décembre 2, 2020

Némésis

Titre Original : Sam Was Here

De : Christophe Deroo

Avec Rusty Joiner, Sigrid la Chapelle, Rhoda Pell, Hassan Galedary

Année : 2017

Pays : France, Etats-Unis

Genre : Horreur, Thriller

Résumé :

Représentant de commerce, Sam Cobritz est envoyé faire du porte à porte dans la région désertique du sud de la Californie. Après n’avoir croisé que des maisons vides et des portes closes, Sam doit se rendre à l’évidence, les habitants ont disparu. Sur le chemin du retour, les événements troublants se multiplient : sa voiture a été sabotée, d’inquiétants messages de menace lui parviennent et la police le prend en chasse. Seul, dans l’inconnu, pourra-t-il s’extirper du piège qui semble se refermer sur lui ?

Avis :

Nous avons toujours tendance à dire que la France n’est pas une terre pour les films d’horreur et les films fantastiques. C’est assez vrai quand on voit la frilosité des producteurs à donner quelques pièces pour financer un tel projet, et on ne reviendra sur la jolie polémique du CNC qui propose 1,5 millions pour faire trois films de genre alors que leur subvention annuelle est d’un peu plus de 700 millions. Une goutte d’eau dans l’océan en quelque sorte. Du coup, de nombreux réalisateurs français se sont exilés aux States avec plus ou moins de talent et d’éclat. On peut citer Alexandre Aja qui commence un peu à tomber dans l’oubli, le yes man Louis LeTerrier, Pascal Laugier qui y a fait un tour pour son film The Secret, Alexandre Bustillo et Julien Maury pour s’attaquer aux origines de Leatherface ou encore Xavier Gens pour son The Divide. Ici, on ne cite que les plus connus, ceux qui ont aussi un certain écho en France, mais il existe d’autres « petits » réalisateurs français qui essayent de faire bouger les choses dans le septième art et qui sont obligés de partir outre-Atlantique, comme Nic Mathieu et son Spectral disponible sur Netflix, ou encore Christophe Deroo et son Némésis.

Ce dernier a un parcours assez typique, réalisant de nombreux courts-métrages aux States et au Japon avant de s’attaquer à son premier vrai long. Némésis sera donc l’extension de Polaris, l’un de ses courts-métrages, et il sera tourné en 12 jours dans le désert californien. Avec Némésis, on va suivre Sam, un commerçant qui cherche de nouveaux clients dans les petits villages qui parsèment le désert californien, mais personne ne semble présent, ou tout du moins, personne ne souhaite lui ouvrir sa porte. Alors qu’il s’apprête à quitter la région, il se fait tirer dessus par un policier masqué. Dès lors, il va devoir se sortir d’un piège étrange et qui semble presque surnaturel. Et c’est là tout le sel de ce film assez sympathique, mais qui souffre de ses trop nombreuses références et de son rythme lancinant. En fait, avec ce film, il faut vraiment rentrer de suite dans le délire, sous peine de ramer pendant plus d’une heure. En effet, tout se joue sur l’ambiance poisseuse et chaude qui se dégage du film. On va se perdre comme Sam dans ce désert aride et on va se sentir complètement seul dans un environnement plutôt hostile. Le film est relativement malin et va distiller quelques moments d’angoisse pour renforcer un malaise déjà bien présent. Entre les couleurs rouges, l’effet de flou dû à la chaleur ou encore cette porte cadenassée dans le motel, tout est mis en place pour apporter un sentiment de malaise au spectateur.

Et c’est plutôt réussi, notamment, aussi, grâce à une bande-originale électro à base d’infrabasses et de sons lourds. On voit rapidement que cela lorgne du côté de Nicolas Winding Refn avec son Drive pour les sonorités et de Only God Forgives pour les couleurs et ce n’est pas plus mal. Et fort heureusement, c’est bien meilleur que le dernier film cité. Cependant, ces multiples références vont aussi être un frein au film. On voit vite que ça lorgne du côté de La Colline a des yeux pour l’ambiance, mais aussi Carpenter pour l’ambiance et la musique. Le côté tueurs masqué rappelle bien évidemment n’importe quel slasher, mais surtout The Strangers. Et tout ça est assez mal digéré. C’est-à-dire que même si ça s’intègre bien au film, on se retrouve face à quelque chose que l’on a l’impression d’avoir déjà vu plusieurs fois et c’est bien dommage. Ensuite, l’autre point faible du film, c’est clairement sa lenteur. Durant un tout petit peu plus d’une heure, le film met énormément de temps à démarrer. C’est très contemplatif, ça ne parle presque pas et il faut vraiment s’immerger dans cette ambiance pour accrocher immédiatement. Et il ne faudra pas non plus trouver un certain sens à l’histoire, qui joue sur un twist assez peu crédible et présente un dernier personnage dont on se doute de l’identité, mais qui fait presque peine à voir, notamment dans sa gestuelle, là aussi déjà plusieurs fois.

Néanmoins, il faut rappeler que le film a été tourné en 12 jours et que le résultat demeure tout à fait satisfaisant, notamment dans son esthétique. La mise en scène est classieuse et Christophe Deroo est réellement un esthète en la matière. Car même s’il régurgite des références sans prendre le temps de les analyser à sa sauce, Némésis reste un film assez agréable, beau et étonnant dans sa démarche entre le survival sauvage et le thriller paranoïaque arty. Et tout repose sur les épaules d’un comédien, Rusty Joiner, quasiment inconnu au bataillon mais que l’on a pu voir dans des films comme Stuck in Love ou Dragonfyre, autant dire des nanars patentés, et qui tient ici parfaitement son rôle. L’acteur est très bon, on ressent de l’empathie pour lui et on craint vraiment pour sa vie lorsqu’il se fait attaquer. C’est d’ailleurs assez étonnant quand on jette un œil à la filmographie du type, puisque tout le reste n’est que comédie américaine tout juste passable et unique épisode de série. Il révèle ici tout son talent et il serait dommage qu’il ne trouve pas d’autres projets un peu plus costauds.

Au final, Némésis est un film qui n’est pas inintéressant et qui propose une vraie vision du cinéma. C’est assez lent, relativement contemplatif, mais c’est aussi violent et sauvage dans son dernier tiers, ce qui est assez déroutant. Il est juste dommage que l’intrigue soit si tarabiscotée pour pas grand-chose et que toutes les références du film soient si visibles à l’écran, ne trouvant finalement pas une identité très forte. Il n’en demeure pas moins un film qui a le mérite d’exister et qui met en avant un réalisateur à suivre, Christophe Deroo, un frenchy qui ose s’aventurer dans le genre, ça fait toujours plaisir.

Note : 09/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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