Une Femme Fantastique

Titre Original : Una Mujer Fantastica

De : Sebastian Lelio

Avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco, Aline Küppenheim

Année : 2017

Pays : Chili, Espagne, Allemagne, Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Marina et Orlando, de vingt ans son aîné, s’aiment loin des regards et se projettent vers l’avenir.
Lorsqu’il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches d’Orlando : une « sainte famille » qui rejette tout ce qu’elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu’elle est : une femme forte, courageuse, digne … une femme fantastique !

Avis :

Réalisateur argentin, Sebastián Lelio a creusé son petit bonhomme de chemin tout au long des années 2000. Il se fait remarquer en 2003 avec un documentaire, « Cero« , qui aborde le 11 Septembre. Trois ans plus tard, il réalise son premier long de fiction, qui connut un très large succès dans son pays, allant jusqu’à rester à l’affiche plus d’un an. Depuis, le réalisateur n’a plus jamais posé sa caméra, allant jusqu’à s’exporter dans plusieurs pays.

Trois ans après le touchant « Gloria« , Sebastián Lelio est donc de retour sur les écrans et cette fois-ci, il nous revient avec un beau drame. Un drame dur, injuste, plein de préjugés, mais aussi de force. Un drame qui ose, et aborde un sujet peu mis en lumière jusqu’à maintenant. Et c’est avec un œil singulier et une narration pleine de douceur que Sebastián Lelio évite le piège de la caricature et du pathos. Bref, « Gloria » avait commencé par nous toucher, et avec cette  » … femme fantastique » le réalisateur argentin finit de nous conquérir.

Marina et Orlando s’aiment depuis plus d’un an maintenant. Ensemble, ils ont une relation de confiance et se font rêver. Mais cet amour est vécu loin des regards et plus particulièrement, de ceux de la famille d’Orlando, qui n’accepte pas Marine, le transsexuel. Alors qu’ils avaient fait des projets pour l’avenir, un soir, Orlando meurt subitement d’une rupture d’anévrisme. Dès lors, Marina doit faire face à son deuil, mais aussi à la famille d’Orlando qui ne va pas être toujours tendre avec la jeune femme.

« Une femme fantastique » est donc une petite perle qui nous vient tout droit d’Amérique Latine. Avec un sujet bouleversant et une mise en scène tout en retenue, Sebastián Lelio nous livre-là un très beau film d’amour, d’humanité et de courage. Il nous livre un film où cet être aimé, beau et doux, est peu à peu transformé sous le regard des autres en monstre hideux et laid.

La transsexualité, un sujet pour le moins difficile où le piège de la caricature est si facile de s’y engouffrer. Quand on se lance dans ce genre de film, il y a toujours cette petite crainte qui guette à l’horizon et bons nombres de réalisateurs s’y sont cassé les dents. Mais ça ne va pas être le cas pour Sebastián Lelio qui va nous emporter dans un drame aussi dur et injuste, qu’il est divin, tout en finesse, allant même chercher sur les routes du fantasme et de la poésie.

Arrivant avec un scénario qui n’est que bienveillance, ici plus que la transsexualité, c’est l’amour qui est mis en avant. Un amour amoureusement étouffé, qui doit composer avec les peurs et les incompréhensions de chacun. Si le film aborde le rejet, parfois violent, de la famille du défunt, il aborde aussi les sacrifices que l’on peut faire par amour, tout comme les combats que l’on peut mener. Loin des clichés, loin du pathos, Sebastián Lelio fait de chaque scène un petit paradoxe d’émotion. « Une femme fantastique » est un moment d’équilibre, entre amour et injustice, peur et confiance, haine et émotion. Le réalisateur passe d’un sentiment à l’autre parfois même à l’intérieur de ses scènes et l’on reste comme suspendu, révolté et touché en même temps. Sebastián Lelio a vraiment su trouver le ton pour aborder son sujet et son intrigue.

Une intrigue qui est amenée vers le haut grâce à la superbe composition de son actrice principale, Daniela Vega, elle-même transsexuelle. Consultante sur le scénario avant d’être actrice principale, c’est d’ailleurs son premier vrai rôle, Daniela Vega est une grande révélation. Aussi bouleversante que magnifique, elle traverse toute l’intrigue avec une force et une retenue incroyable. On est touché par ses silences et l’on est ému par son regard. Là encore, on est très loin du transsexuel qui finit par ressembler à un monstre de foire. Sebastián Lelio a parfaitement su la filmer avec naturel et simplicité.

On ressort de cette « … femme fantastique » conquit par son histoire, par sa douceur et sa force. Sebastián Lelio démontre un très bel œil, ainsi qu’une très belle plume et si le réalisateur avait su jeter la curiosité sur lui avec son « Gloria » que l’on vous conseille aussi, avec son dernier film, il attise les envies et c’est avec beaucoup d’intérêt qu’on attend « Disobedience« , son prochain film qui mettra en scène une certaine Rachel Weisz.

Note : 16,5/20

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Par Cinéted

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