir d’un moteur de tondeuse à gazon. Durant ce voyage, les deux jeunes garçons vont apprendre à se connaître, ils vont parler d’amour, de la société et parfois même de choses plus intimes. Ils ressortiront de ce voyage grandis, mais pas que. Avec ce métrage, Michel Gondry, expatrié aux States mais revenant le temps d’un film avec de jeunes adolescents encore parfaitement inconnus lors du tournage en 2015, va tenter de parler de plusieurs choses qui deviennent un peu redondantes dans sa filmographie, à savoir l’adolescence, ce passage difficile de l’enfance à l’âge adulte, et des sentiments amoureux. La première chose qui frappe avec ce film, c’est qu’il montre très clairement une perte de repères dès le démarrage. On y voit un jeune garçon qui ressemble à une fille qui se lève pour prendre le petit déjeuner, puis qui se recouche avant de se relever une heure plus tard pour partir au collège. De façon silencieuse, perdant aussi le spectateur sans indication de temps (on pourrait croire au départ que nous sommes dans les années 90), le réalisateur met en avant un jeune homme qui se pose beaucoup de questions, mais qui semble démuni face à l’absence de réponse (et de présence) de ses parents.

De cette absence (on va vite voir que sa mère est dépressive et que son père est un travailleur souvent absent de la maison, sans compter sur son grand frère punk et son petit frère fan de foot), il va trouver un mentor en la présence de Théophile, dit Gasoil, un nouveau venu dans sa classe qui a réponse à tout et qui semble assez sûr de lui. En se liant d’amitié, le jeune Daniel va alors tenter des choses, comme se lancer dans une exposition de ses dessins, dans la dragouille d’une fille de sa classe, et même s’il accumule les échecs, il trouve du réconfort en la présence de Théo, cette grande gueule douce et drôle. Le duo fonctionne alors à merveille et le moment du road trip (en milieu de film), s’avère l’un des moments les plus agréables du film. En roulant pour aller tout d’abord dans le Massif Central puis finalement près d’Auxerre, les deux garçons vont alors parler de tout et de rien, de la société, de la norme ou encore des filles et des meilleures façons pour se battre. Il va en découler tout un tas de réflexions assez pertinentes, notamment sur sa façon d’être, de s’habiller, de refuser la mode ou la norme, mais dans un autre cas, de devenir un peu moins visible, de se « normer » pour plaire plus aux autres, etc… Bref, un déluge de pistes à explorer qui sont autant de pensées qui peuvent traverser les esprits des adolescents en pleine crise d’identité. C’est plutôt bien vu et cela marche bien.

Cela marche bien car les deux jeunes acteurs sont assez bluffants, notamment, Théophile Baquet qui joue le mentor, le vrai grand frère, le débrouillard, mais qui va parfois aller trop loin dans ses délires ou, lui aussi, dans ses absences. Car le film n’oublie pas d’être triste aussi et de montrer que nos absences peuvent se transformer en regrets quand on devient trop égoïste. Le jeune acteur est à la fois drôle et touchant, volant la vedette à Ange Dargent qui joue Daniel, sorte d’avatar de Michel Gondry. Non pas que l’acteur soit mauvais, mais il a un rôle moins extravagant, plus introverti et il se pose beaucoup de questions dont Théo possède des réponses plus ou moins alambiquées. Néanmoins, le jeune garçon est parfait dans ce rôle androgyne. Le vrai souci, ce sont tous les rôles secondaires qui ne servent pas à grand-chose. On pense notamment à Audrey Tautou en mère de famille dépressive qui est en perpétuel surjeu, ou encore aux autres adultes qui sont extrêmement mal joués et pour lesquels on ne ressentira aucune empathie.

Enfin, dernier petit point noir du film, son rythme. En effet, le film possède un petit ventre mou en son milieu et en son début qui fait que l’on peut parfois relâcher son attention et louper quelques petites choses intéressantes. Et il faut parfois rentrer dans le délire de Gondry pour vraiment en saisir toutes les particules. C’est parfois tellement poussé loin dans le délire que l’on ne comprend pas ce qu’il se passe, comme par exemple ces joueurs de football américain en pleine forêt avec des casques de moto. Et pourtant, c’est le film le moins barré de son réalisateur, tout du moins dans sa mise en scène, qui n’a pas beaucoup de génie et qui s’avère plus d’une fois décevante, évacuant de façon rapide les moments éthérés et poétiques.

Au final, Microbe et Gasoil est un film assez intéressant par les thèmes qu’il brasse et par ses deux petits acteurs qui créent une parfaite osmose. Michel Gondry livre un film assez simple sur l’adolescence, la débrouille et l’amitié, mais il manque vraiment d’impact et de moments forts pour réellement marquer le spectateur. Il s’agit d’un joli film, mais qui restera mineur dans la filmographie plus que respectable et poétique de Michel Gondry. D’ailleurs, c’est bien de poésie qui manque dans ce métrage à la fois délirant, mais trop terre à terre.

Note : 12/20

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Par AqME

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